UN INDIVIDU
M. Corot.
MADAME DESJARDINS
C'est pas ici.
l'individu.
Où est-^îe?
i8 LE ROMAN
MADAME DESJARBmS.
J'vous dis qu'c'est pas ici... est-ce qu'oi> entre comme ça Tscir dans les maisons?
l'individu.
Bête que vous êtes : je n'entre pas puisque j'm'en vas. •
MADAME DESJARÙINS.
Bête vous-même , grand fédéré.
l'individu.
Bossue... bossue, t'es forcée d'être bossue.
MADAME DESJARDINS , ( IcS pOÎTlgS SUT IcS hUTl'
ches).
Vas-t'en donc... eh!... voleur {Vindwidu
se sauve).
MADAME POCHET
Vous avez dit l'mot, madame Desjardins, il s'a ensauvé dès qu'il s'a vu reconnu. {La porte cochère est fermée. Madame Desjardins rentre et ferme la loge.)
LA LYONNAISE
Eh bien ! sommes-nous toutes ces dames ?
MADAME CHALAMSLLE.
Nous avons encore mademoiselle Verdet.
MADEMOISELLE VERDET , {frappant aucurreau).
Bonsoir, mesdames.
MADEMOISELLE CHALAMELLE.
Tiens comme dit c't'autresans comparaison :
Quand on parle du loup... nous parlions de vous.
MADEMOISELLE VERDET
Dites donc... madame Desjardins, c'est pas pour vous flatter, mais la maison, c'est une infection... Qu*il y a des horreurs partout dans les escaliers.
MADAME POCHET
C'est le gros caniche du tailleur du cintième au fond du collidor, J'iai joliment r'ievé ce brigand de tailleur, qui se jetterait plutôt par la croisée que de saluer quelqu'un en passant , le scélérat. Je l'déteste ce vilain homme-là ; on n'a jamais vu des sortes de gens pareils. J'suis donc montée chez eux ; rien d'fait à deux heures ! lui était là, qu'avait l'air de travailler avec sa mine insolente ; madame était les bras croisés ,
et la demoiselle la même chose. J'ieur z'y ai dit que j'étais lasse d'être la domestique à leur chien. Ils m'ont répondu : nous en sommes bien fâchés, madame, voyez-vous d'un air... moi aussi, que j'ai répondu sèchement. Ça les a terrassés; ils n'ont plus rien dit, et je me suis enallé. Mais tenez, voyez-vous, j'sais ce que c'est à prés^it : le mari est un mouchard , la mère rien du tout, et la fille est enceinte. C'est la blanchisseuse qui me l'a dit. Enfin , est-ce qu'ils n'ont pas mangé un melon l'autre jour qu'on n'pouvait pas en approcher , pas un brodé... un cantalou... deux fois ma tête. J'suis loin de m'opposer à ce qu'ils en mangent des melons ; qulls en crèvent s'ils veulent, j 'm'en moque pas mal encore; mais qu'ils viennent exprès étaler leurs épluchures sur le carré en face mon paillasson, j'dis qu'c'est une petitesse.
MADEMOISELLE REINE
Vous dites donc. Mesdames, que le nouveau Vicaire....
MADAME CHALAMELLE.
Nous l'avons vu; ah! c'est pas là M. Poirot,
CHEZ LA PORTIERE. ai
oh non ! D'abord la Lyonnaise peut vous Tdire, il parle fort mal latin.
LA LYONNAISE
Oh! oui.
C'est cependant la langue de la religion française; c'est même la langue naturelle à l'homme en général , car qui dit l'homme dit la femme. Tenez , sans aller plus loin , prenez deux enfans tout petits , mettez-les dans une chambre , ils parleront latin ; on a vu ça.
p LA LYONNAISE.
Oh ! oui.
MADAME DESJARDINS
Mais moi qui n'suis qu'une femme, j'veux apprendre à parler Cosaque , du Écossais ; eh ben , j'ai qu'à m'y mettre , car enfin, pour apprendre, enfin supposons que je le veux, eh ben , je le fais, c'est un fait.
LA LYONNAISE
Oh ! oui. — Mais ce que j 'plains de ce tempsci c'est les petits oiseaux.
a 2 LE ROMAN
MADAME DESJAUDINS.
Moi, ceque jVousdis pour le Écossais, j'vous Fdis pour tout en général. >
LA lyonnaise:
Oh ! oui. — Mais je donne aux petits oiseaux de ma croisée, mais j'peux pas donner à tout Paris, et j'ies plains.
Ah çà! si nous nous entendons pas mieux...
Vous m'parlezde yos oiseaux; laissez-moi tranquille, la Lyonnaise.
MADEMOISELLE REINE
Allons voyons donc. Mesdames, n*allez-vous pas encore vous chamailler ?Qu'est-ce que vous avez donçy madame Pochet, vous ne nous dites rien?
MADAME POCHET-
Je souffre Fmartyre de Festomac rien ne
me passe depuis quelque temps.
