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ACTE D'ACCUSATION CONTRE JEAN IROUX

Le Procureur-Général expose que , par arrêt de renvoi , la Cour a ordonné la mise en accusation du nommé Jean Iroux , âgé de trente-huit ans, sans domicile, accusé d'avoir, étant en état de vagabondage, tenté un meurtre avec préméditation sur la personne de la veuve Loddé.

Déclare, le Procureur-Général, que, de l'instruction, résultent le> faits suivants :

Le 17 octobre dernier, vers huit heures, huit heures et demie environ dn soir, par un temps froid et pluvieux, et pendant l'obscurité la plus profonde , un étranger mal vêtu se présenta à la porte de la ferme des Etroits, dépendant de la commune de VJrgotière, appartenant à la dame veuve l.oddc , <t exploitée par le sieur Barbier; la porte de la ferme avait été fennec. Cet indi\idu , voulant cependant exécuter ses funestes projets , frappe à coups redoublés ; tous les

2fl SCÈNES POPULAIRES.

habitants de la ferme sont en émoi : le rieur Barbier seul conserve son courage et son sang-froid. Après avoir reproché à sa femme ses terreurs et ses craintes, il se dirige d'un pas ferme et assuré vers la porte charretière. — Oui va là ? s'écrie-t-il d'une voix forte et sonore. — Ouvrez , s'il vous plaît, répondit une autre voix inconnue et tremblante; ouvrez, je vous demande à coucher pour cette nuit. — C'est bien tard! lui répondit .)/. Barbier. Cependant il ouvrit et conduisit l'individu dans une grange séparée des bâtiments d'habitation ; puis il se retira , revint trouver sa famille , toujours inquiète, et ne tarda pas à se coucher.

Sur les une heure, deux heures du matin , un garçon de la ferme entendit dans la cour le bruit des pas d'un homme; il regarda à travers un trou qui existait à la porte de l'écurie, et aperçut un inconnu traversant la cour; il le laissa passer, sortit sans faire de bruit , et le suivit des yeux ; l'inconnu entra dans un corps de logis dépendant de la maison d'habitation, et bientôt après il aperçut une ombre projetée sur la fenêtre d'une chambre habitée par la dame veuve Loddé ; il y porta toute son attention et vit l'individu qui , armé d'un bâton, paraissait lutter avec quelqu'un. Le garçon , voyant qu'un crime se commettait, courut en toute hâte à l'escalier, et vit sortir de la chambre un homme qu'il reconnut pour un étranger; cet homme passa près de lui, calme, les yeux fixes, et tenant encore son bâton à la main. Il se rangea pour le laisser passer, et se contenta de dire : C'est un sorcier, il a charmé nos chiens; puis il répandit l'alarme dans la maison. On courut à la chambre de la dame veuve Loddé, qui répondit, à moitié endormie, qu'elle avait été réveillée par m\ étranger qui frappait à coups redoublés sur le bois de son lit, agitant un bâton, mais qu'au mouvement qu'elle fit en se réveillant, il était reparti quelques instants après. Le sieur Barbier, réveillé, se rendit en toute hâte à la grange, il trouva l'accusé plongé dans un profond sommeil et tenant

toujours son bâton noueux à la main. L'étranger s'esl réveillé au bruit que l'on a fait. Le sieur Barbier Lui reprocha son ingratitude et son crime, [roux déclara n'être jamais sorti et qu'il ignorait ce qu'on voulait lui dire. On l'enferma clans la grange; et, dans ces circonstances, Jean [roux est accusé d'avoir, étant en état de vagabondage, tenté un meurtre avec préméditation sur la personne de la veuve Loddé, crimes prévus par les articles 2, 296, 302 du Code pénal, et 280 du même Code.

ll greffier. — Les témoins de l'affaire sont... à charge : Le sieur BARBIER.

La dame BARBIER.

La veuve LOODÉ.

Le sieur Maclou.

Témoin à décharge :

Le sieur Prudiiomme.

(Les témoins se retirent. ) LE PRÉSIDENT. — Jean [roux ! (L'accusé est endormi.) il PRÉSIDENT. — Gendarme, réveillez le prévenu. JEAN înoix. — Laissez-moi donc tranquille... gendarme. LE pi; tsi dent. — Jean [roux, répondez à mes questions. il \\ IROUX. — J'ai soif...

