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LES MÊMES, LA PORTIÈRE

la portière. — Quoi que c'est qu'y n'y a donc ici , que j'viens d'voir l'commis aux gendarmes qu'est tout plein en colère, qui dit qu'il veut éventrer tons les petits garçons qui sont, pas sages? C'est pas ici, j'espère 2

la bonne. — Oh ! non , manie Desjardins, je n'crois pas.

la portière. — C'est qu'ça ne serait pas bien flatteur d'être comme ça éventré un premier de l'an.

la bonne. — J'crois bien , et avant d'avoir reçu ses élrennes, encore!

la portière. — A propos, je vous la souhaite bonne et hureuse, mon enfant.

la bonne. — Et vous pareillement, manie Desjardins; excusez...

la portière , tendant ses deux joues. — Comment donc, j'crois bien !

la bonne. — Et une parfaite santé, ainsi qu'à M. Desjardins.

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la PORTIÈRE. — Tant qu'à lui y a pas do danger, allez; y s'portera toujours assez bien;... ce que j'vous souhaite à

vous, c'est un bon mari.

I.A BONNE. — Tenez, manie Desjardins, je suis encore à- me demander si je me marierai jamais.

la portilre. — Faut jurer de rien; moi, j'm'ai marié au moment que j'y pensais le moins,

r. \ BONNE. — Tout ça c'est de la chance.

LA portière. — Ali ! mon Dieu, oui, faut pas dire Fontaine...

l 'i m axt. — Vous souhaite une bonne année, marne Desjardins.

la PORTIÈRE. — Tiens, liens, tiens, y a donc un petit garçon, par ici?

L'ENFANT. — Et une parfaite santé.

LA portière. — El toi pareillement, mon bijou; il est beau comme le jour.

LA ronne. — Quand nous voulons.

la portière. — Est-ce que nous ne voulons pas toujours?

LA BONNE. — Y a trois heures que je suis là à attendre monsieur pour se débarbouiller.

LA portière. — J'ai bien de la peine à le croire.

la bonne. — Voyons, mon minon chéri, montre à madame cotnben que t'es sage, montre-z'y.

la portière. — Je suis sûre qu'il va se laisser faire bien gentiment

ï " BONNE. — Parce que vous êtes là , sans ça...

LA portilre. — V'Ià qu'es! fait , ça m'aurait bien étonnée aussi, qu'un joli petit garçon comme lui ne soye pas raisonnable, mais aussi \'là ce qu'on y gagne à être bien sage; tiens, mon bibi.

i.v ronne. — Qu'est-ce qu'on dit, monsieur?

l'enfant. — Merci, madame.

la donne. — C'est pas malheureux.

L'ENFANT. — Tiens, regarde donc , Célesline , vois donc la

musique de mon joujou.

LA. BONNE. — C'est plus joli que vous ne méritez, mauvais

sujet.

l'enfant. — Pisque je m'ai laissé débarbouiller. LA BONNE. — C'est pas sans peine.

la portière. — A propos , c'est-t'y vous qu'est venu ce

matin à la maison , mon enfant ?

la BONNE. — Avec trois oranges ? oui , madame. la POBTifcRE. — Eh ben , v'Ià qu'est des folies. LA bonne. — Pourquoi donc ça, des folies? moi, je ne trouve

pas.

LA portière. — Si fait , si fait , je m'entends; c'est toujours

des folies, n'y a pas jusqu'à la cuisinière du deuxième ,

qu'est venue m'apporter une paire de bas man't fique ,

j'dis encore à ça que c'est des folies. LA BONNE. — Où donc qu'elle les a pris , ces bas-là ? LA pobtière. — Vous sentez bien que c'était pas à moi de

lui demander ça. la bonne. — C'est vrai , elle qu'est toujours à chanter partout que ses maîtres n'y donnent jamais un sou; comment

que ça se fait qu'elle en a toujours ? elle a donc des rentes? LA PORTIÈRE. — Je n'ai que faire d'y fourrer mon nez, vous

concevez. Ah ça ! mais, vos bourgeois n'en finissent pas de

se lever, j'm'en vas.

la bonne. — Vous êtes bien pressée.

la portière. — Si vous saviez les choses que j'ai à faire,

c'est à ne pas oser y penser.

la bonne. — C'est vous que va être hureuse aujourd'hui? la portière. — En de quoi hureuse, s'il vous plaît? LA BONNE. — Mais en d'étrennes donc. Est-ce que vous

n'allez pas en recevoir de tous les côtés? la portière. — Pas assez pour loin le mal qu'on s'donne tout

le long de l'année: allez, le monde d'à présent n'est déjà pas si tant généreux.

la bonne. —Je n'\ regarde pas de si près. Quand fous voudrez, nous sangerons.

LA PORTIÈRE. — J'ai été eomint' nous avant d'être comme je suis; si v a\aii facilité d'ésanger, j'ésangerais bien, ci toul de suite, encore... Je vas \oir en bas si j'y suis.

la bonne. — Eb bien! vous v'Ià donc décidément en allée?

la portière. — Faut-t'y pas que je soye toujours en bas.

la bonne. — Comme ça, voua n'voulez pas attendre une seconde qu'ils soient levés ?

la portière. — Ah bon! oui, j'ai bon d'autres chiens à fouetter; j 'tenais a \ons voir, v'Ià tout; j 'vous ai vue, ça m'suffil pour ma consommation.

la BONNE. — Ben obligée . en vous r'merciant, manie Desjardins.

LA PORTIÈRE. — 'Nous- leur /'\ dire/, que j'ai venu, sans nous commander.

la bonne. — Soyez sûre.

LA PORTIÈRE. — Adieu, bijou.

LA BONNE. — Eh bon! Léon! Il est tOUl à son joujou...

Est-ce qu'on n'dit rien à madame .' l'enfant. — Adieu, marne Desjardins.

LA portili'.l. — A r'voir, mon bijou... Vvous dérangez pas.

si ï.NK m.

LA BONNE, L'ENFANT

LA BONNE. — A-t-on jamais vu une horreur pareille! Rece- \nir comme ça a bouche que veux-tu, et pas être contente encore ! Quand j'vois d'< es choses-là , ça m' met dans des colères, mais des colères que je u'sais, en vérité, plusc'que j'fais!

i f.m \m. — Dis donc, Célestine?

LA BONNE. — Après?

l'enfant. — C'est-t'y madame Desjardins qu'est une horreur?

LA bonne. — Les horreurs c'est les petits garçons qui rapportent ce qu'on dit : les v'ià les horreurs.

l'enfant. — Je l'dirai à maman.

LA BONNE , le contrefaisant. — Je l'dirai à maman. Quand vous l'diriez à votre maman , qu'est-ce que ça m'fait à moi, ça m'est bien égal... Allez-vous nous laisser un peu tranquilles avec votre musique, qu'on ne s'entend pas.

l'enfant. — Faut bien que j'm'amusc avec mon joujou.

la bonne. — On a évu là une jolie idée, d'vons donner un bêlât d'joujou comme ça.

l'enfant. — Je l'dirai à madame Desjardins.

la bonne. — Dis-le au diable... tu m'embêtes à la fin, avec tous tes tu diras.

t'enfant. — Je l'dirai à maman.

la bonne. — Dis-le en même temps à ton papa ; j'ai autant peur de l'un comme de l'autre.

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