‹ Scènes populaires dessinées à la plumeChapitre 46 sur 46 · DE LA RÉVOLUTION, DE L'EMPIRE ET DE LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

DE LA RÉVOLUTION, DE L'EMPIRE ET DE LA RESTAURATION

(La scène se passe aux Tuileries, en août i83oy entre un vieux sergent et Pacot, jeune soldat )

Lï SERGENT.

Comment que tu trouves la maison que nous y montons la gardé? tu ne t'as jamais trouvé dans des endroits pareils ?

PACOT

Non, sergent.

LE SERGENT

Eh bien, c'est xm endroit qui est pour Je présent.... présentement vacant, que ceux qui y habitaient on les a corrigés.

Pi^COT*

Oui , sergent.

LE SERGENT

Que c'étaient des citoyens qu'on n'en était ^as suffisamment satisfait.

PA.C0T

Oui, sergent.

LE SBRGENT.

Car, moi, qui te parle, j'ai vu des choses qui te feraient dresser les cheveux de la tête.

PAÇOT.

Oui, sergents

LE SERGENT

Je ne suis pas fait d'hier, afin que tu ayes à le savoir. On ne sait pas ce qui peut arriver, tu peut avoir un jour à répondre là-dessus, je veux te le dire.... et voilà.... Je n'ai pas toujours été ce que je suis.... J'étais simple enfant, et pas comme au jour d'aujourd'hui chevronné, décoré.... et tout ce qui s'en a suivi.... Ehbien!....**pour lors.... il y avait donc ici un gouvernement.... qu'on criait pour le changer, pour qu'il ne voulait pas absolument marcher au pas... On le fit descendre par les escaliers, et plus vite que ça.... et un matin, là-bas, au bout du jardin, il lui est arrivé Taccident de devenir un gouvernement.... martyr qu'on l'appellej... Tu m'entends.... c'était uûe bêtise on en est revenu on a un autre

genre aujourd'hui pour que cela s'est perfectionné.... et d'un.

PACOT

Oui, sergent.

LE SERGENT

Eh bien donc, pour lors....

PVCOT.

Oui, sergent.

LE SERGENT

Laisse -moi donc articuler, et rie me coupe pas.... qu'il n'y a rien qui soye plus désagréable en société.... Eh bien donc, pour lors, il y eut du train long-temps. Il y en a beaucoup qui se sont en allés, quitte à revenir q^iand Cela ne serait plus si chaud; ce qu'ils ont fait.... Il y eut donc des choses... des abominations... enfin de tout.... le tremblement, quoi!... Et alors, le gouvernement, c'était comme qui dirait toi et moi.... Nous autres, les ti-oupes, nous nous couvrions de gloire et de réputatioiï : noofs usions nos souliers d'ime manière toût autre... si bien que tous ceux qu*étaietït restés ils se battaient, ils se tapaient, fallait voir.... Si ce n'eût été que ça , mais ils s'en voyaient mourir.... enfin les cent coups, quoi.... Atissi vôilà que c'était par trop fort de café, comme dit c't autre : il s'en montait, il s'en tombait tous les jours : à toi, à moi la paille de fer. Gan' pouvait pas durer. Voilà , ma foi , qu'on nomme trois gouvernemens, que, parmi eux, le plus petit

était un malin, qui se laisse faire, qui n' dit rien , et qui fait des deux autres ses domestiques.... lui pas bête.... et voilà de deux.

Ce farceur là donc que je te dis qu'était bon là , et qu'entendait la manœuvre.... un farceur fini enfin.... Le voilà qui dit : a Je veux ceci, je veux cela.... » On laisse faire et on le regarde.... Voilà qui dit, dit-il : « Je veux faire voir du pays aux troupes. » On le laisse faire... Nous trimons... nous trimons dans la Pologne, Russie et autres endroits où l'on fait des bon» reurs... qu'étaient justes, parce que le soldat ne connaît que son drapeau.... On avait la petite, la grande tenue, de l'argent.... des femmes... enfin c'était le bon temps... Les paysans qui disaient la moindre des cboses, enfoncé.... Toi, toi-même t'aurais dans ce temps-là embêté les bourgeois qui ont l'air présentement de nous faire la queue.... C'était trop beau, ça ne pouvait pas durer.... V'ià les autres, qui n'étaient pas flattés, qui disent : oc Oui , mais ça ne peut pas durer ! » Les v'ià qui se mettent dix , vingt , trente, soixante , deux cents contre un; en v'ià de chez nous qui tirent le cordon, ouvrent la porte en manière de suisse, et v^là

qu'on met mon gouvernement dedans. El de trois....

