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Scènes populaires dessinées à la plume

Une ordonnance .de. je ne sais quelle époque défend le cumul, a^-çl^là de trois mille francs pour les emplois subalternes, mais le tolère pour les gros bonnets. Rien n'a encore été statué à cet égard pour les productions d'esprit. Un bonnetier ne peut pas vendre des sirops , un confiseur

des bonnets de coton, cela se conçoit trèsbien; mais pourquoi un auteur de tragédies ne ferait-il pas des ballets , et un peintre d'histoire ne se permettrait-il pas la caricature ? Si cependant Fauteur tragique comme le peintre d'histoire, voulant se délasser de leurs études sérieuses , abandonnaient les hautes régions, descendaient de temps en temps sur la terre , et s'initiaient aux joies et aux misères de la vie privée, pourquoi ne le feraient-ils pas? on ne pourrait certainement pas leur interdire ce délassement , il n'y a pas d'ordonnance.

Qui peut plus y peut moins ^ disaient les anciens maîtres. Oui , sans doute , il vaut mieux avoir dessiné d'après la bosse et d'après nature , dût-on peindre un jour sur les boutiques, des souliers de profil avec des rosettes de face; faire toutes ses classes,

dût-on devenir épicier, que de s'arrêter à la cinquième ; mais pour changer tout-^àcoup sa manière, passer du grave au doux, du plaisant au sévàre, il faut de bonne heure plier son talent à toutes les exigences des genres qu'on veut adopter.

Les plus beaux chevaux pourront traîner de simples fiacres , mais ils les traîneront différemment que les autres ; les cochers n'y trouveront plus leur compte , les pratiques non plus (i). Le nouveau caiididat à l'Institut , allant rafidre ses visites , compte sur le temps que son fiacre va lui donner pour préparer son compliment; les fournisseurs, ce qu'ils répondront au client qui n'a pas encore pu trouver le temps dé

(i) NoiM n'ayons pas encore dans notre langue un mot technique pour désigner une personne dans un fiacre; il faudrait cependant y songer.

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parcourir leurs mémoires; le soldat , Favocat , le magistrat et le forçat , la soubrette, le trompette , la coquette et la grisette pris à rimproviste , n'ayant employé que dix minutes à une course qui exige toujours une bonne heure, seraient alors fort dé^ sappointés. En définitive , je crois que ce nouveau procédé , celui des beaux chevaux à de simples fiacres, entraînerait de graves inconvéniens , et qu'il faudrait y renoncer.

Pourquoi? parce que la transition serait trop iM'Usque du blanc au noir , du chaud au froid , on n'y passe pas si vite sans courir de risques , il faut des demi-teintes ; ce que je dis là , c'est pour en revenir aux vieux maîtres.

Nous avons vu jusqu'à présent, fort peu d'hommes de lettres s'adonner à la peinture , et fort peu de peintres s'occuper de

littérature ; pourquoi , puisque les études et les observations sont les mêmes , ne pas s'essayer dans les deux genres? Combien de fois les grands écrivains français et étrangers n'appellent-ils pas à leur aide les peintres dont le genre s'identifie davantage avec la scène qu'ils veulent représenter , ou l'efïet qu'ils veulent rendre. Tous les jours , Walter-Seott n'invoque-t-il pas le pinceau de Wilkie , d'Allan ou de Rembrandt.

Le peintre dans un tableau rie peut représenter qu'une scène , qu'un moment ; il n'a pas d'antécédens , les accessoires peuvent le servir quelquefois, mais ces moyens sont la plupart du temps impuissans.

Hogarthj le premier peintre philosophe de l'Angleterre, dans sa Vie du Libertin^ a pris son héros au berceau et l'a suivi jusqu'au

gibet. Il a été obligé pour cela de faire une suite de taMeaux^ il ne pouvait done pas rassembler tous les incidens de la vie dans une seide composition.

Notre bon et sensible Greiae a aussi dramatisé les scènes de la vie privée. Que de créations nobles et touchantes nous devdhs à ce grand peintre du cœur humain ; mais que de pages délicieuses cet admirable génie n'suirait-il pas laissées, s'il avait écrit.

Quel beau poème lui aurait fourni sa composition du Fieux Paralytique soigné par ses enfans. Là , sont exprimés en quelque sorte tous les sentimens de la piété filiale aux différentes époques de la vie. Son fils aîné près de lui , les yeux fixes, écoute avec recueillement les dernières leçons du virillard. Héritier de ses vertus et de son

expérience, il sait qaeh devoirs va lui imposer à son toar sa qualité de chef de famiUe , tandis qu'un jeune enfant voulant aussi prendre sa part des soins que toute la famille prodigue à son vieux grand-père , lui offre son moineau, Tunique trésor qu'il possède au monde

Dans la ravissante composition du Conpoidu Pauvre^ le spectateur n'est -il pas transporté au-delà du tableau ? Ne s'associe-t-il pas au sort , à l'avenir de ce chien , triste compagnon du pauvre qu'il suit à sa dernière àerneme. Que va-i-il devenir ? àemandait-on à l'exposition. Je l'ai dit , je l'ai entendu ; voilà bien le plus bel éloge qu'cm puisse £3iire d'un tableau.

Quelle ressemblance, quelle affinité dans certaines esquisses de la société de messieurs Scribe et Horace Vernet, dans les lithogra-

phies si naïves et si spirituelles de Messieurs Charlet , Eugène-Lami , Bellangé, Grenier, Decamp, Grandville, Pigal, et les pièces du Gymnase et des Variétés. Ut pictura poesis , jamais ce proverbe n a trouvé ime plus heuFCuse application.

L auteur, peintre lui-même, a osé espérer que son exemple serait suivi par ses confrères, que les littérateurs viendraient dans les ateliers apprendre à charger une palette comme les peintres iraient demander des conseils aux littérateurs pour rassembler leurs idées. Les artistes que nous venons de citer, n'ont-ils pas écrit aussi au bas de leurs compositions des mots toujours charmans, souvent sublimes.'^ Que de regrets n éprouve-t-on pas en ne les voyant pas s'adapter à un texte. C'est l'histoire d'un amateur devant un tableau

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prédeux dont une draperie cache les trois quarts.

Dans les scènes qu'il a dessinées d'après nature , qu'il a entendues , Fauteur n'est absolument que l'éditeur des faits et gestes de ses personnages.Il a voulu faire connaître le langage familier de la petite bourgeoisie, rendre la couleur et l'énergie de la dernière classe du peuple. Il a bravé pour cela l'atmosphère enfumée dé la loge en assistant à la lecture d'un Roman chez la Portière , l'ennui d'une Cour d'Assises , les jeux de mots, les quolibets, les couplets et les lieux communs d'un Dîner Bourgeois. Il a surpris l'aristocratie dans sa curiosité, le bas peuple dans sa joie féroce , assistant à une ËxicuTiON ; il a étudié la naïveté piquante et la touchante sensibilité de la Petite Fille, les plaisirs et les peines de la

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GRANJHt Dahb. Ce sont ses observations , ses études qu'il soumet , c'est dans cette intention qu'il a fait son livre j qu'ont été lithographiées ses compositions.

Advienne que pourra, et si l'événement n'est pas favorable, les conséquences ne peuvent être bien tristes, et je crois qu'ils n'auront pas démérité de la bonne opinion et de l'estÛEiie qu'on peut avoir de leur personne et de kuur honnêteté , les littâ^ teuTj» qui auront pris la palette, les pein-très qiu auront pris Ja plumé.

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