LE GREFFIER
Les témoins de FafFaire sont.... à charge:
Le sieur Barbier.
La dame Barbier.
La veuve Loddé.
Maclou.
Témoins à décharge :
Le sieur Prudhomme.
( Les témoins se retirent. )
LE PRIÉSIDENT.
Jean Iroux!
( V accusé est endormi. )
LE PRÉSIDEITT.
Gaidarme, réveillez le prévenu.
D'ASMSES. 55
JBAir i&oux« Laissez-moi donc tranquille... gendarme.
LE PRÉSIDENT
Jean Iroux , répondez à mes questions.
JEAN IROUX.
J'ai soif...
LE PRÉSIDENT
(Faites apporter un verre d'eau au prévenu. ) D'où veniez-vous lorsque vous frappâtes à la porte de la ferme des Étroits? ( On apporte un verre d'eau. )
JEAN IROUX.
D'où que je devenais... Je devenais du Roquet... que j'y avais couché... que j*y étais été pour avoir de l'ouvrage... qu'on m'a traité de faignant et qu'on m'a dit que j'priais Tbon Dieu d'n'en pas trouver... que j'avais fait neuf lieues... que je n'me sentais pas de froid... que j'n'avais mangé qu'un sou d'pain d'ia journée... que v'ià que j 'frappe à la porte de la ferme.... qu'on m'ouvre.... que j'me couche.... que j 'm'endors.... qu'on m'réveille... et qu'on mène en prison... ( // sanglotte. )
LE PRisiDENT.
Câlmez-vous. Répondez aux questions que je vais vous adresser... Vous veniez, ditesvous, du Roquet où vous n'aviez pas trouvé d'ouvrage.
JEAir IROUX.
Oui, mon juge... Moi, voleur... moi, assassineur... jamais... moi pas riche... moi malheureux.... oui... {Il pleure^ ) Moi.... pas noble.... moi noble... moi riche... moi pas voleur... moi
pas noble.....' moi pas riche moi, scélérat....
qu'on m'guillotine.... Moi, battre une vieille... jamais... moi, j'ai conduit une vieille aveugle trois mois sans rien... qu'elle est morte... moi,
battre une vieille moi, battre im enfant
jamais... moi respecter un chien... mais moi,
pas noble... pas riche.... qu'on m'guillotine
( Au gendarme qui s'approche de lui pour le calmer.) Laissez-moi donc tranquille, gendarme... tenez v'ià ma cravate... {Il la retire,) Qu'on m'guillotine.... Moi, assassineur... moi, battre une vieille.. . jamais... battre une vieille... Moi, pas noble... ( // verse des larmes en abondance, )
D\4SSISES. 57
LE PRÉSIDENT
Soyez plus tranquille... calmez-vous... avezvous un avocat?
JEAK IROUX.
Moi, pas noble... moi, pas riche... moi, pas d'avocat... moi, pas rien... J' veux qu'on m'guillotine... moi, battre une vieille... jamais... ( // retombe accablé sur son banc.)
( Mouuement dans t auditoire. )
LE PRÉSIDENT
Faites appeler le premier témoin.
Levez la main... la main droite.
J^ous jurez et promettez de dire la vérité , toute la vérité y rien que la vérité.
BARBIER
Je le jure.
LE PRÉSIDENT
Baissez la main. Êtes-vous parent ou allié du prévenu ?
BARBIER
Non.
LE PRÉSIDENT
Tournez-vous du côté de messieurs les jurés. Faites votre déposition.
BARBIER
J'était à souper avec mon épouse et mon monde; v'ià que j'entends frapper à la porte de la rue. rdisrBon, via M. Chomel qui r'vient; que M. Chomel c*est le fermier d*à côté d'chez nous, qu'était allé, sauf le respect que j'vous dois, vendre du blé au marché. Mon épouse me dit : Y a long-temps qu'il est revenu; çà peut être que des polissons qui frappent à la porte. Bon, que j 'dis, j 'vas y aller voir; que j'y vais. J'trouve ime voix qui m^demande à coucher. Bon. Qu'êtes - vous ? que j'réponds. Ouvrez! qu'elle crie toujours. J'ouvre la porte, et j'trouve, ( se tournant du côté du prévenu ) j'trouve... celui-ci qui me d'mande à coucher. Bon... Pas gêné, que j'iui réponds; il est là pour le dire. Ma foi, j'Iui dis, attendez : j'prends ma lanterne et je l'conduis dans une grange ousce qu'on bat dedans en grange; et j'I'enferme en lui disant : Bonsoir, l'ancien... Mais, pas du tout; v'ià quand j'rentre.
ma femme me dit : Qu'est ce qu'est venu? J'iui fais une menterie que c'étaient des galopins qu'étaient venus frapper... car elle n'est pas curieuse de recevoir la nuit des gens qu'on n'connaît pas.
