scène xiv
MADAME CIBOT, MAUGÉ, puis CIBOT.
MAUGfi. — Viens donc, Cibot. Allons donc, sois raisonnable. .. Bonjour, madame Cibot. Mais qu'avez-vous donc? Vous êtes toute en larmes.
madame ciiiOT. — Ah! monsieur Maugé, je suis la plus malheureuse des femmes.
cibot. — Dis donc, Maugé, comme elle esl douce, à présent !
MADAME ClBOTj apercevant son mari. — Vous voilà, Monsieur? Venez-vous encore ajouter à mes chagrina?
mu eu. — Calmez-vous, tout s'arrangera. I h bien! mes bous amis, d'où viennent tous ces reproches, ce changement dans votre intérieur, autrefois si calme, si paisible? Vous le savez, dans un ménage, on se préparé SOUVént bien des peines, bien des soucis, et cela faute de s'entendre, de s'expliquer franchement.
MADAME cibot. — Monsieur m'a traitée comme la dernière des créatures.
CIBOT. — lit vous, depuis trente-deux ans, comme le dernier des individus.
MAI ni. — Dans mon rôle de conciliateur, je ne dois donner SOU à personne, parce que tous deux vous avez tort. Voyons, quels sont les griefs que VOUS pomez articuler l'un contre l'autre? je crois qu'ils se réduiront à bien pende chose... Le plus grand de tous, celui que vous avez tous deux partagé, a été de vouloir sortir de votre condition , de vouloir fréquenter un monde qui ne vaut pas mieux que le nôtre. Arrivés une fois là, l'amour-propre s'en est mêlé: vous n'avez pas voulu revenir sur vos pas; et vous vous êtes trouvés forcés d'accepter toutes les conséquences d'une pareille conduit*,'. Peut-être ne voudrez- \ous pas en convenir d'abord, et c'est là , précisément, le seul tort que vous pouvez a\oir.
madame cibot. — Ah! monsieur Maugé, si vous saviez! Teiies, lisez. (Elle lui présente lu lettre.)
MALCÉ. ■ — C'est inutile: je sais tout ce dont ces gens-là sont capables, et nous a\ons tout appris. Nous sommes bien au courant, je' vous assure. La famille des iarentinof est ruinée.
M \ i » ami: cibot. — C'est donc bien vrai? ruinée!
mui.l. — Ou à peu prés. Le jeune homme qui recherchait la ulJe de la maison a bien elfecti\ement un oncle fort riche
dont il est l'unique héritier; mais, connue les renseignements que ce dernier a reçus sur la famille dans laquelle voulait entrer son neveu n'ont pas semblé de nature à lui inspirer grande confiance, il est parti, il y a deux jours, avec son neveu , pour l'Italie.
CIBOT. — L'oncle a bien fait.
MAUGÉ. — Nous avons appris avec peine à Paris que vous vous étiez jetés à corps perdu dans ce monde, qui convenait si peu à votre caractère et à vos habitudes; que vous étiez exploités à qui mieux mieux , et que , pour prix de votre ignorance et de votre bonté , vous étiez le jouet de tous ces gens-là. Nous avions laissé au temps le soin de vous faire ouvrir les yeux sur votre folle conduite ; mais , quand nous avons appris le mauvais état des affaires de la maison Barcntinot , nous avons craint qu'elle ne vous compromît dans quelque dangereuse spéculation, et je suis venu d'abord de mon propre mouvement, puis envoyé par tous vos amis, pour avoir à prévenir les dangers que vous pouviez avoir à courir.
CIBOT. — Eh bien ! manie Cibot , a-t-il encore tort , mon M auge?
madame cibot. — Bon monsieur Mangé ! nous vous devons tout ?
malgé. — Vous ne me devez rien, mes bons amis. Plus heureux que nous, vous vous êtes retirés des affaires de bonne heure ; nous avons eu, nous autres, nos enfants à établir, des opérations à terminer, nous travaillons encore. Vous étiez pressés de jouir, vous n'avez pas voulu nous attendre, et vous vous êtes jetés dans un inonde qui n'a pas su vous apprécier. Revenez à nous , à vos anciens amis , que vous retrouverez tels que vous les avez laissés , qui vous aimons toujours. Partons ce soir tous ensemble pour Paris , et n'oubliez pas :
Quil ne faut jamais sauter plus haut que les jambes.
Les BCènes se passent dans la cour , dans les bureaux et dans l'intérieur de la diligence. Les parents, les amis, les connaissances, les portiers, les commissionnaires et les oisifs se pressent autour des voyageurs. Les chevaux sont à la voiture.