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mouvement philosophique dont il s’est fait le promo- v>, « , u> leur. Faire partout cesser le dualisme, rétablir l’har* monic, l’identité dans toutes les sphères de la pensée et de la réalité, dans la nature, l’histoire, la religion et l’art, fonder ainsi le règne définitif de l’absolu , tel est le problème général qu’il pose à la philosophie moderne dans la seconde phase de son développement, et dont le système de l’identité absolue offre la première solution.
Septième leçon. Schelling excelle à saisir le côté faible ou ridicule d’une opinion et à lancer le sarcasme.
Aussi ne laisse t-il échapper aucune occasion d’attaquer sous cette forme les préjugés qui ont leur racinedans les tendances de l’époque ou dans des systèmes différents du sien. Or, si le principe même de sa philosophie lui fait un devoir de lever partout la contradiction qui parait résider au fond des existences, il ne doit pas décliner la lâche, beaucoup plus facile, de faire voir combien sont vaines les oppositions extérieures qu’une manière de voir superficielle établit sou ven t en tre des choses nécessairemen t harmoniques quoiqu’indépendantes: telles que la science et la morale, la religion et h philosophie, la philosophie et la poésie.
L’opposition de la science et de l’action a déjà été appréciée dans la première leçon. Ici, les critiques portent spécialement contre la philosophie Kantienne qui a contribué à propager cette fausse opinion par sa célèbre distinction de la raison théorique et de la
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raison pratique. Scheiling rétablit, en peu de mol», la vérité au point de vue de son système, c’est-à-dire l'unité et l'identité du savoir et de l’action, comme découlant du mémo principe et devant y remonter. La sagesse n’est autrechoseque l’effort pour ressembler à Dieu. Par là s'établit l’union intime de la morale et de la science, non par un lien de subordination, mais sur le piedde l'égalité, comme constituant deux mondes distincts, mais rattachés l’un à l’autre parle principe qui leur sert debasc commune. Ainsi, la morale n’est pas moins une science spéculative que la philosophie théorique ; chaque devoir correspond à une idée; de même que chaque espèce, dans la nature, a son archétype auquel elle tend à ressembler. Et ce n’est pas seulement la morale privée qui est une science théorique, mais aussi la morale sociale. L’organisation morale de la société repose également sur des idées spéculatives. Là où ces idées manquent, ou ne sont point fortement empreintes dans les cœurs et gravées dans les esprits, il n’y a pas de vie publique; comme un gouvernement ferme et sage est impossible si elles ne sont pas présentes à la pensée de l’homme d’état et du législateur. I^a ruine des idées entraîne celle des mœurs ou produit leur énervement. La peur de la spéculation a pour suite la mollesse dans l’action, comme elle rend la science superficielle. En un mot, l’étude d’une philosophie sévèrement théorique familiarise avec les idées, et les idées donnent seules à l’action de l’énergie et un sens moral. — Tout cela
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dans sa généralité, nous parait aussi vrai que fortement pensé. Mais nous maintenons ce qui a été dit plus haut.
Le scepticisme religieux, qui était la conséquence du rationalisme kantien , devait contribuer à fortifier cet autre préjugé : que la philosophie, c’est-à-dire la réflexion, ramenant l'hommesur lui-même, lui aj>prend à connaître sa pensée, sa nature subjective, mais ne peut le faire sortir de lui-même , le conduire à rien d’absolu , par conséquent à Dieu. Ou l’homme ne peut retrouver Dieu exclu de sa conscience , qu’en substituant à la réflexion le sentiment. Il y a donc, entre la religion et la philosophie, la même opposition qu’entre le sentiment et la réflexion. Tel est , comme on sait, le fond de la doctrine de Jacobi. La réponse est facile. La raison n’est point contenue tout entière dans la réflexion , pas plus que dans le raison, nement. L’acte primitif de la raison est intuitif. La raison , cette faculté supérieure , saisit l’absolu par une opération immédiate de la pensée, par l’intuition intellectuelle. C’est dégrader la raison que de l’abaisser au niveau du sentiment. En vain dira-t-on que cette opération de la pensée est encore réfléchie, le sujet se distinguant toujours de l’objet dans la conscience qu’il a de lui-même cl de sa propre pensée. — C’est l’attribut delà pensée de se savoir. Vouloir le lui êler c’est détruire l’intelligence humaine et lui ravir sa prérogative ; c’est prêcher la supériorité de l’instinct sur la raison , élever la brute au-dessus de
