scène IV
M. DUFOY, MADEMOISELLE GULMARD.
M. DUFOY. — Cette mère Aubry est bien la meilleure femme
du monde....
mademoiselle guimard. — Grossière comme du pain d'orge. M. dufoy. — Mais une fois partie, plus moyen de l'arrêter,
un cheval échappé.
mademoiselle guimard. — Ce que je n'ai jamais pu m'ex-
pliquer , c'est de vous voir écouter toutes ces sorties avec
un calme, une patience uniques. Vous êtes d'un sang-froid
imperturbable...
M. dufoy. — Le moyen de faire autrement? mademoiselle guimard. — Vous avez beau dire, vous aimez
tout ce monde -là.
M. DUFOY. — Après tout, c'est mon pays; c'est plus fort
que moi, ce qui n'empêche de leur rendre toute la justice
qui leur est due.
MADEMOISELLE GUIMARD. — VOUS ll'êtCS pas facile 11011 plus d'entendre dire à tout bout de champ : « Voyez-vous , là- » bas, ce gros papa qui inarebe un peu de côté, et qui s'en ■> va frisant les murailles, c'est M. Dufoy, le plus cossu, le » plus étoffé de l'endroit, c'est lui qui fait ici la pluie et le » beau temps; ses enfants, il les a tous supérieurement » établis à Paris, tous y font admirablement bien leurs » affaires, » Cela sonne si agréablement aux oreilles, il est si doux de s'entendre Irompeller ainsi!
M DUFOY. — J'ai une recette qui m'a toujours réussi, c'est
I i S GIROUETTES.
,1 elle que je dois la tranquillité dont j'ai juin jusqu'à -ut.
MADEMOISELLE GUIMARD. Eli tailes-\ous part à VOS con-
naissances, de votre recette ?
m. oi'foy. — Bien volontiers. C'esl d'avoir eu le bon espril
ilt' Die contenter de lotit.
mademoiselle guimabd. I.e beau mérite ! Quand jamais on n'a eu besoin de rien, quand on .1 toujours eu toul à bouche que veux tu !
m. dupot. —J'ai toujours rencontré plus malheureux que moi.
MADEMOISELLE GDIMARD. — Vous êtes ce que nous appelons
un grand nomme, un philosophe !
M. DUFOY. — Si vous voulez.
MADEMOISELLE GDIMARD. — Je ne suis plus étonnée , d'après
cela, du plaisir que vous sembliez goûter aux déclamations
impies de celte femme.
m. niFOY. — Parc»' que j'ai cru remarquer au milieu de tout
son bavardage des choses assez, sensées.
MADEMOISELLE GUIMARD. — Je vous conseille d't-n parler;
des absurdités du commencement à la fin , un athéisme révoltant, nn cynisme effroyable; mais où nous mènera cet oubli de tonte espèce de retenue et de convenance, où allons-nous, je vous le démande?
\|. Di niv. le n'en sais rien non plus.
MADEMOISELLE GDIMARD. ■ — \h! que l'abîme des révolutions est loin d'être comblé !
M. DUFOY. — Mon Dieu, mademoiselle, laissez, donc aller les choses d'elles-mêmes; vous vous laites un mal!... Tout ce que vous direz et rien, ça ne changera pas la face des affaires.
M ^DEMOISELLE Gl IMARD. — Et tout cela parce que ehacun . dans sa sphère, se croit un génie. Croyez-vous, par exemple, (pie si M. de (Jrandhois avait été aussi sé\ere avec M. son dis comme jadis M. le marquis de Grandbois, son père, que ce petit monsieur se fût brûlé la cervelle
,{<is SCÈNES POPULAIRES.
à-quatorze ans, parce que toute l'Europe n'avait pas les yeux sur lui? Il l'eût fait enfermer à la Bastille et bien il eût fait ; et monsieur son père ne serait pas à le pleurer aujourd'hui plus qu'il le mérite. Quant à moi , je ne l'ai pas plaint un instant , au contraire, et j'ai trouvé qu'il s'éiaii conduit comme un petit sol et un petit égoïste.
M. DUFOY. — Il est certain que ce jeune homme a fait là une grande folie.
mademoiselle GUIMARD. — Un polisson , ([ui de la vie ne mettait les pieds à l'église ; encore un philosophe !
M. ddfoy. — Bien obligé.
MADEMOISELLE GUIMARD. — Je plains sa pauvre mère, qui, certes, ne méritait pas cela. Quant au père, il en a pris bien vite son parti, il n'a pas été long-temps à s'en consoler. Le voilà donc député ! la belle chute ! Je ne sais s'il est honteux de se montrer ; mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'au moment où il a passé près de moi , il a tourné la tête d'un autre côté.
M. dufoy. — Il est pourtant fort honnête avec tout le monde, M. de Grandbois.
mademoiselle guimard. — Avec ceux surtout qui peuvent lui être utiles... Aurait-on jamais vu autrefois dans la famille des MM. de Grandbois se conduire comme on le fait aujourd'hui? Madame Grandbois, sa mère, se serait-elle jamais compromise au point d'aller à travers champs quêter pour son mari? Il leur sied bien , après des vilainies semblables , d'aller se carrer dans leur équipage. Je sais qu'à leur place je n'oserais nie montrer nulle part. Fi , l'horreur! c'est dégoûtant !
M. DUFOY. — Fst-ce bien vrai?
MADEMOISELLE GUIMARD. — Il n'y a pas à dire non ; je l'ai vue, vous dis-je, de mes propres yeux, et je l'ai suivie dans toutes ses promenades: aussi puis-je en parler savamment.
M. DUFOY. --.Je n'aurais jamais cru cela.
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madbmoisblli guimard. — Mais c'est elle, madame de Graodbois, qui .1 poussé M. de Grandbois à faire tout ce qu'il a fait Vous-même, que ces gens-là semblent comblet d'égards aujourd'hui , demain ne vous connnaîtronl plus; vous, monsieur Dufoy, « 1 1 1 i avez été le grand meneur dans ces beaux tripotages !
u. dufoy. — Je n'y ai pas de réunis, mademoiselle . je l'ai lait dans une bonne intention : ma conscience ne me reproche rien.
MADEMOISELLE GUIMARD. — Vousavt'/. voulu en faire une fois encore à votre tête, comme toujours; votre femme, je le s, n'a jamais approuvé votre façon d'agir à cet égard.
m. ni foy. — G'est-à-dire que je suis toujours à me demander pourquoi madame Dufoy, qui est excellente , a ionjours eu de l'éloignement pour ces personnes-là.
MADEMOISELLE GUIMARD. — Par la raison toute simple que nous autres femmes , soit dit en passaut , avons parfois le tact assez lin , que nous connaissons assez, notre monde, nies du rs messieurs.
M. DUFOY. — - Mais ne disiez-vous pas, il u'j a qu'un instant encore, que c'était madame Grandbois qui avait poussé son mari à faire ce qu'il a fait ?
MADEMOISELLE GUIMARD. — .levons répondrai il cela qu'il n'y a point de règle sans exceptions; toutes ne lui ressemblent pas, Dieu merci !
M. DUFOl . — Mais quel bruit ! on dirait une émeute.
MADEMOISELL1 GUIMABD. -Cela ne m'étonne pas; tout est
en convulsion . et vous né voulez pas me croire encore quand je \misdis que nous sommes à <\f\w doigts de notre
pelle.
m. dufoy. C'est tout bonnement le père Bontems et le maréchal qui soi tenl du cabaret.
400 m I NES POPULAIRES.