MADAME DESJARDINS
Cest comme madame Bardy ... Faudrait prendre du thé, peut-être.
. CHEZ LA PORTIÈRE. aï
LA LYONNAISE
Oh! oui, une belle chose que votre thé; laissez-nous donc, c'est une fameuse saloperie.
MADAME DESJARDINS
Qu'est-ce qui vous a fait?
LA LYONNAISE
Pas à moi, Dieu merci, mais à un de mes maris, qu'il a failli m'enlever. Qui donc celuilà déjà? est-ce Prevoteau? non, c'était un blond... Brodais.... j'crois c'était Brodais.... non, non... Pilorel... enfin, n'importe. Il m'arriveun soirqui tombait de faiblesse. — Eh ben quoi, que je dis, qu'est-ce que c'est? J'crois bien que c'était Prevoteau à présent, n'importe.... Enfin finalement j'vas voir le médecin, il n'avait pas cabriolet alors; il était fort honnête, il m'dit : Votre mari est ivre mort. — Ivre mort! — Oui; donnez-lui du thé. •— Qu'appelez du thé : — Plante potagère? — Bon! Où que çà s'achète? — Partout. — J'preiids mon tabellier ;yv£is donc chez
l'apothicaire, qui me renvoie chez l'épicier
L'épicier, je le vois encore; il est mort j'crois depuis, c't'épicier-là, c'était un Lhurel; i m'dit: Pour combien? — Pour deux liards. — On n'en
fait pas. — Pour combien donc qu'on en fait, pour 3,000 francs? — Pas moins de vuit sous.
— Je tends moû tabellier. — Non, donnez votre main. Il me met trois petits grains noirs dans le creux de la main , et voilà pour mes vuit sous. — J'ne reviendrai pas tous les deux jorn-s que je mVappelle quejTuidis, et j 'm'en en fus. Arrivée chez nous, je cherche comme une
épingle mon homme Brodais ou Pilorel; je
n'sais plus. J'vous parle pas d'hier! et je le trouve derrière le poêle, dans la cheminée.
rdis bon; et je mets sur le feu mon thé,
en le faisant, comm^ dit Fépicier, fuser dans de l'eau. Je bats, je bats... je goûte, c'était fadasse, sans montant, san$ rien; je dis, cet homme qui trouve le lait à son déjeûner trop doux, qu'il y met de l'eau-de-vîe, ne prendra jamais ça; j'y mets un peu de vin, un peu de
café du cornichon delà moutarde
du veau de la compote un peu de pain
d'épice; des petits radis roses du sel
et du poivre; je bats, je bats... de l'échalotte;
je bats et je lui fais prendre; ça fait purée
je bats toujours; enfin il tt'eutpas plus tôt tout pris que le voilà qui... enfin... de tous les côtés...
Il fiit malade troismois; vous sentez^ cet homme^ ça lui avait chargé restomac... Belle chose que votre thé!
MADAME DESJARDINS
Il y a des personnes qu'ça leur z'y réussij.
—Ah! v'ià madame Dutillois! J'm'en vas continuer la lecture d'hier, comme ayant l'haleine la plus forte. Nous en étions que Rosemonde était restée abandonnée avec sa pet^fe... après avoir eu des reproches à se faire. Attendez.... « ... Le départ précipité.,. » C'est pas ça, nous ^ \zsoxi%\\x.<i<...Ilétait monté sur son palefroi...^ Nous avons lu ça, que la Lyonnaise a dit que c'était un tabouret, ii... Cet erifant allait chaque » matin cueillir des fleurs pour orner le front
» de son père » Nous avons lu ça — Eh
ben! qu'est-ce que tu fais donc, Dodoffe! tu touches encore à la chancelle; toujours tes mains dans le suif! C'est joliment toi qui irais cueilUr des fleurs pour orner le front à ton papa... — Ah! voilà, voilà! « ... Malheureuse » mère y dit-elle ^ tu es V assassin de ta propre
» enfantypour les sentimens que tu lui as •»
V'ià un mot que je ne peux pas lire. « I, n , in; c, u, J.... »
a6 LE ROMAN
• LA LYONNAISE
Ca s'entend.
MADAME DESJARDINS
Ça n'a pas le sens commun votre interprétation la Lyonnaise. Que tu lui as...
LA LYONNAISE
Finissez.
MADAME DESJARDINSy épelaut.
Q, u, é, S, qués.
LA LYONNAISE
Inculquès\ C'est im Espagnol. Nous n'avions pas encore vu celui-là.
MADAME DESJARDINS
N'y a pas plus d'Espagnol là-dedans que dessus la main ; c'est seulement un mot d'auteur.
MADAME GHALAMELLE.
Ah ! vous rappelez- vous c't'auteur qui restait ici ? Moi , je l'aimais bien ; avec ça que c'était monsieur Singulier! Qu'est-ce qu'il est devenu ? (On frappe à la porte.)
UNE VOIX ENROUIÊE.
«Mademoiselle Pauline !
MADAME DESJARDINS
Pauline... qui?