L'INTÉRIEUR
DN VOYAGEUR. — Nous allons encore attendre ici une bonne heure.
DN SECOND voyageur. — C'est qu'ils ont des paquets à déposer ici.
M. PRUDHOMME. — Ce n'en est pas moins fort ennuyeux. .Te suis certain que nous avons perdu trois heures pendant tout le cours de notre voyage, avec tous ces retards.
LA JEUNE personne. — Restez-vous en ville, monsieur?
l'homme aux moustaches. — Et vous?
la jeune personne. — Je resterai peut-être... si l'on ne vient pas au-devant de moi.
L'HOMME aux moustaches. — Je ne resterai pas, moi , je repars de suite.
LA jeune personne. — Après être descendu au bureau ?
L'HOMME aux moustaches. — Après être descendu au bureau.
L'IMPÉRIALE
ADRIEN, à son voisin. — Vous n'avez pas dit grand' chose
tout le long de la route.
l'anglais. — I do'nt speak French.
ADRIEN. — Vous ne m'entendez pas. Je... dis... que...
VOUS... n'avez... pas... dit... grand... chose... tout... le...
long... de... la... route...
L'ANGLAIS. — No, sir.
Aluni v — C'est pas faute d'avoir pris assez de notes. Quel
éerivaiif!
214 SCÈNES POPILURES.
LB CONDUCTEUR, fi monta ni là sa place. — En route.
adrien. — Nous avons complètement oublié mon voisin.
le conducteur. — cVs't mi anglais.
Adrien. — Ils son! drôles, ces gens-là... ça ne sait pas un mot de fiançais, et ça vient en France pour s'amuser. Je n'aimerais guère ça, moi. (La diligence s'arrête, arrivée à sa destination.)
LA coin de la diligence.
adrien, à un garçon d'écurie. — Marisset , donne-moi l'échelle que j'descende.
si. prudhomme. — Je ne suis pas fâché d'être arrivé.
la vieille dame. — Ce n'est pas une raison pour marcher sur ma robe.
M. PRUDHOMME. — Pardon, madame.
une servante. — Ces messieurs veulent-ils descendre ici ?
UN GARÇON D'AURERGE , distribuant des adresses. — Messieurs, l'hôtel des Bains?
U\ second GARÇON. — L'hôloi de la Tète-Rouge?
UN troisième garçon. — L'hôtel des Princes, monsieur?
UN QUATRIÈME GARÇON. — L'hôtel de la Poste ?
l'homme aux moustaches. — Laissez-moi donc avec vos adresses.
LE premier garçon au second. — J'vas tout à l'heure t'fianquer ma main sur la figure, toi.
LE SECOND GARÇON. — A iens-y donc.
le premier garçon, lui allongeant un sou/jlet. — J'y suis t'y? (Les autres garçons d'auberge prennent, fuit et cause dans la discussion, et livrent un combat des plus acharnés dans la. cour de la diligence.)
L'HOMME aux moustaches. — Canaille, aurez-vous bien lui fini?
in DES GARÇONS. — Canaille? c'est vous qu'enêtes une. (L'homme aux moustaches saisit le provocateur
I N M)\ AGE EN DILIGENi I m.,
/nir (i coiietdesa reste et le lance .sous les /lieds des
chevaux.) M. pbddhommb. — C'est une horreur, une semblable con-
dnite! Venir insulter des voyageurs paisibles! LA VIEILLE DAME. — V l'assassin ! à l'assassin! ah! oh !
Mimire! [Tous lus voyageurs entrent au bureau)
LE BUREAU
L'HOMME aux moustaches, au directeur du bureau. — C'est une infamie, monsieur, d'être insulté par tons les
■ us des hôtels.
LE DIRECTE1 R. — Ce n'est pas ma faute, monsieur, cela ne
me regarde pas.
M. prudhomue. Comment, cela ne vous regarde pas? est-ce
que \ous ne devez pas répondre de la tranquillité des
voyageurs.
