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LE FRUIT DÉFENDU
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Le chevalier DE ROSALBA.
MAZETTO^ son valet.
Ta comtesse CORlSANDAa ANSELME, notaire.
BETTINA, suivante.
Un paysan lettré.
LE FRUIT DÉFENDU
Une campagne d’Italie le matin*
ROSALBA, MAZETTO ; tous deux à cheval.
MAZETTO
Avouez, Excellence, que nous avons failli être assommé l’un et l’autre, cette fois-ci.
ROSALBA
Fort au contraire : c’est moi qui ai tué un homme ei i sautant par la fenêtre. C’était un pauvre qui demandait l’aumône sur la borne; il était aveugle : il ne m’aura pas vu tomber.
MAZETTO
Pour moi, je suis bien sûr que j’ai failli être assommé.
ROSALBA
Soit ! Cela n’empêche pas qu’il fait beau ce matin.
MAZETTO
Comment Votre Excellence se laissa-t-elle donc surprendre hier au soir?
ROSALBA
Quand cette pauvre enfant voulut me parler de mariage, je demeurai si confus qu’elle en poussa les hauts cris :
toute la famille arriva là-dessus comme pour une noce. Je la saluai ; et c’est alors que je sautai à l’étourdie sur cet imprudent aveugle. Et toi, Mazetto ?
MAZETTO
Moi, monseigneur, j’étais aux pieds de l’institutrice, quand je reçus un coup de bâton à l’improviste. Je compris que tout était découvert; et j’eus lieu de bénir une fois de plus le philosophe inconnu qui a inventé la fuite. C’est, à mon sens, un des principaux bienfaiteurs de l’humanité. Ah ! si monseigneur m’avait donné dix minutes de plus, mon bonheur était certain !
ROSALBÀ.
Tu as la manie, Mazetto, d’être en retard de dix minutes. Je suis sûr que tu bavardes. Explique-moi donc une chose, Mazetto : tu es galant, et assez vert galant même?
MAZETTO, riant .
Hé! hé! cela est vrai.
ROSALBA
Et avec cela tu as la figure d’un imbécile!
MAZETTO, soucieux.
Rien n’est plus certain : je l’ai.
ROSALBA
Cependant tu plais aux femmes, tu reçois leurs faveurs?
MAZETTO
Je les recevrais en effet si mon maître m’en laissait le emps. C’est que ma figure me donne positivement de grands avantages auprès d’elles; elles se disent : Voilà un imbécile que ce Mazetto !.... Et cela me donne positivement de grands avantages.
ROSALBA
\] se peut. Toutes choses en effet ont un bon côté pour qui sait le voir* (tvec un soupir.) Le mariage seul n'en a poiat.
LE FRUIT DÉFENDU
MAZETTO
Cette idée vous tourmente, Excellence : c’est, en voyage, votre refrain le plus ordinaire.
ROSALBA
C’est que toutes les femmes sont folles de vouloir enterrer leur amant dans la souquenille d’un mari. On voit des savants désagréables qui vous coupent une belle fleur au soleil, pour en faire une vieille chose sèche dans un herbier : les femmes sont de même.
MAZETTO
L’honneur leur en fait une loi.
ROSALBA
Sans doute, et c’est ce qui m’afflige. Je suis honnête homme au fond ; et quand une femme me reproche de l’avoir trompée et déshonorée, je sens qu’elle dit vrai, et ma délicatesse s’en offense. Car, bien que j’évite scrupuleusement de m’annoncer comme un épouseur, il est clair que je suis garçon, et cette qualité donne aux femmes une sorte de prétexte assez plausible de feindre qu’elles m’ont cru de bonnes intentions. Alors elles me font des scènes de mauvais goût.
MAZETTO
Si monseigneur veut seulement leur ôter le prétexte de crier, il n’a qu’à se dire marié à l’avance.
ROSALBA
Marié? Non: cela donne l’air gauche. Mais je puis me faire passer pour un chevalier de Malte : on sait que la règle de cet ordre impose le célibat ; ce sera comme si je portais écrit sur mon chapeau: Je n’épouse point. Ce sera même moins ridicule.
MAZETTO
Et moi, je me donnerai pour un frère lai du meme ordre. — Ab ! le beau parc, monsieur ! voyez-vous la fière mine que vous a ce château à travers les arbres
ROSÀLBÀ.
Oui. On dirait, au milieu des vapeurs dorées du matin, le palais aérien d’une fée. Nous allons tenter d’y déjeuner. (A ua paysan qui passe.) A qui ce château, mon bonhomme?