‹ Scènes populaires dessinées à la plumeChapitre 26 sur 46 · LES PRÉCÉDENS, WILSON · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENS, WILSON

( fFilson salue en entranU II a V accent anglais et prononce le seul mot bonjour).

WILSON

Bonjour. (// ^a se poser auprès de M. Duret Tous les hommes sont devant les tableaux, les dames devant la cheminée. fTilson marche sur le pied de M. Duret, et lu^i dit : Bonjour /?owr toute excuse.)

M. DURET (^faisant une grimace ).

Bonjour, monsieur.

LES PRlèC^DENS, M. JOLY.

M. JOLY

Bonjour, madame Locard; permettez... ( // l'embrasse.) Ah! c'est bien aimable à vous d'être

venue comme ça Où est donc Locard?

i3o LE DINER

Tiens, je ne vous voyais pas là-bas... bonjour, monsieur Nargeot... bonjour, monsieur Wilson... donnez-moi vos chapeaux.

WIIiSON.

Bonjour.

M. JOLY

Mesdames, vous voyez un monsieur qui ne fera pas beaucoup de bruit : monsieur est Anglais et ne parle pas français...

MADAME LOCARD.

Pauvre jeime homme c'est bien désagréable pour un étranger.

MADAME DURET

Ah! vraiment oui... venir de si loin. ( On sonne.

LES PRÉCiDENS, MOITSIEUR ET MADAME PRUDHOMMB.

M. JOLY

Bonjour, monsieur Prudhomme; madame, permettez*.. ( // F embrasse. )

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M. PRUDHOMME ( dune voix forte et sonore ).

Monsieur Joly , vous ne me demandez pas la permission, à moi. Mesdames, j'ai l'honneur de vous présenter mes devoirs... Messieurs, je

suis votre serviteur Où est donc madame

Joly... que je vous rende, monsieur Joly, la monnaie de votre pièce.

MADAME JOLY

Excusez, mesdames.

M. PRUDHOMME {s'avancant).

Je viens réclamer auprès de vous, madame, un engagement contracté avec M. Joly... permettez... (^iir embrasse) il a embrassé madame Prudhomme.

MADAME JOLY {^duTi air aimable).

C'est de toute justice. {S' approchant de son mari ) Et ton vilain pâtissier ?

M. JOLY ( ba^ à sa femme ).

J'en sors... il me suit.

M. PRUDHOMME ( S approchant de V Anglais ).

Eh bien , jeune homme ! voilà un beau temps pour la promenade.

i32 LE DINER

MADAME JOLY

Monsieur ne vous répondra pas : c'est un Anglais; il ne parle pas français.

M. PRUDHOMME

Ah! monsieur est d'Albion... il n'y a pas de mal à ça... monsieur... tous les hommes sont faits pour s'estimer... et, comme dit la chanson : (// chante.)

Peuples, formons une sainte alliance Et donnons-nous la main.

Ah! monsieur est Anglais,.. Eh bien, monsieur! comment trouvez-vous notre belle patrie?

WILSON

Bonjour.

M. PRUDHOMME

Bonjour, monsieur. Ah! vous êtes venu comme ça, sans savoir la langue; c'est le tort que vous avez eu , car vous devez être embarrassé à chaque pas... dans les endroits publics,

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au spectacle, partout. Monsieur, je ne verrai peut-être jamais Londres; je suis de bureau, et ce n'est point dans cette profession qu'on peut beaucoup donner à ses plaisirs;, surtout moi,

je suis chargé d'un travail... mais j'irais que

je crois que je l'apprendrais.

wiLsoN {impatienté).

Bonjour.

M. PRUDHOMME

Eh bien ! oui , c'est précisément parce que vous ne parlez pas; mais, monsieur, il n'y a pas de temps perdu, vous êtes jeune et en travaillant rien ne résiste à l'homme... Comme ça, monsieur, c'est un voyage d'agrément que vous êtes venu faire à Paris?....

MADAME JOLY

Allons, messieurs, la main aux dames, s'il vous plaît.

M. PRUDHOMME

Allons, mesdames, comme je disais tout-à-

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l'heure : pour les peuples , je l'applique aux dames.

Formons , mesdames , une sainte alliance , Et donnons-nous la main.

{Madame Joly lui présente sa main. M. Jolj prend celle de madame Duret; M.Duretcelle de m/idame Locard , et les messieurs restent un quart d'heure à la porte à se faire des politesses.)

{La société est introduite ; les membres attendent que les amphitryons leur indiquent les places qu'ils doii^ent occuper. )

MADAME JOLY

Madame Locard, là, s'il vous plaît, en face

de moi bien M. Prudhomme à côté de

madame... Madame Duret à côté de M. Prudhomme M, Wilson... Joly, dis donc à ton

monsieur anglais , qu'il se place à côté de madame Duret bien, madame Prudhomme

M. Nargeot, à côté de moi.... M. Locard à ma

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gauche... Victorine, mets-toi à côté de M. Nargeot.... Tu sais, toi M. Joly, là-bas. .. Madame Duret, sans vous commander , voulez-vous , s'il vous plaît 9 servir la soupe; je reviens à la minute.

M. DURET

Volontiers. {A madame Locard.) Madame?

MADAME LOCARD.

