‹ Scènes populaires dessinées à la plumeChapitre 13 sur 46 · VN JURÉ · texte numérisé non relu

VN JURÉ

Près Épinal.

flrr AUTRE JURÉ.

Département des Vosges.

LE TÉMOIN PRUDHOMME (duns Touditoire),

Épinal, Vosges, Vosges, Épinal.

Huissier, faites sortir l'interrupteur.

M. PRUDHOMME

Gomme témoin, je croyais de mon devoir d'éclairer la justice.

LE PRÉSIDENT

Taisez-vous , vous ne devez parler que lorsque vous serez appelé.

M. PRUDHOMME

C'est comme vous voudrez, M. le Magistrat.

LE PRÉSIDENT

Accusé, soyez attentif à la lecture de l'acte

5o LA COUR

d'accusation et aux charges qui seront portées contre vous.

LE GREFFIER ( Ut V arrêt de renvoi).

I^a Cour Royale, chambre des mises en accusation, attendu que Jean Iroux est suffisamment prévenu d'avoir , au mois d^octobre dernier, étant en état de vagabond^^, tenté de commettre un meurtre avec préméditationsur la personne de la dame veuve Loddé; tentative qui n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de sa volonté, ce qui constitue les crimes prévus par les articles 2, 296 et 3o2 du code pénal, 2 70 et 280 du même code , ordonne que les pièces seront envoyées à M. le procureur général. Ordonne, en outre, que par tous huissiers et agens de la force publique, le nommé Jean Iroux, âgé de trentehuit ans, né à Galard^ arrondissement if Épinul y département des Fosges y journalier j sans domicile, taille d'un mètre trente-six centimètres, cheveux et sourcils roux, front bas, yeux gris , nez épaté , bouche de travers , menton ramassé , barbe rousse , sera pris au corps et conduit dans la maison de justice; sur les re-

. D'ASSISES. 5i

gistres de ladite maison il sera ^croué par tous huissiers requis, ce qui sera exécuté à la diligence du procureur-général.

ACTZ B'ACCUBATIOV COMTBZ JSAK SaOUZ*

Le procureur général expose que, par arrél de renvoi, la Cour a ordonné la mise en accusation du nommé Jeanlroux^ âgé de 38 ans, sans domicile, accusé dWoir , étant en état de vagabondage , tenté un meurtre avec préméditation, sur la personne de la veuve Loddé.

Déclare le procureur général que, de Finstraction, résultent les faits suivans.

Le 17 octobre dernier, vers huit heures huit heures et demie environ du soir, par un temps froid et pluvieux, et pendant l'obscurité la plus profonde, un individu, mal vêtu se présenta à la porte de la ferme des Étroits^ dépendant de la commune de XArgotière^ appartenant à la dame veuve Loddé^ et exploitée par le ^ieiu- Barbier: la porte de la ferme avait été fermée. Cet individu, voulant cependant exé-

cuter ses funestes projets, frappe à coups redoublés; tous les habitons de 4a ferme sont en émoi: le sieur Barbier seul conserve son courage et son sang-froid. Après avoir reproché à sa femme ses terreurs et ses craintes, il se dirige d'un pas ferme et assuré vers la porte charretière. Qui va là? s'écrie-t-il d'ime voix forte et sonore. Ouvrez, s'il vous plaît, répondit une voix inconnue et tremblante; ouvrez : je vous demande à coucher pour cette nuit. C'est bien tard, lui répondit M. ^ar^ier; cependant il ouvrit et conduisit l'individu dans une grange séparée des bâtimens d'habitation, puis il se retira, revint trouver sa famille toujours inquiète, et ne tarda pas à se coucher.

Sur les une heure, deux heures du matin, im garçon de la ferme entendit dans la cour le bruit des pas d'un homme; il regarda à travers un trou qui existait à la porte de l'écurie, et aperçut un individu traversant la cour; il le laissa passer, sortit sans faire de bruit, et le suivit des yeux; l'individu entra dans un corps de logis dépendant de la maison d'habitation, et bientôt après il aperçut une ombre projetée sur la fenêtre d'une chambre habitée par la

dame veuve Loddé ; il y porta toute son attention et vit un individu qui, armé d'un bâton, paraissait lutter avec quelqu'un. Le garçon, voyant qu'un crime se commettait, courut en toute hâte à l'escalier, et voit sortir de la chambre un individu qu'il reconnut pour im étranger ; cet individu passa près de lui, calme, les yeux fixes, et tenant encore son bâton à la main.

Il se rangea pour le laisser passer, et se contenta de dire : C'est un sorcier, il a charmé nos chiens; puis il répandit l'alarme dans la maison. On courut à la chambre de la dame veuve Loddéj qui répondit, à moitié endormie, qu'elle avait été réveillée par un homme qui frappait à coups redoublés sur le bois de son lit, agitant un bâton, mais qu'au mouvement qu'elle fit en se réveillant, il était reparti quelques instans après. Le sieur Barbier ^ réveillé, se rendit en toute hâte à la grange , il trouva l'accusé plongé dans un profond sommeil et tenant toujours son bâton noueux à la main.

L'étranger s'est réveillé au bruit que l'on a fait. Le sieur Barbier lui reprocha son ingratitude et son crime. Iroux déclara n'être jamais sorti et qu'il ignorait ce qu'on voulait lui dire. On

renferma dans la grange; et, dans ces circonstances, Jean Iroux est accusé d'avoir, étant en état de vagabondage, tenté un meurtre avec préméditation sur la personne de la dame veuve Loddé, crimes prévus par les articles a, 396, 3o2 du code pénal et 280 du méme^code.

Page 1