LE PRÉSIDENT. — (Faites apporter un verre d'eau au prévenu.) D'où veniez-vous, lorsque vous frappâtes à la porte de la ferme des Étroits ? (On apporte un verre d'eau.) .M. an IROUX. — D'où que je devenais?... Je devenais du Hoquet... que j'y avais couché... que j'y étais été pour avoir de l'ouvrage... qu'on m'a traité de faignant et qu'on m'a dit que j'priais l'bon Dieu d'n'en pas trouver... que j'avais fait neuf lieues... que je n'me sentais pas de froid... quej'n'avais mangé qu'un sou d'pain d'ia journée... quev'làquej'frappeà la porte de la ferme... qu'on m'ouvre... que j'me couche... que j'm'endors... qu'on m'réveillc... el qu'on in'mcne en prison... (Il sanglote.)

le président. — Calmez-vous ; répondez aux questions que

je vais vous adresser... Vous veniez, dites-vous, du Uo- (|uet , où vous n'aviez pas trouvé d'ouvrage?

JEAN1 irolx. — Oui, mon juge... Moi, voleur... moi assassinent-... jamais!... Moi pas riche... moi malheureux... oui!... {Il pleure.) Moi... pas noble... moi noble... moi riche... moi pas voleur... moi pas noble... moi pas riche... moi pas scélérat... qu'on m 'guillotine... Moi , battre une vieille... jamais!... Moi, qu'a conduit une vieille aveugle trois mois sans y rien demander... qu'elle est morte... Moi, battre une vieille... moi battre un enfant... jamais!... Moi respecter un chien... Mais moi, pas noble... moi, pas riche... qu'on m'guillotine... {Au gendarme qui s'approche de lui pour le calmer.) Laissez-moi donc tranquille, gendarme... tenez, v'ià ma cravate... (// la relire.) qu'on m'guillotine. Moi, pas assassineur... moi, pas battre une vieille... que défunte înapauv'mère l'était vieille aussi... pauv'femme de mère! quand j'ai du pain, j'y fais dire une messe. (Il verse des tannes en abondance.)

LE président. — Soyez plus tranquille... calmez -vous,.. Avez-vous un avocat ?

jean IROUX. — Moi, pas noble... moi, pas riche... moi, pas d'avocat... moi, pas rien... .J'vcux qu'on m'guillotine... Moi, battre une vieille... jamais!... (Il retombe accablé sur son banc. Mouvement dans l'auditoire.)

LE président, à l'huissier. — Faites appeler le premier témoin. (Au témoin.) Levez la main... la main droite :

Vous jurez et promettez de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité?

BARBIER. — Je le jure.

le président. — Baissez la main. Ktes-vous parent ou allié du prévenu ?

BARBIER. — Non.

LA COUB D'ASSISES. 29

le président. — Tournez-vous du côté (!•' messieu/s les jurés ; faites votre déposition.

barbier. — J'étais «i souper avec mon épouse et non monde; v'Ià que j'entends frapper à la porte de la rue. J'dis; Bon, v'Ià M. Choinel qui revient; que 11, Chomel, c'est le fermier d'à côté d'ehez nous, qu'était allé, sauf le respect que je vous «lois, vendre du bétail an marché. Mon épouse me «lit : ^ a long-temps qu'il est revenu ; <;a n'peui être <|iie des gamins <|iii frappent à la porte. Bon , que j'dis, j'\as v aller loir; que j'y vais. J 'trouve une voix

qui m'demande à coucher. Bon. ou'èics-vous? que j'réponds. Ouvrez] qu'elle crie toujours. J'ouvre la porte, et j'trouve, (Se tournant du câtèdu prévenu.) j'trouve... celui-ci qui m'demande à coucher. Bon... pas gêné, que

j'iui réponds; il est là pour le dire. Ma foi., j'ini dis, attendez : j 'prends nia Lanterne et je l'conduis dans une grange ousce qu'on bat dedans en grange, et j 'l'enferme en lui disant : Bonsoir, l'ancien... Mais, pas du tout, v'Ià quand j rentre, ma femme me dit : Qu'est-ce qu'est venu? J'iui fais une menterie, que c'étaient des galopins (pi'étaient venus frapper... car elle n'est pas curieuse de recevoir la nuit des gens qu'on n'eonnaît pas.

LE président. — Allâtes-vous vous coucher long-temps après avoir accordé l'hospitalité au prévenu?

barbier. — Parbleu!

LE président. — Vous ne répondez pas à ma question. Vous couchàtes-vous long-temps après avoir donné asile au prévenu ?

carrier. — J'm'ai couché quet temps après.

LE PRESIDENT. — Port bien... Vous fûtes donc réveillé pendant la nuit par le bruit que firent , à la suite de la visite de Jean Iroux dans la chambre de voire b 'Ile-mère, par leurs cris : A i 'assassin! vos garçons de ferme?

