LES HUISSIERS
Silence, messieurs.
LE PRiSIDEITT.
Accusé, avez- VOUS quelque chose à ajouter pour votre défense?
JEAN IROUX.
Qu'on hi'gilillotine. Moi, battre une vieille, jamais moi pas noble....
LE PRÉSIDENT
Les débats sont fermés.
LE DÉFENSEUR
Pardon j M. le président ^ mais j'ai oublié d^ répondre aux principaux argumens du ministère public.
LE î>RÉsiDENT.
C'est un tort irréparable. La loi défend d'ac- ' corder la parole au défenseur , comme au ministère public, quand le président a déclaré que les débats étaient fermés. Lui seul a la parole pour le résumé.
LE DÉFENSEUR
Mais si dans ce résumé, vous ne résumiez pas tout, M. le président. Si vous élargissiez l'accusation eu étranglant la défense?
LE PRÉSIDENT
Il n'en peut jamais être ainsi.
UN AVOCAT, {présent au barreau,)
Cela s'est pourtant vu, c'est un tort que la loi permet.
L'observation est inconvenante , et si à l'ouverture des débats, le président des assises ne prête pas comme MM. les jurés, le serment de ne trahir ni les intérêts de l'accusé, ni ceux de la société qui l'accuse, il lui reste le souvenir du serment qu'il a prêté en revêtant la toge , et le témoignage de sa conscience qu'il ne doit jamais oublier dans ses pénibles fonctions. Si quelques-uns l'oublient, c'est un crime de leur part', et le mépris de leurs collègues leur est acquis à tous à jamais.
Vous excuserez, MM. les jurés, la longueur de cet entretien qui a retardé la continuation des débats; mais le zèle que vous avez apporté dans tout le cours de la session, l'exactitude à remplir v<js devoirs et la haute sagacité que vous avez montrés, nous prouvent plus que
jamais le bienfait de votre institution et nous font espérer votre indulgence pour cette interruption. Nous serons aussi brefs que nous semble le comporter cette affaire.
Un malheureux accablé sous le poids de la fatigue et de la misère , se présente dans une ferme où l'hospitalité du maître lui offre un asile. Bientôt ses sens sont assoupis , toutefois son sommeil fut agité, des rêves vinrent l'assiéger; de cet état inquiet, il ne tarda pas à passer au somnambulisme. Alors il se leva, se rendit dans la chambre de la veuve Loddé; il dansa, frappa de son bâton sur le bois du lit, dans lequel elle reposait; cependant il ne la maltraita pas. Rentré à la grange , il se remit de nouveau sur son lit de paille. Un sommeil bienfaisant et réparateur lui faisait oublier sa misère et la faim , quand il fut réveillé par le fermier et arrêté comme un assassin. Voilà toute la cause , vous avez entendu M. l'avocatgénéral et le défenseur de l'accusé , ce serait abuser de vos momens que de vous rappeler les moyens qu'ils ont fait valoir et qui sans doute ont dû frapper vos esprits. Ce sera à vous de décider entre l'attaque et la défense ;
go LA œUR
mais n'oublies pas les circonstances dans les* quelles Jean Iroux est introduit dans la chambre de la veuve Loddé > et puisque dans cette cause on a abusé du droit de citation ^ veuillez nbus en passer ime, pour nous permettre de repéter avec Fauteur déjà cité : « Que Vhomme » quidortj n'est déjà plus V homme social que » la loi protège encore^ mais ne lui commande » plus, »
Dans ceà circonstances , vous êtes appelés à prononcer sur les questions que nous avons rhonnetir de tous soumettre :
ï. Jean Iroux est-il coupable d'avoir, le 17 octobre dernier , tenté un meurtre avec |iréittéditation sur la personne de la dame veuve Loddé'i
2. A-t-il commis cette tentative étant en état de vagabondage ?
Si sur l'une ou l'autre de ces deux questions, vous n'étiez d'avis de l'affirmation de la simple majorité de sept contre cinq, vous voudriez bien en faire mention en marge de chaque
question. {Les jurés se retirent dans la chambre de leurs délibérations. On fait retirer VgjC' cusé. Après dix minutes de délibération les jurés rentrent?)
{Rentrée de la cour.)
LE PRjêSIDENT.
M. le chef du jury, veuillez faire connaître la réponse du jury.
LE CHEF DU JURY , ( SB lèvCj la main droite sur le cœur.)
Sur mon honneur et ma conscience, devant Dieu et derant les hommes, la déclaration est sur les deux questions à l'unanimité i
Non , l'accusé n'est pas coupable !
( Bravos dans F auditoire. )
M. PRUDHOMME
Honneur à jamais, à la magistrature française.