LE PR]éSID£NT.
AUâtes-vous vous coucher long-temps après avoir accordé l'hospitalité au prévenu?
BARBIER
Parbleu.
LE PRÉSIDENT
Vous ne répondez à ma question. Vous couchâtes-vous long-temps après avoir donné asile au prévenu?
BARBIER
J'm'ai couché quet temps après.
Fort bien Vous fûtes donc réveillé pendant la nuit par le bruit que firent, à la suite de la visite de Jean Iroux dans la chambre de votre belle-mère, les cris A r assassin de vos garçons de ferme ?
6o LA COUR
BARBIER
C'est sûr, qu'ils en firent du tapage. J'prends, sauf votre respect, ma culotte ; j'saute sur mon fusil; jVais chercher avec Maclou tout autour des bâtimens; j'trouve... rien du tout... j'entre dans la grange ousqu'était l'assassin ; je l'trouve, le scélérat, qui faisait comme si qu'il dormait ,^ son gros manche à balais entre les jambes, et qu'avait l'air comme de rien du tout.
LE PRÉSIDENT
Que lui dîtes-vous?
BARBIER
Je l'ai traité comme il Je méritait, et de brigand, et de voleur y et de tout; qu'on n'était pas plus scélérat; et que je ne sais ce qui m'a empêché de le massacrer; qu'enfin, avec son air de filou, il me regardait; qu'il disait qui n' savait pas ce qu'on avait... Enfin, je ne me suis pas contenté de ça; j'iai enfermé à double tour... qu'on est allé chercher la garde... que les gendarmes sont venus.. ^ et qu'ils l'ont e/npoigné.
D'ASSISES. 6i
LE PRÉSIDENT
Avez-vous autre chose à déclarer ?
BARBIER
Non , puisque jVous ai dit tout.
LE PRÉSIDENT
Allez à votre place. Introduisez un autre témoin. ( La dame Barbier est introduite. )
LE PRÉSIDENT
Levez la main.
LA DAME BARBIER
Laquelle, M. le président ?
LE PRÉSIDENT
La main droite.
LA DAlfE BARBIER.
Excusez, Monsieur, c'est que je ne peux me moucher que de celle-là, j'm'en vas' tenir la gauche en attendant (Elle se mouche). Excusez, v'ià c'que c'est.
Vous jurez et promettez de dire la vérité, toute la vérité... rien que la vérité.
62 LA œUR
LA DAME BARBIER
Oui, Monsieur.
LE PRÉSIDENT
Baissez la jnain. Etes-vous parente ou alliée du prévenu?
LA DAME BARBIER (au€c emportement).
Moi! parente de c'scélérat-là?Oh ! le brigand! oli ! le gueux !
LE PRÉSIDENT
Toute injure envers le prévenu vous est interdite, faites votre déposition. Tournez- vous du côté de MM. les jurés.
LA DAME BARBIER
Bonjour, Jury... Messieurs, comme vous êtes tous honnêtes hommes, ce brigand-là, excusez
ce Enfin, Monsieur entra chez nous pour
massacrer notre pauvre mère. Pauvre femme 1 il a voulu la massacrer, le grédin qu'il est.
LE PRÉSIDENT
Je suis encore obligé de vous rappeler à la question. Connaissez-vous le prévenu?
LA PAME BARBIER.
J'en serais bien fâchée! Dieu merci, non.
LE PRÉSIDETfT.
Le vîtes-vous dans votre ferme?
LA DAME BARBIER
Je l'ai vu quand les gendarmes l'ont emmené, que si l'on ne m'avait retenue je lui aurais arraché les yeux (se retournant du coté de son mari). Ça t'apprendra, M. Barbier, à recevoir chez nous des assassins.
LE PRIÉSIDENT.
Avez- vous quelque chose à ajouter à votre déposition?
LA DAME BARBIER
Non Monsieur que je voudrais bien
qu'on lui apprît à i>e plus venir assassiner dans les...