DARlilLR. — C'est sur, qu'ils en firent du tapage. Y prends

sauf votre respect, nia culotte ; j'saute sur mon fusil; j'vais chercher mon Maclou tout autour des bâtiments; j'trouvc... rien du tout... j'entre dans la grange ousqu'étail l'assassin; je trouve le scélérat, qui faisait comme si qu'il dormait, son gros manche à balai entre les jambes, et qu'il avait l'air comme de rien du tout.

LE PRÉSIDENT. — Que lui dites-vous ?

BARRIER. — Je l'ai traité comme il le méritait : et de brigand, et de voleur, et de tout; qu'on n'était pas plus scélérat : et que je ne sais ce qui m'a empêché de le massacrer; qu'enfin , avec son air de filou, il me regardait ; qu'il disait qui n'savail pas ce qu'on avait après lui... Enfin, je ne me suis pas contenté de ça; j'I'ai enfermé à double tour... qu'on est allé chercher la garde... que les gendarmes sont et qu'ils l'ont empoigne.

le président. — Avcz-vous autre chose à déclarer?

barbier. — Non, puisque j'vous ai tout dit.

LE président. — Allez à votre place. Introduisez un autre témoin. (La clame Barbier est introduite.) Levez la main.

LA dame barbier. — Laquelle, monsieur le Président ?

LE PRÉSIDENT. — La main droite.

LA dame barbier. — Excusez, monsieur, c'est que je ne peux me moucher que de celle-là, j'm'en vas tenir la gauche en attendant. (Elle se mouche.) Excusez, v'ià c'que c'est.

LE président. — Vous jurez et promettez de dire la vérité, toute la vérité... rien que la vérité...

LA dame barbier. — Oui, monsieur.

le président. — Baissez la main. Êtcs-vous parente ou alliée du prévenu?

LA DAME BARBIER, avec emportement. — Moi ! parente de ce scélérat-là ? Oh ! le brigand ! oh ! le gueux !

ie PRESIDENT. — Toute injure envers le [.revenu vous est

interdite; faites votre déposition. Tournez vous du côté de messieurs les jurés.

LA DAME BARBIER. — Bonjour, Jury... Messieurs, comme

^ mis êtes tous honnêtes Douanes, ce brigand-la , excuse/. , ce... Enfin, monsieur entra chez nous pour massacrer noire pauvre mère, l'auvre femme ! il a voulu la massacrer, le gredin qu'il est

LE PRÉSIDENT. — Je suis encore obligé de vous rappeler à la question. Connaissez-vous le prévenu?

LA DAME BARBIER. — J'en serais bien fâchée! Dieu merci, non.

LE PRESIDENT. — Le vîtes-vous dans votre ferme?

la DAME BARBIER. — Je l'ai vu quand les gendarmes l'ont emmené, que si l'on ne m'avait retenue je lui aurais arraché les yeux. (Se retournant du côté de son mari.) ( 'a l'apprendra , monsieur Barbier, à recevoir chez nous des assassins.

LE président. — Avez-vous quelque chose à ajouter à votre déposition ?

LA dame BARBIER. — Non... monsieur... que je voudrais bien qu'on lui apprit à ne plus venir assassiner dans les....

LE président, F interrompant. — C'estassez; taisez-vous. Allez ii votre place. (La femme Barbier se retire.)

LE PRÉSIDENT. — La dame veuve Loddé. (La veuve Loddô ( .s/ introduite.)

LE PRÉSIDENT. — Levez la main. (La veuve Loddé reste immobile.) Levez la main.

LA VEDTE loddé. — Que je lève la main?

LE PRÉSIDENT. — La main droite...

Vous jurez et promettez de dire ta vérité, totile ta

vèritéj rien que la vérité?

LA VEDYB LODDÉ. — Oui.

le PRÉSIDENT. — Baissez la main. . . baissez la main. Huissier, donnez un siège au témoin. Tournez-vous éiu côté de

MM. les jurés... Faites votre déposition... Comment... je ne vous entends pas; parlez pins liant... N'élicz-vous pas couchée lorsqu'un individu pénétra dans votre chambre et vous réveilla en frappant à coups redoublés sur votre lit? Comment...

LA uct "Vi; loddé. — Oui... monsieur... que je croyais que c'était Maclou...

LE président. — Reconnaissez-vous le prévenu ?

LA VEUVE LOnnÉ. — Non... monsieur... que je croyais que c'était Maclou...

