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Prends ma dague. Tiens, cela peut servir. Va.
(Ulric soulève la portière et disparaît. Entre Alix.)
OTTOCAR*
Approchez, ma belle fille. Regardez-moi en face, lie quelle couleur sont vos yeux ? Hé ! vraiment, mademoiselle, je n’y vois que du feu !
Monseigneur, ne me traitez pas avec mépris; je ne £i;*js pas ce que vous croyez.
©TTOCAR.
Ma foi, je le croyais. Si je me suis trompé, tant pis, car vous êtes singulièrement belle. Tant mieux d’un autre côté ; car, en vous voyant entrer, je m’étais dit : Voilà des yeux qui vont fondre en lingots tout mon service de table.
ALIX
Ce n’est pas là ce que je veux de vous.
OTTOCAR.
Que voulez-vous donc ? car, en vérité, ma vaisselle est ce que j’ai de mieux. Vous ne l’avez peut-être pas bien regardée.
ALIX
Je veux que vous m’écoutiez sans dérision ; car ce que j’ai à vous dire peut exciter la pitié ou l’horreur, mais point le dédain.
ALIX
GTTOCAR.
Je vous écoute comme si j’avais l’honneur dangereux d’être votre confesseur.
ALIX
Il y a longtemps, monseigneur, que votre nom a commencé de jeter le désordre dans mon esprit. Tous les miens vous ont haï mortellement. Chaque jour je vous entendais nommer avec terreur; je me signais quand on parlait de vous. Il y a deux ans, mes frères ont péri par votre ordre. Ma pensée, à partir de ce moment, a été plus invinciblement attachée sur vous : vous étiez le souci de mes veilles, le rêve de mes nuits; votre image odieuse troublait toutes les heures de ma vie. Je n’avais jamais voulu vous regarder, de peur d’accroître encore l’importunité de cette vision. Enfin ma haine devint si forte, que je résolus de vous perdre. Je versai toute ma colère dans le cœur d’un jeune homme qui m’aimait. C’est un étudiant nommé Ulric. Poussé sans relâche par moi, il a réuni contre vous les fils d’une puissante conspiration dont vous deviez être victime cette nuit. Ulric devait s’introduire près de vous au mo^en d’une lettre du docteur Staumer et vous frapper. Eh bien, ce soir j’ai volé honteusement cette lettre, et je me suis proposée pour remplacer mon amant. Comprenez-vous, Altesse ?
OTTOCAR.
Assurément : je comprends que, voyant la mort d’Ulric non moins sûre que la mienne, tu as mieux aimé sauver ton amant que de me perdre, et tu viens me demander sa grâce.
ALIX
Non, monseigneur, non ! C’est qu’en vous voyant passer tantôt j’ai reconnu une étrange vérité ; j’ai eu le secret de tous les orages de mon âme : j’ai reconnu que, si vous mouriez, je ne pouvais xdus vivre ; et que depuis destinées.
SCÈNES ET PROVERBES, avec toute l’ardeur de ma prétendue haine, seigneur comte, je vous aimais.
(On entend derrière la portière un cri étouffé, puis le bruit sourd d'un corps qui tombe sur le parquet.)
OTTOCAR.
Voyez donc, mon enfant, ce qui se passe derrière cette
tapisserie. (Alix soulève la portière et voit Ulric baigné dans son sang. Elle tombe évanouie.) Holà! (Entrent des gardes.) Emportez dans un des caveaux de ma chapelle ce cadavre et cette femme évanouie; déposez-les côte à cOtc et ipurez la porte,
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