Merci, madame.... mais, madame Joly.

MADAME JOLY

Ne vous en inquiétez pas.

MADAME LocARD ( voulatit passcr son assiette).

A madame Prudhomme.

MADAME PRUDHOMME

Je n'en ferai rien , madame.

MADAME DURET ( à madxime Vrudhomtné).

Madame....

MADAME DURBT {^à M. Locard).

Monôieur....

{M. Locard fait la politesse à son voisin^ et

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r assiette fait deux fois le tour de la table à chaque plat nouveau. Le silence le plus profond règne dans la salle pendant la soupe. )

{Arrivée du bouilli et de M. Joly.)

MADAME JOLY

Excusez.... mesdames.... c'est que j'ai une femme de ménage qu*est si maladroite...

M. PRUDHOMME {oprès uvoir mangé sa soupe).

Ah ! voici une excellente pièce d'estomac...

MADAME JOLT.

Vous trouvez ?

M. PRUDHOMME

Je ne ments jamais. ( H offre à boire à ses voisins.) Voici, dit-on, mesdames, qui ôteun écu de la poche du médecin.

BOURGEOIS. i37

M^. DURET

Oui, mais qui se remet dans la poche du dentiste.

M. PRUDHOMME

Ah! je ne savais pas celui-là il est fort

joli.... {On sert le bouilli.)

MADAME LOCARD.

Voilà un bouilli parfait Ah! le bon

bœuf.....

MADAME DURET

C'est à manger à la cuillère.

MADAME PRUDHOMME {à M. Jofy. )

Est-ce toujours votre même boucher.

MADAME JOLY

M. Vesseron?

MADAME PRUDHOMME

Oui , enfin... qui avait épousé une demoimoiselle Barbier.

MADAME JOLY

Non. Il y aura deux ans, tenez, madame

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Prudhomme, à la Saint-Nicolas, que je l'aurai quitté. C'était la fête à M. Joly; nous avions du monde à la maison. Tenez, M. Nargeot, nous avions ce jour-là M. et madame votre mère.... Si bien que je vais à la boucherie ce jour-là, et je demande un morceau de gîteàla noie, ou de la tranche au petit os; pas du tout, pendant que je causais donc au comptoir avec madame Vesseron, voilà que Tétalier qui était alors un grand insolent que je n'ai jamais pu souffrir... me flanque dans sa balance un gros os qu'ils appellent de la réjouissance , avec un morceau de la culotte.

M. PRUDHOMME ( Hcanant ).

Ah! ah! de la culotte.

MADAME PRUDHOMME

N'allez-vous pas déjà commencer, monsieur Prudhomme?

M. PRUDHOMME

Pardon, je ne le ferai plus.

MADAME JOLY

Voilà la conduite de M. Vesseron à mon égard.

BOURGEOIS. i39

MADAME LOCARD.

Eh bien , c'est comme ça qu'ils achètent des

maisons !

MADAME DtJRET.

Et que leurs femmes ont des manteaux rouges et des chapeaux roses.

MADAME JOLY

Eh bien, Victorine... vous n'mangez pas de bouilli... vous n'avez pas faim... vous avez été manger avec la petite voisine.. •«. vous savez bien que je vous l'avais défendu... je ne veux plus que vous y retourniez. ( Victorine sart'glote, )

MADAME LOCARD.

Ah! madame Joly... elle ne le fera plus.

M. JOLY

Victorine... allons, ma biche... sois raisonnable.

MADAME JOLY

Je te prie de te taire, monsieur Joly... si c'é-

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tait un fils 9 je ne dirais rien... mais^ comme mère, je peux et je dois parler.

MADAME DURET

Allons , madame Joly .

M. PRUDHOMME {à SU voisiue y

Madame, vous servirai-jeà boire... eh bien,

monsieur l'Anglais comment trouvez- vous

notre cuisine?

wiLSow (embarrassé).

Bonjour.

MADAME JOLY

Oh! il n'en dira pas plus; il ne parle pas.

M. PRUDHOMME

Oui... il n'est pas très-fort.

M. JOLY

M. Nargeot, voici du pain.

MADAME LOCARD.

Je vous en demanderai par la même voiture.

BOURGEOIS. i4i

M. JOLY

Volontiers.

M. PRUDHOMME

Ah! les bons épinards...

MADAME JOLY

Il faut y retourner , monsieur Prudhomme.

M. PRUDHOMME

Merci, belle dame... je vous rends grâces...

j'ai déjà bien mangé.

MADAME JOLY

Monsieur Nargeot vous ne buvez pas.

WARGEOT.

Faites excuse , madame.

MADAME JOLY

Allons, monsieur Duret... retournez donc aux épinards... vous les aimez...

M. DURET

Merci... madame.

MADAME JOLY

Je VOUS en prie vous ne voulez pas me

désobliger.

M. DURET

C'est pour ne pas vous désobéir.

MADAME JOLY

Eh bien , monsieur Locaird !

M. LOCARD.

Non, merci, madame, j'y suis revenu.

Victorine aide ta mère, nous allons enlever tout ça pour faire place au dessert. Excusez, messieurs et mesdames, nous allons, s'il vous plaît, enlever la nappe de dessus. {Les conversations sont fort animées entre tous les membres de la société. fFilson seul reste muet.)

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