SCENE XVJ li
(Arrivée «lu bouilli et de madame Joly).
madame joly. — Excusez.. .'mesdames... c'est que j'ai une
femme de ménage qu'est si maladroite...
PRUDHOMME, après avoir mange sa soupe. — Ah ! voici
une excellente pièce d'estomac...
MADAME JOLY. — VOUS trOUVCZ ?
prudhomme. — Je ne mens jamais. (Il offre à boire à ses voisins.) Voici, dit-on , mesdames, qui ôte un écu de la poche du médecin.
duret. — Oui, mais qui le remet dans la poche du dentiste.
prudhomme. — Ah! je ne savais pas celui-là... il est fort joli... (On sert le bouilli.)
JOLY. — Ne nous pressons pas , d'abord ; la table n'est pas louée.
madame locard. — Voilà un bouilli parfait... Ah! le bon bœuf!...
madame duret. — C'est à manger à la cuiller.
madame prudhomme, à M. Joly. — Est-ce toujours \otre même boucher?
madame joly. — M. Vcsseron ?
madame prudhomme. — Oui , enfin , qui avait épousé une demoiselle Barbier.
madame joly. — Non. 11 y aura deux ans, tenez, madame Prudhomme, à la Saint-Nicolas, que je l'aurai quitté. C'était la lèle à M. Joly; nous avions du monde à la maison. Tenez , monsieur Nargeot , nous avions ce jour-là monsieur et madame votre mère... si bien que je vais à la boucherie ce jour-là, et je demande un morceau de gîte à la noix, ou de la tranche au petit os : pas du tout, pendant que je causais donc au comptoir avec madame Vcsseron, voilà (pie l'élalier, qui élail alors un grand insolent que je n'ai jamais pu souffrir... me flanque dans sa balance un
LE DINliK BOURGEOIS- r'7
gros os qu'ils appellent de la réjouissance, avec un morceau de la culotte.
PRUDHOMMK. — Ah! ah! de la calotte.
MADAME PRODHOMME. — N'allez-vous pas déjà commencer, monsieur Prudhomme '.'
PRDDHOMME — Pardon , je ne le ferai plus.
MADAME JOLI. — Voilà la conduite de M. Yesseron à mon
madame locard. — Eh bien ! c'est comme ça qu'ils achètent des maisons !
madame duret. — Et que leurs femmes ont des manteaux
rouges et des chapeaux roses.
madame joly. — Eh hien ! Victorinc... vous n'mangez pas de bouilli... vous n'ayez pas faim... vous avez été manger avec la petite voisine... vous savez bien que je vous l'avais défendu... je ne veux plus que vous y retourniez. (Victorinc sanglote.) MADAME locard. — Ah! madame Joly... elle ne le fera plus. joly. — Victorine... allons, ma biche... sois raisonnable. madame joly. — Je te prie de te taire, monsieur Joly... si c'était un fils, je ne dirais rien... mais, comme mère, je peux et je dois parler.
madame DURET. — Allons, madame Joly. PRUDHOMME, à sa voisine. — Madame , vous servirai-je à boire... Eh bien, monsieur l'Anglais... comment trouvez- \"ii> noire cuisine?
w 11 son, i inba rrassé. — Bonjour.
m \d\me JOLY. — Oh! il n'en dira pas plus; il ne parle pus. Pi;i DHOMMB. — Oui..., il n'est pas très-fort, mi y. — Monsieur Nargéot, voici du pain. madame locard. — Je vous en demanderai par la même
voiture.
JOLY. — Volontiers.
PRDDHOMME — Ali ! les bons épiiiards...
madame joly. — Il faut y retourner, monsieur Prudhomme.
PRUDHOMME. — Merci, belle dame... je vous rends grâces...
j'ai déjà bien mangé.
madame joly. — .Monsieur Nargeot, vous ne buvez pas. nargeot. — Faites excuse , madame.
madame JOLY. — Allons, monsieur Durct... retournez donc
aux épinards... vous les aimez...
duret. — Merci... madame.
madame JOLY. — Monsieur Prudhomme , vous ne mangez
pas?
prudhomme. — Pardonnez-moi , madame, je suis revenu au
bouilli.
madame JOLY. — Monsieur Duret, des épinards; je vous en
prie... Vous ne voulez pas me désobliger. dlret. — C'est pour ne pas vous faire injure. madame joly. — Eh bien! monsieur Locard? locard. — Non, merci, madame ; j'y suis revenu. madame joly. — Viciorine, aide ta mère, nous allons enlever
tout ça pour faire place au dessert. Excusez, messieurs et
mesdames, nous allons, s'il vous plaît, enlever la nappe de
dessus. {Les conversations sont fort animées entre
tous (es membres de la société. JVilson seul reste
muet.)