LE PRiêsiDENT ( F interrompant ).
C'est assez; taisez-vous. Allez à votre place. ( La femme Barbier se retire, )
64 LA œUR
LE PRESIDENT
La danie veuve Loddé. {La veuve Loddé est introduite, )
LE PRÉSIDENT
Levez la main. ( La veui^e Loddé reste immobile. ) Levez la main.
LA VEUVE LODDÉ.
Que je lève la main?
LE PRÉSIDENT
La main droite... Vous jurez et promettez de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
LA VEUVE LODDÉ.
Oui.
LE PRÉSIDENT
Baissez la main... baissez la main. Huissier, donnez un siège au témoin. Tournez-vous du côté de Messieurs les jurés... Faites votre déposition Comment je ne vous entends
pas; parlez plus haut... N'étiez-vous pas coU" chée lorsqu'un individu pénétra dans votre
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chambre et vous réveilla en frappant à coups redoublés sur votre lit?.. Comment...
LA VEUVE LOPD1S.
Oui... Monsieur... que je croyais que c'était Maclou...
LE PRÉSIDENT
Reconnaissez-vous le prévenu?
LA VEUVE Louni.
Non... Monsieur... que je croyais que c'était Maclou...
LE PRÉSIDENT
Fûtes-vous réveillée par le bruit qu'il fit en frappant sur votre lit?
LA VEUVE LODDE.
Oui... Monsieur... que je croyais que c'était Maclou...
LE PRÉSIDENT
Vous ne pouvez pas le reconnaître?
LA VEUVE LODDÉ.
Non...
LE PRIÉSIDENT.
Vous n^avez pas autre chose à dire?
LA VEUVE LODDÉ.
Que je croyais que c'était Maclou.
LE PRÉSIDENT
Allez à votre place... Maclou. ( Le témoin est introduit. ) '
LE PRIÉSIDÈNT.
Levez la main...Vousjurez et promettez, etc.
HAGLOU.
Oui... mon juge.
LE PRÉSIDIITT.
Etes-vous parent ou allié du prévenu?
MACLOU
Non , mon juge.
LE PRÉSIDENT
Baissez la main. ( Le témoin baise sa main.
Rire dans F auditoire. ) Je vous dis de baisser votre main. Tournez-vous du côté de Messieurs
les jurés. Faites votre déposition. Reconnaissez-vous dans l'accusé l'individu qui se présenta à la porte de la ferme des Étroits}
MACLOU
Comme j'vous voyons. J'étionsdans l'écurie que j 'entendons comme quelqu'un qui marchait dans la cour; j 'croyons qui rattournait dans la cour; j 'croyons qu'c'était l'bourgeois;
mais non J'me mettons après li, et que
j'vayons qui rattournait dans la cour; qu'j'avons peur; qu'les chiens n'disaient pas la moindre des choses^ et que j'voyons qu'il r'muyions, qu'i r'muyons un bâton ; que j'me mettons à aller que l'bourgeois qui vient , et qu'nous trouvons rien; qu'la mère Loddé m'dit quand j'y montons : Qu' t'es donc venu pour m'réveiller.
LE PRJÉSIDEITT.
Papsa-t-il près de vous dans l'escalier?
MACLOU
Jamais.
68 LA œUR
L'avez-vous rencontré dans Tescalier?
MACLOU
Ah! oui.
LE PRÉSIDENT
Il passa donc près de vous?
MACLOU
Ah! non.
LE PRÉSIDENT
Voyons , soyez conséquent. Je vous fais une question... Est-ce oui ou non?,
MACLOU
Mais jVons rien dit, mon juge... j'n'ons rien dit. J'sommes honnête homme... j'ons vu c't'homme qu'est v'nu; qu'je Tconnaissons pas... que j'sommes ben loin de dire ce que j'nons pas vu.
LE PRÉSIDENT
Je VOUS demande si vous l'avez rencontré dans l'escalier?
MACLOU
J'nons jamais fait de tort à personne.....
d'puis que sommes chez l'même bourgeois, mon juge; jamais d'tort à personne.
LE PRESinEWT.
Nous n'attaquons en rien votre probité; je vous demande si Taccusé s'est porté à des voies de fait sur la personne de la veuve Loddé?
MACLOU
Elle m'a dit qu'il avait donné des coups de manche à balai sur le bois du lit; qu'elle croyait qu'c'étions moi.