TU-OI'ISITOIRE DE M. L'AVOCAT-GÉNÉRAL
le président. —La parole est à M. l'avocat-général. m. l'^éevocat-gênéral.
messieurs, la société vient aujourd'hui demander vengeance d'un crime qui a jeté l'épouvante dans la ferme des Étroits, dépendant de la commune de V jtrgolière. Vous avez aujourd'hui sous les yeux le coupable que nous poursuivons.
Nous aurons peu d'efforts à faire pour démontrer qu'en effet Jean Iroux est le vrai coupable. Il y a long -temps qu'on l'a dit, messieurs , l'homme qui se place en dehors de toutes les vertus ne peut jamais suivre que la route du vice.
Engagé de bonne heure dans ses sentiers tortueux , Jean Iroux devait venir devant vous, messieurs, comme une preuve évidente de celte vérité si ancienne, qu'un crime toujours précède un autre crime.
Qu'est-ce donc que l'accusé? Un simple journalier, gagnant par jour un modique salaire, qui pouvait le faire vivre honorablement. Né avec cette révolution d'épouvantable mémoire. (Murmures dans l'auditoire.) Né avec cette révolution d'épouvantable mémoire , élevé à cette école du libéralisme, il suça le lait de l'indépendance, et sa vie errante et vagabonde vous prouve assez, messieurs, combien il a profité de ces principes subversifs de l'ordre social , et dont la présence dans le monde civilisé est un fléau pour l'espèce humaine.
(//accusé s'endort. ) \près ces réflexions préliminaires et qui me sont suggérées par le tableau que \<>u> avez devant les veux, j'aborde franchement l'accusation portée contre Jean Iroux. On dira sans
3S SCENKS POPULAIRES.
doute, messieurs, de la part de l'accusé, où soni les prouves? Ces preuves? qu'en avons-nous besoin? les nrcincs, vous les demandez? Oubliez-vous donc la présence de Jean [roux (Lins la ferme des Etroits , dépendant de la commune de V Artjoticre. Je ne pense pas que vous révoquiez en doute ce fait. Vous avez entendu la déposition du témoin Maelou. Permettez-moi, messieurs les jurés, de rappeler celte déposition à votre mémoire.
C'était entre trois heures, trois heures et demie, ce n'est pas moi qui parle, ou quatre heures, c'est, je le répète, le charretier Maelou. C'était, dis-je, à trois heures et demie ; quatre heures du matin environ, ma mémoire n'est point assez fidèle pour préciser l'beure. Toute la ferme était plongée dans le sommeil le plus profond , elle se reposait dans une douce quiétude. Le laborieux cultivateur se livrait aux douceurs du repos qui devait réparer les pénibles travaux de la journée ; les animaux domestiques étaient aussi plongés dans le sommeil; le coq avait cesse de chanter à la troisième heure du jour. Soudain un bruit continuel vint annoncer à ces paisibles habitants de la chaumine un événement qui devait les saisir de stupeur et d'effroi.
(L'accusé est profondément endormi.)
Le bruit augmente , le charretier Maelou saisit ses vêtements , court à la porte et trouve un homme couvert de la livrée de la misère , dont la figure annonçait les souffrances physiques et morales. Qu'était-il, cet homme? c'était Jean Iroux. Que voulait-il? ce n'est pas à nous qu'il appartient de le justifier, nous l'accusons au contraire, et nous l'interpellons à cet égard, que voulait-il? Si ses intentions étaient pures, quelle nécessité y avait-il de se présenter à l'heure où tous les gens de bien doivent être rentrés dans leur domicile ? UN JURÉ. — Vous savez bien qu'il n'en avait pas.
L'AVOCAT-GliNÊRAL , continuant.
Et c'est justement là son crime, je vous y attendais. Main-