PACOT

Oui, sergent.

LE SERGENT

Moi, pendant ce temps-là , j'étais tranquillement au dépôt que j'étais blessé, que je puis te faire voir où; que je reviens ici ousce que nous sommes de garde et que je vois le nouveau gouvernement.... Marmite renversée!... le gouvernement la même chose.... C'était pour lors un gros vieux ^ pcmdré , avec une queue et des épaulettes sur un habit bourgeois, il airaiit des guêtres plus grosses que toi et de velours encore !... Il n' marchait pas si bien que l'autre celui-là!... il n' marchait pas du tout.... v'ià qu'on r pose là taut sus c'te croisée..*, v'ià que de sa croisée mon paroissien sus son fauteuil me passait en revue.... moi, j' dis : « Eh bien! à la bonne heure, en v'ià une sévère! » Qu'un petit jeune homme rose qu'était mon •lieutenant me dit : « Vous me ferez l'amitié d'aller huit jours à la salle de police pour voir ïsi j'y suis. » Et voilà le gouvernement.

PACOT

"Oui , sergent.

LE SERGENT

J'attends pas long-temps.... L'autre gouvernement r'arrive avec son petit chapeau et sa redingotte grise , et voilà le gros vieux qui va se faire poudrer dans une autre garnison..-.

Oui, mais v'ià les autres qui r'viennent, les mêmes de chez nous r'ouvrent la porte. On fait mieux qu' ça encore , et voilà le gros poudré qui r' vient.... Ah ! c'est pour le coup que v'ià qu'il en fait aussi celui-là des bêtises.*., v'ià les farces quir'commencent.... v'ià l'infanterie en blanc... v'ià les prêtres qui viennent manger la moitié de ma croix, tant qu'il n'y avait plus rien du tout... v'ià qu'on enlève encore le goût du pain au pauvre monde....

ça allait bien.... v'ià aussi les régimens d'offi*ciers qui viennent nous relever... nous on nous met à la porte du dehors.... la garde nationale on l'envoie là-bas pour garder les commodités. On ne dit rien, on se laisse faire.... v'ià le vieux poudré qui s'en va rejoindre mon grand-père!

Et de quatre.

PACOT

Oui y sergent.

LE SERGENT

Vlà donc son remplaçant qui vient prendre sa chaise. C'est pas encore un fort celui-là! U a un enfant qu'est pas beau ^ qui fait des grimaces pendant la parade et qui n'est pas solide sus l'école du peloton. C'est égal. On ne dit rien encore et la ligne non plus.... ça n' va pas mieux.... ça n' va pas plus pire.... Mais Vlà qu'ils envoient un de ces matins la garde faire l'exercice à feu dans Paris.... la chose de rire!.. Le bourgeois, lui, ça l'embête, ça te le trouble.... il se fâche.... Vlà la garde qu'embêtait la ligne qui s' met à embêter le bourgeois, le bourgeois embête la garde et y envoie des pavés sur les reins et ça vous lui brise les pompons. Finalement la garde est extréminée et la ligne a l'estime de la nation et le gouvernement est enfoncé.... Voilà de cinq.

PACOT

Oui , sergent.

LE SERGEUT.

Pour lors nous obtenons tin sixième gou^ vernement, qui a l'air de se promener à pied en boqrgeois avec son parapluie; que son fils a été à l'école nationale et qu'il a l'approbation du militaire et du civil ; qu'ils ont donné des poignées de main fraternelles à la patrie et qu'on a supprimé les quatre pointes de saint Louis, et qu'il n'y a plus que les cinq de c'te croix là, qu'on en touchera le revenu régulier t pour lors, tout est rentré dans l'ordre et que nous pouvons voir le gouvernement et son épouse comme je te vois..*

PACOT

Oui, sergent, c'est fameux!

LE SERGENT

Oui! si on veut... nous attendons.».

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