LES MÊMES, M. PARENT
M. PARENT. — Tu n'es pas plus avancée que ça , clière amie?
madame PARENT. — Vous m'avez fait peur, monsieur Parent ; il n'y a rien au monde que je déteste autant de voir les gens vous tomber sur les épaules. Et ces vilains tambours ?
M. parent. — Ça en est resté là.
madame parent. — Comment ça ?
M. parent. — Ces gens-là , au fond , n'étaient pas si coupables.
madame parent. — Pas si coupables !
M. parent. — Et non, chère amie.
madame parent. — Des gens qui viennent jusque dans votre lit vous persécuter ne sont pas si coupables! One faut-il donc faire alors pour être coupable? vous égorger, vous arracher les chairs par lambeaux, vous traîner sur la claie? Non , mais vraiment , monsieur Parent , je ne vous comprends pas ; vous perdez l'esprit.
M. parent. — Bah ! un jour comme celui-ci, un premier de l'an, on se sent porté à l'indulgence.
madame parent. — Et vous leur avez donné leurs étrennes?
M. parent. — J'étais resté sans argent... Sans cela...
madame parent. — Vous les leur auriez données?
M. parent. — Ma foi
madame parent. — Eh bien ! monsieur, j'aurai du caractère
. puisque vous n'en avez pas : ils n'auront pas un sou.
M. parent. — Célestine, je voudrais bien commencer à m'habiller.
la bonne. — Toutes vos affaires sont sur une chaise, auprès de votre lit.
L'enfant. — Papa, fais donc aller la trompette que m'a donnée Vaux -Vaux.
M. pakent. — Oui , mon ami ; mais je n'ai pas le temps en ce moment; plus tard, nous verrons.
l'enfant. — Fais-la aller, petit père: fais-la aller, t'en prie, t'en prie, petit père.
M. TARENT. — - Impossible, mon petit homme ; jfi n'ai pas le
temps.
L'ENFANT. — .Maman, petit père ne \eiil pas faÎFfl aller nia
trompette,
m\d\me parent. — Il a le temps de rester quatre bénreaau corps-de-garde, monsieur ton père; mais il ne trouvera
pas celui de faire plaisir à son enfant.
M. PARENT. — Je l'en fais juge, chère amie; ne devraifr-je pas, à l'heure qu'il est, avoir rendu \ingl visites?
MADAME parent. — Je m'en lave les mains ; cela ne me regarde pas.
m. parent. — Je suis certain que la plupart de mes collègues ont terminé les leurs.
MADAME PARENT. — Il fallait vous lever de meilleure heure.
M. PARENT. — Je n'avais rien de ce dont j'avais besoin pour me lever.
MADAME PARENT. — Vous avez une bonne pour unis tout seul; arrangez-vous, cela ne me regarde pas.
l'enfant. — Maman , tu sais, petit père Ofl seul jamais se lever; tu lui dis toujours qu'il se lèvp : petit père ne le \eul jamais.
MADAME PARENT. — Moi, non plus; si fous n'êtes pas prêt, je nelesoia bm : je suis même loin de l'être.
l'enfant. — Moi, cY>i parce que j'ai été bien sa^e que j'ai eu ma trompette, et puis ma bonbonière, et puis ma petite mécanique avec nue musique dedans.
madame Parent. — Jl est (\c lait que si tous restez sur votre chaise, les bras « poteés, vous n'avancerez pas beaucoup vos visites.
M. parent. — J'ai eu rarement le bonheur de bien faire, et plus je vais, moins je réi
Mad wie PARENT. — Si )'a\ais pins (le temps, je vous plaindrais.
L'ENFANT. — Si tu t'étais levé de plus bonne- heure, petit
père, tu aurais déjà fait toutes les visites; n'est-ce pas, petite maman ?
madame parent. — C'est certain.
l'enfant. — Tu veux pas faire aller ma trompette , petit père..', fais-la aller ma trompette, petit père; fais-la aller, t'en prie.
M. parent, cassant tes vitres. — Va-t'en à tous les diables! toi et ta trompette. Si tu ne me laisses en repos, jeté fouette jusqu'au sang ! polisson !
madame parent, d'un ton solennel. — Vous ne porterez jamais la main sur mon enfant, monsieur; il est à moi, c'est mon fils, c'est mon sang.
l'enfant. — Maman , maman , maman ! ma trompette est cassée. Oh ! la, la, la, la, maman, maman !
madame PARENT. — Oui, je suis sa mère... je suis sa mère , monsieur, que vous rendez la plus malheureuse des femmes, oui, monsieur, de toutes les femmes.
M. parent. — Eh ! va te promener.
madame parent. — Adieu, monsieur. . . Viens, cher enfant.
L'ENFANT. — Ma trompette, maman, ma trompette.
MADAME parent. — Elle est brisée comme ta mère, ta trompette... Il ne lui reste que moi, monsieur, moi seule au monde... Je serai toujours sa mère, monsieur, oui, sa mère. (Elle emporte son enfant dans ses hias.)