‹ Scènes et proverbsChapitre 2 sur 37 · LE PAYSAN · texte numérisé non relu

LE PAYSAN

Merci, Altesse.

ROSALBA

Voici l’avenue : un temps de galop, Mazetto. Deux inconnus arrivant au galop sont un spectacle agréable aux yeux d’une châtelaine.

(Ils entrent dans l’avenue.)

Un boudoir»

La comtesse CORISANDA à sa toilette, BETTINA, puis ANSELME.

CORISANDA.

Quel tourment i Que vais-je faire, Bettina, pendant que tu me coifferas ?... Donne-moi ces vers qu’on m’adresse... Ou bien non, appelle mon notaire. (Bettina fait entrer Anselme.) Bonjour , monsieur Anselme... Oh! permettez... Qu’est-ce eue c’est que cela? de quelle couleur avez-vous donc les cheveux?

LE FRUIT DEFENDU

ANSELME

Blond cendré, madame.

CORISANDA.

Ah ça ! c’est une plaisanterie î hier vous les aviez aile de corbeau !

ANSELME

Madame la comtesse s’est fait illusion.

CORISANDA.

Je vous assure, monsieur mon notaire, que vous les aviez aile de corbeau. Croyez-moi : quel intérêt aurais-je à vous tromper? — Bettina, ma fille, ne m’encaquez pas dans vos nattes, faites-moi une coiffure avec des petites touffes par-ci par-là; une coiffure enfin à votre fantaisie, pourvu qu’elle soit à la mienne.

ANSELME

Madame la comtesse n’a-t-elle rien autre chose à me diret

CORISANDA.

Mais je vous demande bien pardon. Asseyez-vous là. Prenez cette liasse de papiers qui m’est arrivée hier soir par la poste. Ce sont les pièces de mon procès pour les terres que le comte avait à Spolète. J’ai passé ma nuit à lire ce grimoire, et savez-vous ce que j’ai vu à la fin ? que j’avais perdu, monsieur. Cinquante mille écus, s’il vous plaît Anselme, qui a ouvert les papiers.

Pardon, madame, mais vous avez gagné, au contraire, corisanda, éclatant de rirs.

Ah ! tant mieux ! N’ai-je plus rien à vous dire?. ••• Ah! si fait.

ANSELME, à part.

Aurait-elle pénétré mes secrets sentimeiteî

corisanda.

Je ne m’abuse pas, monsieur.

Anselme, à part.

Je tremble que mon amour ne lui soit pas agréable.

CORISANDA.

Je veux faire mon testament.

ANSELME

Votre testament, madame !

CORISANDA.

Je mourrai d’ennui demain ou après-demain au plus tard monsieur, c’est résolu.

ANSELME

D’ennui, madame la comtesse! Dans ce magnifique château, belle, riche et veuve !

CORISANDA.

Bettina, explique à monsieur pourquoi je m’ennuie.

BETTINA

Madame s’ennuie, monsieur, parce qu’elle est belle, riche, et veuve. Ce sont trois raisons très-suffisantes qu’elle a de trépasser. Madame s’ennuie parce qu’elle ne peut avoir d’inclination contrariée, parce qu’il n’y a point de fantaisie que sa grande fortune ne lui permette de réaliser, point d’homme que sa beauté ne puisse rendre amoureux, et point d’amoureux que sa liberté ne lui permette d’épouser.

CORISANDA, soupirant.

C’est pourtant vrai. Quel est ce bruit, ma fille? On dirait une cavalcade.

BETTINA, courant à la fenêtre .

Madame, ce sont deux cavaliers étrangers, dont l’un porte des plumes au chapeau.

CORISANDA.

Est-il jeune, au moins, l’homme au plumet?

BETTINA

11 est jeune et bien tourné ; mais son valet a l’air d’uns oie en livrée. Ils entrent dans la cour.

LE FRUIT DEFENDU

corisanda, à la fenêtre,

U est bien, en effet. Quel malheur ! je me serais divertie à lui faire tourner la tête; mais ensuite il voudrait m’épouser, et je ne saurais que répondre. Car enfin, je suis veuve... Je passerais dans son esprit pour une franche coquette; il n’est pas forcé de savoir à quel point je m’ennuie !

BETTINA

Voilà de ces circonstances où un mari est profondément regrettable !

CORISANDA.

Bettina! je ne puis pas cependant lui refuser l’hospitalité, au cas qu’il la demande. (Elle réfléchit.) Oui, c’est cela! Monsieur Anselme, vous êtes mon mari.

ANSELME

Ciel ! quoi, madame !

CORISANDA.

Oui, pour une heure ou deux, pour le temps enfin que cet étranger sera au château. Écoutez bien, et toi, Bettina, donne le mot à mes gens : Monsieur Anselme, vous êtes le général comte Castelforte, mon mari, qu’on a cru mort en Bulgarie, sur de fausses nouvelles. De cette façon, quoi qu’il arrive, ce jeune étranger ne pourra plus me rien demander que je ne sois parfaitement en droit de lui refuser. J’ai un mari, donc je n’épouse pas. C’est à lui de se bien tenir. Souvenez-vous, Anselme, de dire comme je dirah

ANSELME

Oui, madame. Dois-je, dans le courant de la conversation, vous appeler, mon ange... devant ce jeune homme?

CORISANDA.

Non. Passez cette épée.

- Anselme, o part.

Tout ceci n’est-il qu’une ruse pour m’apprendre qu’elle m’a deviné? Pourquoi ne lui plairais-je pas, en effet? Je suis le seul homme bien vêtu du voisinage.

io

CORISANDA.

Voyons, mettez vos gants, et donnez-moi la main.

(Ils sortent.)

■HH-

Une terrasse sur le Jardin»

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