V. LES AUTOBUS PARISIENS ^ A LA MARNE
Henri à William, •
Château de L . . .-sur-Mame, le 20 septembre, 1914.
Mon cher WiUiam, Il paraît que ce sont les autobus parisiens qui ont gagné la bataille de la Marne. C'est du moins ce que m'annonce très sérieusement François, mon camarade, cet incorrigible Parisien.
Si ce ne sont pas les autobus, c'est certainement la s présence d'esprit du général Galliéni. Voici, en tout cas, l'attestation de François:
f Oui, mon cher, crois-le si tu veux. Ce sont nos vieux autobus parisiens, c'est Clichy-Odéon, Madeleine- Bastille, Batignolles-Montpamasse,^ qui ont gagné la 10 bataille de la Marne. Tu aurais dû les voir s'amener en pleine nuit, ces braves autos, pleins de poilus cette fois, jusque sur la ligne de feu.
f C'est Galliéni, paraît-il, qui a eu cette riche idée qui avait échappé à von Kluck.^ Il avait vu juste. Tant 15 de kilomètres, tant d'heures devant soi, tant de renforts disponibles, tant d'hommes par auto et en route!
f Ce soir-là, ton père et le mien, comme tous les Parisiens héroïques, ont dû user un peu plus leurs chaussures pour rentrer chez eux.» 20
Voilà tout, et Galliéni a pu dire comme ce fameux général romain: ^ « Je suis venu, je les ai vus et ie les
ai battus.» Les Allemands n'en revenaient pas de tons ces poilus qui leur tombaient dessus, pour ainsi dire, du haut du ciel et de ces autos qui refilaient aussitôt bon train potu: en chercher d'autres, t Aux autobus parisiens S la Patrie reconnaissante ! » ^
La manœuvre concertée de JoflFre et de nos grands
chefs, français et anglais, a pleinement réussi. Menacé
d'enveloppement sur ses deux ailes, l'Allemand ' s'enfuit
et court encore. Les journaux qu'on nous distribue sont
lo pleins d'espoir.
Bien à vous,
Henri.