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SCÈNE I

LA BONNE, L'ENFANT

l.\ honni:. — Assez de risettes comme ça; voyons, mon minon . qne j'finisse de t'habiller; tu sais bien que tu m'as promis (jiip in serais bien gentil, c't'année ici.

] r.\i \.vr. — Est-ce que j'ai pas été gentil l'année passée?

la bonne. — 1 ani Y direvile. D'abord, fais attention à ça : ' qu'un s'ra toute l'année ce qu'on sera été le jour de l'an; prends-] garde : si t'es méchant aujourd'hui, tu seras méchanl tonte l'année, je t'en préviens.

i.'i.m wi. — Eh bien! moi s'ra pas méchant.

la bonne. —Que 1' ciel t'entende!... Attends, que j'te mouche une idée, t'y verras plus clair.

l'enfant. — Te souhaite une bonne année, ma bonne.

LA BONNE. — Et toi pareillement, mon minon ; je te souhaite aussi d'être bien sage et bien obéissant... Ne remue donc pas comme ça , que je n' peux pas venir à bout de t'arranger.

l'enfant. — Te souhaite aussi une parfaite santé.

LA bonne. — Je me porterai toujours bien , si l'es raisonnable, d'abord ; ça dépendra de toi , ma santé. Qu'est-ce que t'as fait de tes jarretières ?

l'enfant. — J 'sais pas.

la bonne. — Vilain enfant , pour ne jamais savoir c' qu'il fait d' ses affaires. Tu n' sais pas ; moi non plus, je n' sais pas. Vous verrez que nous ne finirons pas d' nous habiller. Voyons , passe toujours tes jambes dans ton pantalon , en

attendant; pas celle-ci, l'autre; à la bonne heure

C'est mon petit garçon quiva-t-être hureux aujord'hui. Combien qui va n'avoir de joujoux, et des beaux !

l'enfant. — J'aurai-t-y un grand cheval qui galope tout seul, comme Alfred?

LA bonne. — J ' crois bien ; trois fois plus beau que celui d'Alfred, si tu te laisses bien débarbouiller.

l'enfant. — Ah ben ! non.

la bonne. — Est-ce que nous allons déjà r'commencer nos méchancetés ordinaires ?

l'enfant. — Veux pas tu me débarbouilles le jour de l'an.

LA bonne. — C'est pour le coup qu' ça s'rail du propre de n' pas être débarbouillé un jour que tout 1' monde s'embrasse.

l'enfant. — Moi veux pas.

la bonne. — Alors, pisque c'est comme ça , nous n'aurons pas de grand cheval qui galope tout seul, ni bonbons, ni rien du tout.

L'ENFANT. — Moi dis que si.

la donne. — El moi je dis que non ; voilà la di (Toron ce.

i i M ANT. — M«'i \eiix pas.

LA bonne. — Heureusement que tout c' que tu diras et rien c'esl approchanl la même chose.

L'ENFANT. — Vilaine!

LA bonne. — Nous y voilà ; j' sa\ais bien que la paix ne durerait pas long-temps.

i. 'enfant. — Vilaine méchante!

LA bonne. — Et méchante, par-dessus le marché ! Eli bien! nous commençons gentiment l'année; ça promet.

l'enfant. — Pourquoi tues méchante?

LA bonne. — J' voudrais bien savoir qu'est-ce qu'est 1' plus méchant d' nous deux?

L'ENFANT. — C'est toi.

LA BONNE. — Ah ! c'est moi... Eh bien! puisque c'est ainsi, j' vas m'en aller à mon pays, c'est décidé.

l 'ENFANT. — Veux pas que tu t'en ailles.

LA BONNE. — Tout c1 que vous dire/, et rien, c'est comme si qu' vmis chantiez; quand j' s'rai partie, j' s'rai partie.

L'ENFANT. — Pourquoi tu es méchante?

LA bonne. — .1' sais bien ; on est toujours méchante avec

vous, quand on n' veut pas faire toutes vos volontés

C'est pourtant si beau, un p'tit garçon qu'est doux et poli avec tout le monde , qu'aime bien sa bonne, à la place d'un petit enfant qui l'appelle vilaine méchante. Ei ! que • 'est laid !

l'enfant. — Pourquoi tu veux toujours me débarbouiller?

la bonne. — Vous n' savez donc pas qu' si vous n' voulez. pas qu'on \<>n«, débarbouille, il vous poussera toutes sortes

de \ila a affaires sur la li^m-e? Vous ne Bavez donc pas ça?

l'enfant. — Tu le dis, mais j' sais bien qu' c'est pas \ rai.

la bonne. — Pourquoi que le mari à la portière a de ces machines-là au visage? parce qu'il ne se débarbouille ja-

mais... Au l'ait, ça m'est bien égal; si vous n' voulez pas, j' vous laisserai aller comme un vilain pelii enfant des rues.