LE PRÉSIDENT. — Fùlcs-vous réveillée par le bruit qu'il fit en frappant sur votre lit?

la veuve loddé. — Oui... monsieur... que je croyais que c'était Maclou...

le président. — Vous ne pouvez pas le reconnaître ?

LA VEUVE LODDÉ. — Non.

LE président. — Vous n'avez pas autre chose à dire?

la veuve loddé. — Que je croyais que c'était Maclou.

le président. — Allez h votre place... Maclou? {Le témoin est introduit.)

LE président. — Levez la main...

Vous jurez et promettez , etc.

-Maclou. — Oui... mon juge.

le président. — Êtes-vous parent ou allié du prévenu?

.maclou. — Non , mon juge.

le président. — Baissez la main. {Le témoin baise sa main. Rire clans i' auditoire.) Je vous dis de baisser votre main. Tournez-vous du côté de MM. les jurés; faites votre déposition. Reconnaissez-vous dans l'accusé l'individu qui se présenta à la ferme des Etroits?

Maclou. — Comme j'vous voyons. J 'étions dans l'écurie, que j 'entendons comme quelqu'un qui marchait dans la cour; j'voyons qui rattournait dans la cour; j'eroyons qu'c'était l'bourgeois; mais non... J'me mettons après lui, el que je

LA C'Ol'll P'ASSJSPfi. Ï3

voyons qui rattoornait dans la cour, qu'j'avons peur ; qu'les chiens u'djtaienl pas la moindre des choses , el quej'voyons qu'il remuyous, qu'i remuyons un l>àion; quej'me meti nsà j aller; que ['bourgeois qui vient, 61 cm'nous trouvons rien; qu'la mère Loddé m'dit quand j'y montons : Qu't'esdonc venu pour m'réveiller?

LE PRÉSIDENT. — Passa-t-il près de vous dans l'escalier?

HACLOO. — ■ Jamais.

LE PRÉSIDENT. — 1,'avez-vous rencontré dans l'escalier?

MAi.i.or. — Ah! oui!

LE PRÉSIDENT. — Il passa donc près de vous?

MACLOU. — Ah! non.

LE PRÉSIDENT. — ■ Voyons, soyez conséquent. Je VOUS fais une question... Est-ce oui ou non?

MACLOU. — Mais j'n'ons rien dit, mon juge... j'n'ons fien dit. J'sommes honnête homme... j'ons vu c't'hommc qu'est v'nu; qu'je n'eonnaissions pas... que j'sommes ben loin de dire ce que j'ons pas vu.

LE président. — Je vous demande si vous l'avez rencontré dans L'escalier?

MACLOU. — J'n'ons jamais fait de tort à personne... d'puis que sommes chez l'uiême bourgeois, mon ju^e; jamais d'tort à personne.

LE PRÉSIDENT. — Nous n'attaquons en rien votre probité; je \ous demande si l'accusé s'est porté à des voies de fait sur la personne de la veuve Loddé?

liACLOD. — Elle m'a dit qu'il avait donné des coups de manche à balai sur le bois du lit; qu'elle croyait qu'c'étions moi.

DU u RÉ. — Je demande si les coups ont été portés sur la veuve Loddé, a\ec intention ?

MACLOD. — Je Tons vu qui donnions des coups de manche à balai, et je Ions \u danser, qu'il a\iont l'air d'batlre la m'sure sur l'Iit.

3i SCÈNES l'OI'li AIRES.

j.e juré. — Je prie M. le présidem de faire préciser ma question. Je m'explique sans doute mal; mais je désire que

ce fait soit bien éclairci.

l'avocat général. — Le fait est peu important.

LE JURÉ. — Il a beaucoup d'importance pour ceux qui sont appelés à juger.

le président. — Bien, monsieur le juré; je vais poser la question. Maclou , dans votre pensée, les coups portés par Jean [roux vous semblaient-ils avoir été portés suk la veuve Loddé a\ec intention?

maclou. — Je n'savons pas, puisqu'i battions la mesure, cl qu'elle aviont dit, la mère Loddé : Je rn'lève pas encore , qu'elle m'aviont dit.

LE président. — Allez à votre place. Le témoin Prudhomme. (Le témoin dépose son chapeau sur un banc, s'avance avec sa canne à ta main, cl répond à toutes les questions d'une voix forte et sonore.)

le président. — Votre nom?

M. prudhomme. — Joseph Prudhomme.

LE président. — Votre état ?

M. prudhomme. — Professeur d'écriture, élève de Brard ei Saint-Omer, expert assermenté près les Cours et Tribunaux.

le président. — Levez la main.

