MADAME SAURIN, MADAME BACHELIER
MADAME SAUBJK, — Je suis aujourd'hui comme si j'àtaîs fait vingt-cinq lieues à pied.
MADAME BACHELIER. — Ça, je Lé crois.
MADAME SAUBJN. — Depuis le malin sur mes jambes , à tonjours monter, descendre, aller, venir, toujours sur le dos des bennes, dans la crainte qu'elles ne fassent quelque gàur i berie, je vous jure que c'esl fatigant.
MADAME BACHELIER. — Il \ a une chose bien vraie, c'est que piétiner tonte une journée \oiis lasse plus qu'une grande course. Vous devez néanmoins avancer daBs votre d'émén aagement?
madame SAl p. in. — Je crois, nu contraire, que plus je wis
ei moins j'avance. Ajoutez à cela que le déménagemefll ne
il rien par lui-même, si ce n'était la dépense et l'ennui.
MADAME BACHELIER. — Ce que vous dites là est au su de tout le monde. Deux déménagements valent un incendie.
madame SAURIN. — Je ne sais si vous êtes comme moi , madame Bachelier , mais depuis que les meubles sont changés de place, ce logement me paraît hideux; et vous?
madame bachelier. — J'ai moi-même de la peine à m'y reconnaître.
madame SAURIN. — Le fait est que, lorsque nous y sommes entrés, nous n'avions nullement l'intention d'y rester, aussi je ne voulus jamais y faire un sou de dépense , et ce n'est pas d'hier que je vous parle.
madame bachelier. — Il y a long-temps?
madame saurin. — Vingt-six ans ; nous entrons dans la vingtseptième année.
Madame bachelier. — Ce n'est pas un jour.
MADAME saurin. — C'est prodigieux la quantité de choses qui se trouvent de tous les côtés !
madame bachelier. — On est toujours si riche , quand on déménage ! Êtes-vous mieux là où vous allez ?
MADAME saurin. — Nous sommes mieux, si vous voulez ; plus grandement , peut-être ; mais ce n'est pas encore ce qu'il nous faut, aussi n'y resterons-nous pas. J'ai arrêté cet appartement-là parce que j'étais lasse de chercher; sans cela, je vous assure...
madame bachelier. — Est-il commode, encore?
madame saurin. — Comme ça, pas d'armoires, les plafonds très -bas; il me faudra raccourcir tous mes rideaux.
madame bachelier. — Vous ferez un petit rempli, mais ça ne laissera pas que d'être assez désagréable ; à quel étage ?
MADAME SAURIN. — Au cinquième, un petit cinquième. Les pièces sont assez claires, mais l'escalier ne l'est pas; il est, en outre, comme une échelle et noir comme un nègre ; les
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papiers assez frais , tes portes, les fenêtres, tout ce qui est boiserie es! à l'huile.
MADAME bachelier. — Comme chez moi; j'aime bien cola : avec une éponge...
MADAME su rïn. — El la cuisine sous la même clef, ce que nous n'avons pas ni.
MADAME BACHELIER. — C'est un grand point. Quand je pense à la mienne! non-seulement elle est au-dessus de l!appartement . mais encore il faut de la lumière en plein jour. Tons avez un grenier?
MADAME SAURIN. — Nous avons une cave, des anglaises, mais pas de grêttier, ce dont je suis assez mécontente. On a, dans un ménage , quantité de choses qui ne vous sont pas nécessaires, dont mi ne se sert jamais, et que l'on est bien aise de mettre au grenier.
MARKS! bachelier. — C'est tout le monde.
madame SAURIN. — Quand j'ai arrêté l'appartement, le propriétaire m'a promis monts et merveilles, et une fois qu'il m'a eu dans ses griffes...
madame bachelier. — Il a l'ait comme les autres, je connais ça. Demeure-t-il dans la maison?
MADAME SAURIN. —Au quatrième.
MADAME bachelier. — Souvent c'est un grand inconvénient, plus souvent qu'un avantage. Quel espèce d'homme est-ce ?
MADAME SAURIN. — I a grand maigre , ligure insignifiante , poli , mais très-froid. J'ai fait mon possible pour ranimer un peu , il n'y a pas eu moyen, il ne s'est pas déridé un instant.
madami. t \cinr.iER. — Que fait-il?
MADAME SAI RM. — Je dois le savoir bientôt, sur les trois heures; ça m'a l'air, jusqu'à présent, d'une personne dans les alfa ii i
MADAME BACHELIER. — Il a donc un cabinet ?
madame SAERÏN. — Assez joli, beaucoup de tableaux.
madame BACHELIER. — Lst-il marié ?
madame salt.in. — J'ai vu mie dame chez lui , une petite daine, gravée de la petite-vérole, qui est restée tout le temps que j'ai été là : ce qui m'a môme beaucoup contrariée. . •
madame bachelier. — Ce n'est peut-être pas sa femme.
madame salt.in. — Comme ça peut l'être. Au surplus, je mmis le disais, je ne tarderai pas à le savoir.
m \dame bachelier. — Et M. Saurin, que dit-il de tout cela? Trouve-t-il l'appartement à son goût?
madame SAURIN. — Vous savez comme est mon mari : il ne dit jamais rien dans le moment , sauf à vous rabâcher ensuite cent mille fois la même chose , quand il n'y a plus à y revenir.
madame bachelier. — Voilà, pair exemple, ce que je n'aimerais pas.
MADAME saurin. — Aussi est-ce en partie de là que viennent toutes nos querelles.
madame bachelier. — Moi , le mien est tout le contraire du votre, c'est lui qui se mêle de tout, aussi tout ce qu'il fait je dois le trouver superbe. Au fond, vous n'êtes pas fâchée de quitter la maison, pas vrai ?
m \dame saurin. — Oui et non.
MADAME BACHELIER. — Cela doit toujours faire quelque chose, lorsque l'on est resté quelque temps dans un endroit, mais cependant...
madame SAURIN, — Je m'y suis mariée.
m \dame bachelier. — Ça fait beaucoup.
MADAME su [;in. — Eh bien ! j'aurais encore passé par-dessus les désagréments du logement , si M. Jolivet avait voulu être raisonnable.
MADAME BACHELIER. — Oui , demandez cela à un propriétaire !
LE M Ml \ VU Ml M'. .',;,:
madame saurin. — Nous a\i<iiis encore une chose qui nous arrêtait, mon Ris aîné qui commence à grandir» il lui (allai! nécessairement une chambre plus éloignée de celle
de la bonne Ce d'esl pas que Gustave (bais
enfin
madame bachelier. — C'est plus prudent.