LA FEMME DU MARCHÉ
Ici l'on ne doit pas être au mieux, je suppose. Pour travailler: chez nous, ma foi, c'est autre chose, On a le soleil, l'air, les fleurs. — au miel! au miel! — Et les étoiles d'or la nuit tout plein le eiel.
Et dès le point du jour, dans nos prés remplis d'herbe Et de parfums si doux, cela devient superbe: Si bien que l'on croirait. — aux radis! aux radis! — Si bien que l'on croirait qu'on est en paradis.
Tous les petits oiseaux pensent aussi de même,
Car dès l'aurore ils sont dans une joie extrême
Sous les arbres en fleurs ; — aux oignons! aux oignons! —
Comment se plaindre avec de pareils compagnons ?
Et l'on prend bon courage, et l'on se dit encore : C'est tout de même heureux que Dieu fasse une aurore, Car il pourrait l'omettre, —aux œufs frais! aux œufs frais! — Sans que nous ayons droit de murmurer après.
Ici que de volets fermés et de fenêtres Dont les rideaux épais se croisent sur leurs maîtres : Ici tout dort eneor, — aux citrons! aux citrons! Tandis que dès longtemps nous autres nous courons.
Ils sentent bien cela, ces gens; à la campagne Aussi pendant l'été, suivis de leur compagne, Viennent-ils s'égayer: aux clwux blancs! aux choux blancs!— Et nos vins durs alors leur semblent excellents.
Ils se donnent, ces gens, des mines d'importance,
Et nous tiennent toujours à trois pas de distance:
Et cependant mon homme, — au cresson! au cresson! —
Mon homme en vaut bien quatre au moins de leur façon.
S'ils sont riches, pardine ! est-ce qu'on le demande? Pour leur argent leur bourse est à peine assez grande. Un kreutzer, j'en suis chiche. — aux cassis! aux cassis! — Eux ne parlent que d'or, car ils en sont farcis.
A table, tous les jours, vraiment on les régale A bouche que veux-lu ? de plats que rien n'égale, Gibier, poissons, pâtés, — haricots! haricots! — Leur table est à l'étroit pour tous ces bons fricots.
Et leur habillement, il faut voir quelle mise!.... Comment tant de richesse est-elle donc permise ? S'ils voulaient échanger, — au cresson! au cresson! - Je leur céderais bien mes nippes, sans façon.
Pourtant, quand on n'a pas l'âme bien satisfaite, A quoi bon tous ces plats et ces habits de fête ;
Ce n'est pas la richesse, — au cerfeuil! au cerfeuil!
Qui fait faire à la chose un plus riant accueil.
Quand on est pauvre, hélas! du moins on se console En se disant : je n'ai pas peur que l'on me vole ; De bien peu vit le pauvre, — au cumin! au cumin! - Et nous allons pourtant notre petit chemin.
Pensons un peu qu'au bout viendra la fin finale. Après toutes les nuits luit l'aube matinale, Et du ciel Dieu voit tout : — au persil! au persil! — Prenons par la ruelle à droite que voici