L'ENFANT. — Moi veux pas.

la bonne. — C'est pourtant l'air que vous aurez, si vous n' voulez pas qu'on vous nettoie.

l'enfant. — Moi veux être débarbouillé à l'eau chaude.

la bonne. — Ta, ta, ta, ta: il n' fait pas assez froid pour ça ; et vous voulez être militaire ? un joli militaire , ma foi!... Ça s'rait si beau pourtant d'aller chercher ses étrennes dans le lit de son petit papa et de sa petite maman, qu'aiment tant leur petit garçon quand il est bien sage.

L'ENFANT. — Ah ! oui ; et pis nous irons voir dans la chemi née à maman si 1' bon Dieu a mis queq'chose dans mon pe tit panier.

LA bonne. — Nous verrons tout ca dans la chambre à sa maman, si nous sommes gentil.

i.'enfant. — A sa maman et à son papa.

LA BONNE. — Allons, y sommes-nous?

l'enfant. — Y fait trop froid.

la bonne. — Ne sois donc pas mauvais comme ça ; si tu savais combien qu' t'es laid... Tiens, vois-tu, lu n'as pas voulu que j'te débarbouille hier en t' couchant, t'as encore tout l' tour de la bouche tout plein d' confitures... Voyons, mon p'tit prince, ca va- t-être l'affaire de rien... Quand j' pense à tous les beaux joujoux qu'il a sous son oreiller, ton petit papa !

L'ENFANT. — A-t-il le grand cheval qui galope tout seul ?

la bonne. — Tout à côté de son lit, si lu veux qu'on te débarbouille.

L'ENFANT. — Et le fourniment, l'a-t-il aussi tout à côté de son lit, mon petit papa?

LA BONNE. — Sous son oreiller, le fourniment.

L'ENFANT. — Avec la giberne?

LA BONNE. — .1' crois bien ;ivec la giberne.

I I PR1 Mil tî DE L'AN .10.-»

l'enfant. — En quoiqu'elle est t-y, la giberne?

>\\t. — Je ne te dirai pas précisément en quoi qu'elle est, \n que je ne le sais pas; mais je crois qu'elle est en quoi qu'elles sont d'ordinaire : elle est bien belle, v'ià tout : c'est une belle giberne.

l'enfant. — C'est -t-\ une grande giberne?

la bonne. — J' crois bien qu'elle est grande !

l'enfant. — Est-elle grande, grande, grande?

LA BONNE. — Grande grande, grande : elle est énorme.

l'enfant. — Est-elle plus grande que- celle à Alfred?

LA bonne. — Trois fois plus grande. Si tu veux bien te laisser débarbouiller, elle sera pjus grande encore.

L'ENFANT. — Y a-t'j aussi une bergerie?

m BONNE. — J' crois bien, qu'il yen a... c'est même ce qu'il a de plus, des bergeries; et des p'tiis moutons! trois troupeaux de p'tiis moutons.

L'ENFANT. — Avec leurs bergers?

la BONNE. — Avec tous leurs bergers, et des p'tits agneaux blancs, blancs, blancs t et de toutes sortes; quand j'te dis qu'il y a de tout.

l'enfant. — Moi t'aime bien, Célestine.

la bonne. — Moi aussi , surtout si tu veux que j'te débarbouille.

l'eni vnt. — Pas encore.

la donne. — Plus tu larderas, moins tu verras tes beaux joujoux; prends-y garde.

L'ENFANT. — Ah ! mais non.

la bonne. — Mi 1 mais si.

l'e.M'ANT. — .Moi \eiix \ aller tout de suite.

LA BONNE. — Eb bien ! je ne le veux pas, puisque vous- le prenez sur ce ton-là.

L'EN! INT. - Moi ras appeler maman.

LA BONNE. — Eh bien! moi, Je \as appeler le commis des

gendarmes, si vous appelé/, vol' maman ; vous allez voir si je ne l'appelle pas, le commis des gendarmes.

l'enfant. — Non, non, ne l'appelle pas.

LA bonne, à la croisée. — Arrivez un peu, monsieur le commis; il y a là un petit garçon qui tourmente sa bonne.

L'ENFANT. — Non, non, non, t'en prie!...

la bonne. — Arrivez avec votre grand sabre, s'il vous plaît.

L'ENFANT. — Non, non, non, t'en prie; viens me débarbouiller...

la bonne. — Ab dame ! c'est que je (Trais comme je vous l'dis, d'abord...

l'enfant. — Non, t'en prie !

LA bonne. — Ab ! mais si ; quand j'vous dis que je l'ferais comme je vous l'dis.

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