M. prudhomme. — De tout mon cœur.

LE président. — Vous jurez et promettez de dire la vérité, toute la vérité, rien, que la. vérité?

M. prudhomme. — Je le jure devant Dieu el devant les hommes.

LE président. — Êles-vous parent ou allié du prévenu ?

M. prudhomme. — Je pourrais l'être, je ne le suis pas : tous les jouis on voit, dans les familles les plus respectables, dis scélérats, des intrigants , des...

LE PRÉSIDENT, F interrompant. — Taisez-vous. Tournezvous du côté de MM. les jurés.

11. PRUDHOMME. — Messieurs, votre très-humble et trèsobéissant serviteur.

le président. — Faites votre déposition.

m. phi dhohme. — Ki! ma qualité de professeurwen fait d'écriture, messieurs, j*' dois donner mes soins à tons 1rs sujets de l'un h de l'autre sexe, indifféremment, qui me sont confiés. Jean [roux fut de ce nombre. Il était neveu, à la mode de Bretagne, d'un nommé Trochant ou Trochet, qui l'avait fait venir à Paris, la moderne Athènes, le centre des arts et delà civilisation, celte sultane qui...

le président. — Vous vous éloignez de la question.

si. prudfiomme. — J'y reviens, puisque vous semblez le désirer. Je mis tous mes soins à me rendre digne de la confiance que le nommé Trochant ou Trochet, son oncle, comme je viens d'avoir l'honneur de le dire, à la mode de Bretagne, avail mise en moi. Vain espoir! efforts superflus ! j'en fus pour mes peines. A la lin, convaincu de la stérilité du sol qu'il m'avait été donné de fertiliser, je le rendis à qui de droit.

Jean s'en alla comme il était venu.

Je l'accompagnai de mes vœux. De retour aux lieux qui l'avaient vu naître, arriva cette époque où l'homme qui trop long-temps opprima la France, celui dont l'ambition, à la fois insatiable, immodérée, trouva....

ri président. — A la question, à la question.

M. PRDDHOMME. — Pardon, premier Président; pardon, mes- Mi-urs les jurés... Cette époque où celui que la pudeur me défend de nommer, celui dont les mères de famille..

LE PRÉSIDENT. — Je VOUS prie de ne pas vous écarter...

M. PRi DHOMME. — Oui, premier Magistrat. Dont les mères de famille ont long-temps déploré la venue*, lit quitter à

Jean Iroux sa terre batale, il porta le mousquet en qualité de conscrit...

j.e président. — Quand l'avez-vous revu? m. prudiiomme. — Un jour, je me promenais sans savoir où j'allais, en pensant à tout autre chose, quand je vis venir à moi mon ancien disciple. Sa mis<- riait celle de la nonfortune, celle de l'indigence, lise fil reconnaître a moi. Je lui dis qu'oui, que je me remémoriais, autant comme possible était, ses traits quoique altérés par le libertinage; et ce fut alors qu'il eut recours à ma bienfaisance. Je tirai ma bourse de cette même culotte, je me rappelle le fait connue aujourd'hui. J'en retirai cinq francs en lui adressant ces paroles: S'ifs peuvent parvènit à ion bonhtufs soisie. Il les prit, et je me dérobai à sa gratitude.

LE président. — Vous ne lui adressâtes pas de questions sur sa position ?

M. prudho.mme. — J'eusse craint de le blesser dans son amour-propre, monsieur le Magistral.

le président. — Avcz-vous encore quelque .chose à dire?

M. prudhomme. — Voilà tout ce que je petit, je dois, ce qu'il est de mon devoir de dire pour éclairer la justice.

LE président. — Allez à votre place.

M. prudiiomme, d'un ton solennel. — Je saisis avec empressement cette occasion, messieurs , pour consacrer à la France entière, à l'Europe et à l'Univers, ici rassemblé dans vos membres, mon attachement sans bornes au Roi...

le président, l'interrompant. — Allez à votre place.

M. prudhomme. — Au Roi , à la gendarmerie.

le président. — Taisez-vous.

M. prudiiomme, avec jbi/. — Tout ce qui peut contribuer à notre bonheur, le Roi, les autorités constituées, la gendarmerie et son auguste famille.

LE PRÉSIDENT. — Huissier, faites sortir le témoin.

M. PRUDIIOMME. — Je le dirais dans les bras du bourreau.

Vivo le Roi , la gendarmerie! (Plusieurs huissiers te /'ont sortir de ta su (le au milieu des rires prolongés

di ('auditoire. )

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