CAROLINE
» P. . Vos fleurs étaient charmantes, »
Quelle jolie petite écriture! que de grâce!
que d'esprit ! comme le noir lui sied bien ! quel bonheur de posséder un pareil trésor... ( Regardant une autre lettre. ) Ah ! voici Fanny, bien... c'est un autre genre... dieux! quel papier? quelle orthographe! les trois pains à cacheter de rigueur toujours la même
voyons, que veut-elle encore?
« Mon pe it chérit j (açec un jT) il y a bien » long-temps que je ne t*ai pas vu, et cepen- » dant je le voudrais bien, vu que j'ai fini tes » bretelles que j'ai brodées, et qu'on me les a » rendues de chez le culottier. J'ai craint que
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LA PETITE FILLE, i63
» tu ne sois fâché contre moi encore de ce que » je t'ai rencontré l'autre jour dans la rue avec » mon carton; je m'en suis bien repentie, car » j'ai passé tout le reste de la journée et toute » la nuit à pleurer de cela. Ne sois donc plus » méchant à mon égard. Je t'irai voir demain » matin sans faute, entre *Jix et onze; tu y se- » ras, n'est-ce pas, je t'en prie, mon chéri, » cette-fois*ci. Si tu n'y es pas, laisse ta clé, je » verrai ton linge. Adieu, aime-moi comme je » t'aime; ne sois plus méchant, pas trop infi* » dèle, car vraiment tu es aimé de ta
«FANNY
» P. S. Je t'apporterai quelque chose que tu » ne t'y attends pas, qui te fera plaisir. J'em- » brasse tout ce que j'aime. »
Elle est charmante avec ses recommandations... je t'en donne, va.... tu pourras bien
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venir quand tu voudras... d'abord j'ai à sortir ce matin; je n'ai rien pour ce soir, pas de chaussettes de bal , pas de cravates blanches. {Relisant la dernière lettre.) « Je t'irai voir demain entre dix et onze, sans faute. »( // tire sa montre, ) Dix heures passées... elle ne viendra pas... Il faut que j'échive à madame Saint-Hippolyte pour la remercier de son aimable invitation Où sont mes plumes, mon papier
Leriche ne se doute pas que nous sommes en correspondance... mais, à propos, s'il ne vient pas, comment me présenterai-je tout seul...
ce diable de Leriche, elle a raison, c'est un bon garçon, mais il affecte trop le mauvais ton c'est bête à la fin {Il tire sa
montre.) Dix heures vingt elle est bien
gentille elle ne viendra pas; oh! non
ah! voilà, voilà..... (// retroui^e ses plumes et son papier.) Ma belle dame.... c'est un peu libre... madame... c'est un peu froid... madame Saint-Hippolyte... elle sait bien son nom... c'est pas facile... C'était joli cette grosse chaîne en or qu'elle avait au cou... ( Il tire sa montre. ) Dixheures et demie... bien aimable... Madame... Je crois que c'est encore là ce qu'il y a de
LA PETITE FILLE. i<5^
mieux. ..Madame.. .j'ai reçu... je reçois à Tinstant... je viens de recevoir... c'est pas facile du tout... Madame... Elle a tant d'esprit, tant de
franchise elle dit que je mets ma cravate
comme un porteur d'eau... Fanny trouve que je la mets si bien... elle est stupide cette petite fille-là.... Oh! elle ne viendra pas, c'est sûr.... ( // tire sa montre. ) Dix heures trente-cinq...
Madame je reçois à l'instant , par la voie de
la poste... elle n'est pas timbrée... par... mon Dieu.... je n'en viendrai jamais à bout.... oui, elle a de l'esprit, quoi qu'en dise Leriche; elle en a beaucoup... [On frappe^ Qui est là?.. {Une petite voix,) c'est moi.. — Qui, vous?.. {La petite voix. ) moi.