XXXIV. LES AMÉRICAINS A CHÂTEAU- THIERRY
Le rêve de William
William à Henry.
Château-Thierry, le 30 juillet, 1918.
Mon cher Henri,
/ Victoire! Nous les avons, comme disent nos poilus.
15 La jeime armée américaine, la A. E. F.^ comme nous
l'appelons, vient de faire ses preuves. Les Allemands ont
voulu boire deux fois de l'eau de la Marne et la Marne
leur a porté malheur. Ils sont en retraite comme en
1914. Moi, j'étais au Bois-Belleau, entre Meaux* et
20 Château-Thierry. La partie a été rude. Mais le corps
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auquel j'appartiens, Finfanterie de marine américaine, a été fidèle à ses traditions. € Semper Fidelish Nous les avons fait sauver à la baïonnette. Le Bois-Belleau s'appellera un jour le Bois-des-Américains.
Sur toute la ligne, Tennemi recule. H était à quarante 5 kilomètres de Paris et la capitale Ta échappée belle. Mais Foch a changé tout cela et il peut compter sur l'oncle Sam. Conmie l'a dit le général Pershing sur la tombe de La Fayette, le jour du 14 juillet, 1917: « La Fayette, nous voilà! » Nous les aurons. Vive la France! ^
Pas plus tard qu'hier j'ai eu un rêve. On ne rêve pas souvent au front, mais xme fois n'est pas coutume.^ Mon rêve naturellement m'a transporté dans l'avenir. C'est le plus encourageant et le plus optimiste de tous les rêves. J'ai vu le maréchal Foch sur xm cheval blanc à la tête 15 des armées alliées et souriant à la jeune armée américaine.
En avant! Toute la ligne s'ébranlait. A l'est, les gros obus américains bombardaient les forts avancés de Metz.2 Les Allemands ripostaient, mais nous les tournions par l'Argonne.^ Sedan * qui faisait monter la 20 rougeur^ aux joues des Français, depuis quarante-sept ans, tombait aux mains de l'armée américaine et partout l'ennemi reculait. Les Allemands étaient successivement repoussés sur la Marne, sur l'Aisne,* sur la Meuse, battus par les Français devant Saint-Quentin,^ par les Améri- 25 cains devant Metz, par les Anglais à Cambrai.^ Le rêve impérial allemand s'écroulait.
Et cela finissait en apothéose.* Abandonnée par les Bulgares, ^^ par les Turcs, par les Austro-Hongrois, l'Allemagne sombrait dans la défaite. Aux accents de la Mar- 30 seillaise l'armée française rentrait dans Strasbourg ^^ et dans Metz, sans tirer un coup de canon. La France était
délivrée. Les Anglais reprenaient Lille; ^ le roi Albert ^ entrait dans Bruxelles escorté du drapeau étoile. A Paris Tenthousiasme tenait du délire.^ Un cortège triomphal descendait de TArc-de-rÉtoile * et, sur la S place de la Concorde,^ entourée de canons allemands, après un demi-siècle, la statue de Strasbourg, vêtue de deuil jusque-là, recevait xme couronne de lauriers d'or.
L'Allemagne a signé Tarmistice.* «Le jour de gloire est arrivé.»^ L'Allemagne abandonne toutes ses conquêtes.
10 Sur Tordre des Alliés, la flotte allemande de haute-mer et plus de cent sous-marins se rendent à la flotte anglaise. Quant au Rhin, le fameux Rhin allemand,^ des régiments américains, anglais, belges, et français y montent dorénavant la garde. Aix-la-Chapelle,* Mayence,^® Coblence,"
15 Cologne ^ sont entre les mains des Alliés. Et le Kaiser ? ^ me demandez-vous. Je ne Tai pas aperçu dans mon songe. Peut-être a-t-il donné sa démission. Bravo! Voilà une tragédie qui finit on ne peut mieux. ^*
Tout à vous,
William.