TOUT L AUDITOIRE
Bravo ! bravo !
MADAME JfOLY.
AUons, Victorine, chante-nous un morceau?
VICTORINE
Mais, maman... je n'ose pas.
MADAME JOLT.
Allons donc... mademoiselle, ne faites pas la sotte; allons, levez-vous... tenez-vous droite. Allez; son père, soufflez-la.... Vous savez :
Je n'aimais plus, ..
M. JOLY ( soufflant).
Tu n* aimais plus...
VICTORINE {chante^ .^
Je n'aimais plus...
BOURGEOIS. i53
M. JOLY
Tu étais triste et rêveur.
VICTORIWE.
Je n'aimais plus...
J'étais triste et rêveur.
M. JOLY
Ke touchant plus à ton luth sonore...
VICTORIITE.
. Je n'aimais plus ^j'étais triste et rêveur, Ne touchant plus à mon luth sonore.
Avec pitié l'amour vit ma douleur.
M. JOLY
Tu n'aimes plus, tu veux chanter encore.
VICTORINE
Je n'aime plus , je veux chanter encore.
MADAME JOLY
'• Asseyez- VOUS, mademoiselle, on a assez de vos chansons. {Fictorine pleure.)
i54 LE DINER
MADAME JOLY
Je vais envoyer les pleurnicheuses tout-àl'heure à la porte.,.
MADAME LOCARD (à M Prudhommé).
Allons, monsieur, à votre tour.
M. PRUDHOMME
Volontiers, -madame, mais je ne sais guère que des couplets de comédie.
MADAME LOCARD.
Eh bien ! va pour des couplets de comédie.
M. PRUDHOMME
Le couplet que je vais vous chanter est tiré de la pièce des Deux Pères ou la Leçon de Botanique^ fort joli ouvrage qui a eu certainement beaucoup de succès, et qui .le méritait dans son temps.
M. Forlis est le père de la jeune personne. C'est Vertpré qui a créé le rôle et qui e$t mort fou. Btin acteur, très-bon acteur, Vertpré. L'autre père , celui du jeune homme,
BOURGEOIS. i55
c'était Hippoljrte,,.. Hippolyte.... c'était son nom de théâtre, n'importe son autre nom; mais il avait plusieurs corde» à son arc, il peignait très-bien la miniature, et j'ai été dans la garde-nationale avec lui...Prosper, le fi]sde Vertpré, qui était Henry qui est retiré avec pension maintenant, qui faisait alors avec Julien les délices de la rue de Chartres , madame Belmont qui a épousé Henry, qui a été de là àFeydeauen quittant le Vaudeville où elle était adorée, et Rustique, le jardinier, qui était Carpentier qui s'est tué , ensuite Fichet qui est retiré, qui ressemblait tellement à la marchande de gâteaux de Nanterre , qu'on la disait sa sœur. Le fait est que dans ime pièce qu'on représentait alors, le Boguêj renversé^ il représentait la marchande de gâteaux de Nanterre, son triomphe , il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau. Voici donc l'analyse de la pièce :
M. Forlis ne veut pas que sa tille fréquente Prosper qui est donc le jeune homme, Henry ^ dont le père, Hippolyte^ est en Amérique; il l'a retenue le matin îsous la clé ; Prosper est venu au rendez-vous, ne l'a pafif trouvée, lui
i56 LE DINER
fait des reproches , et elle lui répond : ( // chante, )
Sous la clé j'étais retenue ; Mon père m'ouvre , et promptement Vers vous, Prosper, je suis venue Sans m'arrêter aucun moment; Cbis,J Sans m'arrêter aucun moment \ Courant toujours sans perdre haleine , Bien ne pouvait me retenir y
[Asfec intention marquée.) Et même auprès de la fontaine.
J'ai passé sans m'y regarder, fbis.J
En chœur, s'il vous plaît, mesdames et mes»*
sieurs.
[Avec intention marquée.) £t même auprès de la fontaine J'ai passé sans m'y regarder , (^èw.J J'ai passé sans m'y regarder. C^i^-J
MADAME JOLY
Bravo, bravo! ah! monsieur Prudhomme, vous êtes toujours aimable... comment faitesvous pour toujours chanter si bien ?
BOURGEOIS. iSy
M, PRUDHOMME
Ah! madame... j'ai un peu de goût, et j'ai beaucoup vu chanter.
MADAME JOLY
Ah! c'est très-bien.
MADAME DURET
Est-ce que M. Joly ne chaiitera pas?
MADAME JOLY. i
Ah ben oui ! monsieur Joly ! il va faire passer la société au salon. Allons, messieurs , la main aux dames. ( La société quitte la salle à manger et passe dans le salon, )
Charles assis devant une table, lisant*
c< Mon cher Charles, venez ce soir de bonne » heure; je compte sur vous. M. Duflos désire » beaucoup faire votre connaissance, Anatole » aussi. J'espère que notre petite soirée sera » agréable. Vous y verrez quelques jolies fem- » mes. Je n'ai pas invité Leriche; c'est un excel-
i62 LA PETITE FILLE.
» lent garçon que j'aime de tout mon cœur; » mais je suis logée si petitement, et il est si » commun quand il y a des dames! Adieu , » à ce soir.