‹ Scènes villageoises de la forêt-NoireChapitre 7 sur 19 · LE REVENANT · texte numérisé non relu

LE REVENANT

(Traduit de Hi-'bel.)

Il est des revenants, c'est chose incontestable; Après avoir trop bu le soir à quelque table, Revenez de Kandern et vous rencontrerez Un bois, où, j'en suis sur, vous vous égarerez.

Là, jadis, on voyait une simple chaumière, Qu'habitaient un enfant, un chat, une fermière; Le mari, vieux soldat sans peur et sans remord, Aux champs d'Hcltelingen avait trouvé la mort.

Lorsque sa pauvre femme en reçut la nouvelle, Elle voulut d'abord se briser la cervelle; Pourtant elle reprit son enfant dans ses bras, En lui disant : — C'est toi qui me consoleras.. —

Cela n'eut pas manqué; mais, comme au coin de l'àtre, Filait, un beau lundi, cette mère idolâtre, Elle appelle son fils, le croyant dans la cour, Puis sort et l'aperçoit sur le sentier, qui court....

Or, par ce sentier même un homme en pleine ivresse Revenait de Kandern... la mère en vain s'empresse,

Pour sauver son enfant de ce rustre grisé... Avant qu'elle y parvint il était écrasé...

Pour lui dans la forêt, voilà donc qu'elle creuse Une fosse et s'assied dessus, la malheureuse î En disant : — A bientôt, mon amour.. — en effet, Deux ou trois jours après, d'elle c'en était fait.

Son corps s'anéantit au souffle de la brise, Mais son âme resta sur cette fosse assise, Et, bien que les buveurs n'aiment pas trop cela, Pour venir de Kandcrn, il faut passer par là.

Et quand par ce sentier se montre quelque homme ivre, Le fantôme l'empêche aussitôt de poursuivre, Et l'égaré au besoin, ne permettant jamais, Qu'on touche à ce tombeau, son seul bien désormais.

Alors de mieux en mieux l'ivrogne se fourvoie, Tout en se répétant : — Voici la bonne voie.. — Puis le chat miaule et lui, tout rassuré qu'il est, Prend cette voix de chat pour celle d'un poulet.

Le voilà donc qui fait des courbes sans pareilles, Toujours avec ce cri de chat par les oreilles ; Puis au moment qu'il croit chez lui rentrer bientôt, Il va heurter du front l'auberge de tantôt.

D'autres fois cependant cette route est hantée Par des gens sobres, dont n'est pas épouvantée La pauvre mère qui murmure en étouffant Ses soupirs: — De ceux-ci ne crains rien, mon enfant..—

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