‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 16 sur 89 · DU TRADUCTEUR. I.XIII · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. I.XIII

gères , sans sacrifier à l'utile et aux intérêts matériels; mais quand l'esprit opposé règne partout , il est à craindre que la science elle-même ne puisse s’y soustraire, et que les savants ne cèdent à l'entrainement général.

Schelling, cependant, touche un moment la question des rapports de l’État et de l’enseignement public. Il veut que les académies ou les universités ne soient pas considérées comme des instruments de l’Étal; que celui-ci ne voie en elles que des établissements vraiment scientifiques; qu’au lieu de restreindre la liberté par des vues mesquines , il cherche à y faire régner le mouvement des idées et le progrès le plus libre. — Ces vues sont libérales ; mais toutes les questions si graves si délicates qui nous préocupent ne sont pas même abordées dans leur généralité.

Le philosophe continue l’examen des conditions que doivent remplir les maîtres chargés d’enseigner la science. Ses observations, plus critiques que dogmatiques , sont aussi plus nettes et plus explicites. Il blâme la forme de l'enseignement en usage alors dans la plupart des universités allemandes; la manie introduite par le Wolfianisme et le Kantisme, d’employer partout des formules philosophiques dénuées souvent de sens et d’esprit et de les appliquer aux objets les plus vulgaires. Il se plaint en même temps de l’absence de forme systématique dans la plupart des sciences positives. Sa verve mordante ne se lasse pas de poursuivreles savants dont l’esprit positif, mais

PRÉFACE

étroit et borné, ne sait s’élever par aucune pensée générale au-dessus des faits et des cas particuliers. Nous recommandons aux hommes spéciaux, comme ils s’intitulent eux-mêmes, de méditer surtout les paroles suivantes :

* Celui qui ne connaît sa spécialité que par son * côté particulier et ne sait pas y reconnaître l’élé- » ment général qui le vivifie, est indigne d’enseigner s et d’être le gardien de la science. » — « Ce n’est » pas par une simple habileté mécanique dans la v science, mais par la faculté d’en pénétrer les détails » avec les idées d’un esprit habitué aux conceptions » générales, que l'on devient, à la fois, un savant dis- \ « tingué et le meilleur maître dans sa spécialité. »

Et que l’on ne croie pas que c’est là réduire chaque science particulière à n’ètre qu’un moyen et un instrument par rapport à la science en général. La science est un organisme. Dans un véritable organisme, le centre est partout comme la vie. Chaque membre est , à la fois , moyen pour le tout et but pour lui-même. Le vrai savant, qui fait de sa spécialité le centre de la science entière , peut , de ce point , voir rayonner la lumière dans toutes les directions et embrasser l’universalité des choses. Celui-là seul, qui l’isole du tout, lui ôte son caractère indépendant , et en fait un moyen, un instrument. A ces idées étroites sont associés des sentiments vulgaires , le manque de véritable intérêt pour la science, subordonnée dès lors à des fins matérielles.

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