‹ Scènes villageoises de la forêt-NoireChapitre 10 sur 19 · LE DIMANCHE MATIN · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE MATIN

(Traduit de Hcbe!.)

Le samedi s'en vient bien tard dire au dimanche :

— Voilà que je les ai tous couchés sur la hanche. Bien fatigués qu'ils sont, et j'en vais faire autant, Car mes jambes sous moi faiblissent par instant. —

Pendant qu'il parle ainsi, l'heure douze fois sonne ; Le dimanche alors dit d'une voix qui résonne :

— A mon tour.. — puis il ouvre, encor tout endormi, Sa porte au fond du ciel et retombe à demi.

Enfin, frottant ses yeux, il arrive à la porte Du soleil qui dormait aussi d'étrange sorte, Et lui crie, en frappant aux volets : — Il est temps ! — Sur quoi l'autre répond : — Je vais., c'est bien., j'entends. .-

Sur la pointe des pieds, le dimanche alors gagne, Sans personne éveiller, le haut de la montagne 5 Puis revient au village, en veloutant ses pas, Pour dire au coq: — Ah ça! toi, ne me trahis pas. —

Après un somme heureux, quand on vient à renaître, On le voit au soleil guetter par la fenêtre, Les yeux riants, le front teint de fraîches couleurs, Et le chapeau garni de rubans et de fleurs.

Car c'est un bon enfant, qui comprend à merveille Qu'on dorme, quand il vient, plus longtemps que la veille, Et même qu'on se fasse accroire que la nuit Dure encor quand déjà le grand soleil reluit.

Comme on sent l'aubépin ! comme en gouttes superbes La rosée envahit les feuilles et les herbes, Et comme partout va l'abeille se poser, Sans savoir qu'aujourd'hui l'on doit se reposer.

Dans ce jardin, voyez, avec sa robe blanche, Ce beau ceri^er.. puis, au bout de chaque planche, Toutes ces mille fleurs aux rejets si hardis.. Semble-t-il pas vraiment qu'on soit en paradis?

Quelle tranquillité! comme on se sent à l'aise! Les charretiers n'ont plus de cri qui vous déplaise, Plus de huhos grossiers 5 et chacun, tour à tour, S'aborde en répétant: — Comment va?... quel beau jou

Les linottes ont mis leur habit des dimanches, Et les chardonnerets, en sentant sous les branches Pénétrer la chaleur, disent: — Ah! sacrebleu.. Le voilà de retour le soleil au ciel bleu !

La messe va sonner 5 cours vite, Cunégonde, Me cueillir une fleur où le duvet abonde; Va de tes tabliers mettre le plus coquet, Et faire, si tu veux, pour toi-même un bouquet.

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