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Schelling combat un autre préjugé, celui qui, donnant à l’enseignement pour unique but la transmission de la science, croit inutile que les hommes chargés de l’enseigner soient capables de l’enrichir eux-mêmes de leurs propres découvertes. Sa réponse n’admet pas de réplique. — S’imaginer que l’on puisse distinguer le professeur et le savant, la science et l’enseignement , et les séparer, c’est une erreur grossière, également funeste à l’un et à l’autre. En efTel, 1°pour transmettre la science il faut la comprendre. Un enseignement fait avec intelligence suppose un esprit juste et pénétrant, capable de saisir le sens et la portée des découvertes qu’il expose; et plusieursd’entre elles sont d’une nature telle que leur sens le plus profond ne peut être saisi que par un génie homogène ; 2° les hautes ( sciences ne se transmettent pas. Les apprendre c’est les créer, les construire soi-même. L’esprit parcourt les mêmes voies, guidé par la méthode et les travaux ^ antérieurs ; mais tout ce qu’il comprend il le découvre; ce qu’il n’invente pas il ne le saura jamais. Ainsi fait-on dans les tr athématiqueset dans la philosophie.
Pascal refaisant la géométrie n’est pas une exception ; c'est la règle personnifiée dans le génie. Et ailleurs, dans les sciences physiques , par exemple , partout l’élément rationnel n’cst-il pas mêlé à l’expérience, l’idée au fait? « Donc, celui qui vit dans la science comme » dans un domaine étranger, qui ne la |>ossède pas per- » sonnellemenl , et ne pourrait à chaque moment en- * treprendre de la créer de nouveau, est un mai Ire
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» indigne, qui déjà , en essayant de transmettre les » pensées du passé et du présent, entreprend quelque » chose qu’il ne peut tenir ; • 3° Une transmission intelligente doit être accompagnécd’un jugement. S’il est impossible, sans les idées, de comprendre les découvertes d’autrui, à plus forte raison l’est-il de les apprécier. De là un enseignement purement historique ou descriptif, dépourvu de vie cl d’intérêt , une exposition toute matérielle, des classifications artificielles. Rien de plus dénué d’esprit, rien qui tue l’esprit comme un semblable enseignement ; 4° La vraie destination de renseignement public , ce qui fait la supériorité de l'enseignement oral, c’est sa vertu génétique. Le maître doit, sur chaque point particulier de la science, engendrer la science entière, la faire naître sous les yeux de l’élève. Ce qui suppose non seulement qu’il l’a lui-même apprise, mais la possède dans son esprit le plus intime et le plus vital.
Ces idées , en elles-mêmes , n’ont rien de neuf; mais on ne peut nier que la rigueur philosophique, jointe à l’éclat du style , que nous ne pouvons reproduire, ne donnent à ce morceau une force qui en fait le mérite et l’originalité.
Quant à la destination morale des académies , elle ne doit pas, dit Schelling , être distinguée de leur destination scientifique. C’est ici, surtout , qu’il faut maintenir le principe établi plus haut , l’identité du savoir et de l’action. La société civile, l’Ëlal, ne saurait réaliser cet idéal , parce que la multiplicité des
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fins à poursuivre , des intérêts à concilier , des passions à diriger et à ménager, sont des obstacles qui ne seront jamais complètement surmontés. Il n’en est pas de même des associations dont la science est l’unique objet. Il suffit , pour rendre leur organisation parfaite, défaire ce que prescrit l’idée même de l’association scientifique. Rien n’y doit être estimé que la science. Il ne doit y avoir d’autres distinctions , d'autre ascendant, d’autre iniluence, que ceux du savoir et du talent joints aux qualités morales. Schelling fait, à cette occasion, la censure sévère des abus qui régnaient de son temps dans les universités allemandes. Nous ne douions pas que sa voix éloquente et grave n’ait contribué à la réforme qui , peu à peu, a modifié et finira par détruire les mœursel les usages barbares léguésàcesétablisseinentsparle moyen-âge.
Il esta remarquer qu’à cette époque et plus tard, les philosophes et les écrivains les plus célèbres de l’Allemagne, qui, pour la plupart, ont aussi laissé une trace brillante dans l’enseignement public, semblent s’ètre entendus pour développer dans leurs leçons et leurs écrits celte thèse de la destination des savants et des académies. Avec quelle enthousiasme ils parlent tous de cette haute et noble mission! Ils sentaient que là était l’avenir de leur pays, que de ce foyer naîtrait un jour la liberté politique. D’autres, tels que Schelling , dont l’esprit sympathisait peu d’ailleurs avec les idéesde la démocratie moderne , y voyaient au moins l’application immédiate,
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sur une petite échelle, de leurs théories sur l’Étal et la société. Tous ces plans de réforme aboutissent à un modèle de constitution académique. C’est leur République de Platon ; l’image de la société parfaite ;
« l’aristocratie dans le sens le plus noble » ; l’aristocratie de l’intelligence. « Les meilleurs doivent y dominer. » Schelling, en particulier, ne pouvait manquer de chercher l’équation du fait et du droit, de l'idéal et du réel , dans cette région , selon lui , étrangère aux intérêts et aux passions qui troublent le monde social et l’empêcheront toujours d’atteindre à l’exaclitudeet à la pureté de sa formule. — Comme lui , faisons des vœux pour que cette politique soit aussi en vigueur dans nos établissements scientifiques, qu’elle les rende florissants, leur donne autant de dignité qu’il est possible au-dedans, et de considération au-dehors.
Mais, s’il faut le dire, nous sommes loin de partager ces illusions. Une société parfaite de savants nous paraît un rêve aussi difficile à réaliser que la République de Platon. Une pareille association n’estelle pas toujours une réunion d’hommes , et la nature humaine n’est-elle pas partout la même? Outre les passions qui tiennent à l’humanité, les savants n’ontils pas les leurs propres? De plus, ne sont-ils pas de leur temps? Que sera-ce donc quand les vices et les • * abus d’une société caractérisée par i’aüaiblisscment des croyances et le relâchement des mœurs, viendront à franchir le seuil des académies et à pénétrer jusque dans le sanctuaire de la science? Schelling
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