LE DIRECTEUR. — Je ne peux pas être dans la cour et à mon
bureau.
tous les voyageurs. — C'est une indignité; c'est affreux!
; abominable!
ADRIEN. — Il ne vous est rien arrivé de fâcheux? mademoi-
Belle ?
la jeune personne. — Non , Monsieur.
adrien. — Eh bien ! vous l'avez vu ce monsieur qui vient
de sortir avec ses moustaches? il est gentil !...
LA Jl.l .NE PERSONNE. — Il l 9t Ce <|ifil est.
ADRIEN. — Voyez-vous, je le connais, c'est un farceur , c'est mi homme qui dépensera une vingtaine de francs avec vous
et qui vous plantera là après, c'est son genre. Vous connaissez la ville ?
la ji.i ne personne. — Oui, monsieur.
àDMEN. — Tant pis, j'vousaurais conduit partout..
LA VIEILLE DAME. — Ah ! si jamais je remets les pieds en di-
ligence! Vous avez, monsieur le directeur, un conducteur qui est la grossièreté personnifiée.
LE directeur. — Il revient encore dix francs sur votre place , madame.
LA vieille dame. — On n'est pas grossier comme votre conducteur.
LE DIRECTEUR. — Il ) a aussi des voyageurs qui sont d'un ridicule...
M. prudhom.ue. — Je suis à toi dans une seconde, monsieur Robinot.
ROB1NOT. — : Fais , fais.
M. prudhomme. — Madame Robinot se porte bien ?
robinot. — Très-bien ! Chez toi aussi ?
M. PRUDHOMME. A merveille ! merci. Je cherche un monsieur de la diligence , auquel je serais charmé défaire mes adieux. C'est extraordinaire comme on se quitte dans ces bureaux de diligence.
le directeur. — Vous avez encore soixante-douze francs à payer pour vos places.
la mère. — Comment , monsieur ?
le directeur. — Oui , soixante-douze francs.
LA mère. — Tout n'est donc pas payé ?
LE directeur. — Il n'y a qu'une partie des places de donnée.
la mère , effrayée. — Ah? mon Dieu ! mon Dieu!
le directeur. — Mais , est-ce que vous n'avez personne avec vous ?
la mère. — Ah ! mon Dieu ! me laisser toute seule avec deux enfants. {Elle tombe évanouie.)
ADRIEN. — Eh bien! qu'est-ce que c'est donc? une femme qui se trouve mal.
la jeune personne. — C'est celle dame du dîner.
ADRIEN, la retenant dans ses bras. — Du vinaigre! {La jeune personne apporte une chaise: l'aîné des deux en j "unis se jette au cou de la mère.) Dire que sou mari
1 \ V01 \(,i: K.N DILK.KM l 217
est descendu avant d'entrer en ville. Il ne reviendra pas, il passera la frontière cette nuit.
LA JEUNE PERSONNE. — Laisser une mère avec deux enfants.
ADRIEN. — C'est une abomination! abandonner une pauvre femme comme ça. (Tous les voyageurs ont quitté li bureau, Adrù n et lu jeune personne sont seuls rentes pris delà mère et des enfants.)
Adrien, au directeur. — M. Lcmoine , je prends tout sur moi, j'ai des connaissances dans la ville, je réponds de la place.
le directeur. — C'est bien.
LA jeune personne, à Adrien. — Monsieur, voici cinq francs.
adrien, tirant vingt francs de sa bourse. — Voilà vingtcinq francs, monsieur Lemoine, mes effets répondront du reste. Attendez-moi , mademoiselle , je vais revenir. ( II remet la mère dans les bras de la Jeune Personne.)
la jeune personne. — Je ne la quitterai pas. Pauvre femme ! (Le directeur et son commis reprennent leur travail.)
se passe dans une pièce qui précède la chambre à coucher du malade.