‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 25 sur 89 · XC1V PRÉFACE · texte numérisé non relu

XC1V PRÉFACE

diction. — La logique spéculative part du principe opposé : elle pose l’égalité et l’identité des contraires dans l’unité absolue. La logique d’Aristote et celle de Kant, dont l'instrument est le syllogisme, confondent deux facultés essentiellement distinctes, l’ entendement , le raisonnement , avec la raison , qui seule conçoit l’absolu , l’inconditionnel.

On pense bien que la méthode psychologique ne trouve pas grâce devant la philosophie spéculative et l’auteur du système de l’identité. C’est sur elle que tombent ses critiques les plus acerbes et les plus hautaines. 11 lui reproche d’abord de partir d’une fausse hypothèse: la distinction de l’ame et du corps. Cette distinction , dit-il, n’existe qu’au point de vue phénoménal et empirique: au point de vue spéculatif ou de l’idée, elle s’évanouit. Entre l’âme et le corps non seulement il y a réciprocité d’action , union , intime harmonie, mais ils se correspondent comme le fond et la forme, l’idéal et le réel. Identiques dans leur essence, ce sont lesdeux modes du même principe, qui se dédouble et se différencie dans son développement. Et ceci n’est pas propre à l’existence humaine, mais se retrouve dans toutes les existences et à tous les degrés de l’échelle des êtres. Partout l’opposition et la fusion des deux termes, de la matière et de la force , de la vie et de l’organisme, de l’amc tt du corps, distincts et identiques, inséparables comme l’essence et la forme , différents en apparence et dans leur existence réelle, mais retrouvant leur

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identité dans le principe qui est leur racine commune. Donc, toute méthode qui les isole et les étudie séparément est fausse et ne peut conduire qu’à de vaincs abstractions sans Vie ni réalité. Tel est le sens de la première assertion dirigée par Schelling contre la méthode psychologique. Il nous suffît d’avoir placé le lecteur au point de vue de l’auteur , de l’avoir mis à même de comprendre cette objection qu’il regarde comme capitale.

Un second reproche que Schelling adresse à la psychologie est sa tendance à tout ramener à des faits empiriques , à négliger pour eux les principes et les idées où à les confondre avec les faits de conscience, en un mot, à supprimer la métaphysique. Il l’accuse, en même temps, de se perdre dans l’analyse minutieuse des faits secondaires, démettre toutes les facultés humaines au même niveau et de méconnaître leur hiérarchie. Il s’élève contre la prétention impuissante de tout expliquer par ces faits et de rendre compte , par de telles causes, des grands événements de l’histoire et des créations du génie de l’homme dans les arts et dans les sciences. Nous sommes loin de partager ces préventions et ces dédains pour la méthode ici inculpée; niais on ne peut nier que jusqu’ici elle n’y ait, en partie , donné prise.

Les tendances que l'on signale ici et qui sont réelles, sont-elles seulement des écarts auxquels elle est exposée? Tiennent-elles à sa nature et à son essence même ? Faut-il les lui imputer , ou s’en prendre à l’es-

prit étroit et timide de la plupart des hommes qui l’ont mal comprise et incomplètement pratiquée ? Est-il dans sa destinée d’accomplir son œuvre lentement et obscurément , d’amasser simplement des matériaux et de préparer la voie au génie? Faut-il attendre, en effet, que le génie, sans lequel les méthodes restent impuissantes et stériles , vienne la féconder et révéler tout-à-coup sa puissance et sa portée? Ce sont là autant de questions que chacun se pose aujourd’hui et que nous n’avons pas à examiner. Nous ferons observer néanmoins que, pour répondre au défi qui lui a été porté dès l’origine par ses adversaires , il est temps qu’elle abandonne ses allures trop timides et trop circonspectes, et que, sans renoncer à sa prudence et à la sévérité de ses procédés, elle aborde enfin les grands problèmes philosophiques. Il n’y a qu’un moyen de fermer la bouche à ces détracteurs , qu’une réponse victorieuse, c’est la création d’un système, où tous ces problèmes trouvent leur solution et leur explication.

Après cette critique des différentes manières d’étudier la philosophie dans les Universités, Schelling cherche une confirmation de sa propre méthode dans l’histoire de la philosophie moderne, dont il trace l’esquisse à grands traits. Il pose d’abord la formule du développement historique en général : Dans l’antiquité, le principe éternel des choses, l’infini revêt la forme du fini; il prend pour mode de manifestation la nature. Dans toute les productions du monde ancien ,

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dans la mythologie , l’art et la science, ce qui domine, c’est le côté naturel. L’infini apparaît sous la forme du fini, dans une unité non encore développée. (Voy. 8' et 9' leçon.) Dans le monde moderne, les deux termes se séparent d’abord. A l’origine éclate leur scission. L’infini s’oppose au fini et le fini à l’infini. Ainsi, le monde moderne est d’abord le monde de l’opposition, de la dualité. Mais cette lutte, nécessaire pour la manifestation de l’infini, selon sa vraie nature, n’est que passagère, c’est une transition pour arrivera une plus haute et plus profonde harmonie. A la dualité doit succéder une unité supérieure , non plus celle de la nature, inconsciente et fatale, mais une unité consciente et réfléchie, qui révéle l’essence des deux termes développés et conciliés. — Telle est la formule avec laquelle Schelling juge les systèmes de la philosophie moderne. Ainsi , déjà dans Descartes , le dualisme se pose nettement par la distinction des deux substances : la matière et l’esprit, l’étendue et la pensée, qui n’ont entre elles aucun lien, aucune communication. Toute la philosophie du xvm* siècle entre dans celte voie, Spinosa seul excepté, génie incompris et méconnu de ses contemporains, qui a devancé son siècle. En vain Leibnitz cherche-t-il à rétablir l’harmonie. Il proclame l’unité et le développement à tous les degrés de l’existence; mais il reste dans le point de vue inférieur de la réflexion et du raisonnement, au lieu de s’élever au point de vue spéculatif. D’ailleurs, par l’hypothèse de l’harmonie préétablie,

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il retombe dans le dogmatisme. — Avec le sensualisme du xvm' siècle se développe le terme opposé sous sa forme exclusive. La pbitosopbie perd le sens de l’infini; le fini avec l’empirisme règne et triomphe partout; l’idée de l’infini s’est retirée de toutes les formes de la civilisation. Exilée du monde, elle se réfugie au fond de l’ame humaine. Alors le théâtre de la lutte change, le drame recommence sur une autre scène. L’antagonisme des deux principes se déclare au for intérieur de la conscience. Kant apparaît, et avec lui la philosophie subjective. Ici se reproduit, d’une façon plus claire et plus profonde, leur antinomie , sous les noms de sujet et d 'objet, dans la sphère de la raison elle-même et de ses, catégories. (’.e combat finit par le triomphe du subjectif ot la négation de l’objectif. Fichtc consomme cet anéantissement. Il fait cesser ainsi le dualisme, qui cependant reparaît encore par la distinction de la spéculation et de l’action. Exclu de la spéculation par le scepticisme théorique, l'absolu reste enfermé et emprisonné dans le sanctuaire de la vie morale. Tel est le caractère de de ce stoïcisme nouveau qui donne à l ame et à la volonté une valeur surhumaine et infinie. — Restait donc à rendre aux doux termes leur existence libre, à les harmoniser de nouveau en les faisant rentrer dans uneunité supérieure, et à retrouver ainsi le véritable absolu. C’est là, selon Scheliing, la tâche que la philosophie doit remplir et qui ouvre devant elle une carrière nouvelle. C’est ainsi qu’il qualifie le

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