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l'homme. Ce sentimentalisme religieux qui bannit l’idée de Dieu de la raison , cache au fond l'athéisme. A la tête d’un de ses écrits, en réponse à une accusation d’athéisme portée contre sa doctrine par Jacobi, Schclling place comme épigraphe cette phrase de Spinosa , * Prohdolor! res eô jam pervenilut qui aperle falenlur se Dei ideam non hnbere et Deum nullo modo cognoscere , non erubescanl philosophos alheismi aecusare. Ici, il fait remarquer que ce mépris de la science et de ses formes sévères pourrait bien servir aussi de prétexte à l'impuissance et à la paresse qui se réfugient dans la religion pour échapper aux hautes exigences de la raison. Il maintient, toutefois, la distinction de la pensée religieuse et de la pensée philosophique. Il ne veut pas que l’une cherche à supplanter l’autre ; ce qui , dit-il , ne peut se faire sans un égal danger pour toutes deux. On regretleque ces points ne soient pas développés et n’aient provoqué ici que de brèves atlirmations. — D’autres, enfin, établissent une opposition entre la philosophie et la poésie. Schclling n’épargne pas plus ce sentimentalisme poétique. Il semoquedu dilettantisme des artistes et des poètes qui , dédaignant les hautes méditations de la philosophie , croient pouvoir aborder l’art et ses idées éternelles après avoir vaguement contemplé la
nature, ou étudié le monde dans les salons ; sans
'compter ceux qui , sans aucune expérience de la vie, inondent la littérature de leurs pitoyables vers. — Il se résume en disant qu’au point de vue le piusélc-
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vé de la science , tout s’accorde, tout se confond , la nature et Dieu , la science et l’art, la religion et la f: poésie. L’ignorance, l'empirisme et le savoir superficiels, des amateurs peuvent seuls chercher à maintenir leur opposition.
Ici se terminent les considérations relatives à la philosophie. Dans les leçons suivantes, Schelling doit passer en revue les autres branches de l’enseignement des Universités. Il trouve une division toute faitcdans les Facultés dont elles se composent; mais cette division , pour ne pas être arbitraire , doit reposer sur une base philosophique. Il la déduit de son propre système, dont il trace auparavant brièvement l’esquisse. La science absolue est une, et cette unité se reproduit dans la philosophie , son image. Mais, en se réalisant et se développant , la science se divise; elle donne lieu alors aux sciences particulières. Celles-ci , quoique distinctes, forment un touL organisé, expression extérieure de l’organisme intérieur de la science absolue elle-même. Or, ce type le voici. Au sommet ou au centre est l’absolu, base sur laquelle s’appuient les deux termes de toute existence et de 1 toute pensée , l’idéal et le réel. Au sein de l’-élreabsolu, ces deux termes sont eux-mêmes identiques ; mais, ^ ^ en se développant, ils se dédoublent et se différencient .sans perdre leur identité. L’un, le réel, apparaît > comme le développement de l’unité dans la pluralité, de l’infini dans le fini : c’est la nature. L’autre, l’idéal, se manifeste comme le retour de la variété à l’unité,
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du fini à l’infini ; c’esl le règne de Vespril , le inonde moral ou de Vhistoire. La science offrira donc trois divisions correspondantes : son organisme se compose de trois sciences distinctes et réunies par un lien intérieur. La première est la science de l'être absolu ou de Dieu , la théologie. La seconde, qui répond au côté réel de l’existence , est la science de la nature, dont le butet le point le plus élevé est la connaissance du corps humain , la médecine. La troisième, qui représente le côté idéal , est la science de la société civile , dont la base est l'idée du droit; c’est la jurisprudence.
Or, ces trois sciences obtiennent une existence positive et publique par l’État et dans l’État, où elles deviennent, sous le nom de Facultés , des puissances ayant chacune son organisation propre et sa mission particulière. Quant à leur ordre hiérarchique, la théologie, comme science de l’étre absolu, occupe le premier rang. L’idéal étant une puissance plus liante que le réel, le monde social plus élevé que le monde physique, la Faculté de droit doit passer avant celle de médecine. Pour ce qui est de la philosophie, par cela même qu’elle est tout, ou mêlée à tout, elle ne peut être quelque chose de particulier et n’a point de place distincte. Si elle doit se rattacher à une faculté spéciale , ce doit être celle des arts libéraux. Les autres sciences préparent à un service public; la philosophie, comme l’art, est libre de tout but cl de tout intérêt positif; elle ne prépare à rien de déterminé, mais elle développe l’esprit et le rend plus apte à
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loul comprendre. Schelling prétend que partout où la philosophie a été envisagée autrement , elle a joué un rôle ridicule, et, au lieu delà considération dont elle doit jouir, n’a été qu’un objet de plaisanterie générale.
Huitième leçon. Les deux leçons sur la construction historique du Christianisme et sur l’Etude de la Théologie ne peuvent manquer d’exciter vivement l’attention, bien qu’elles ne contiennent que des vues générales sur la religion et le Christianisme. Elles servent comme d’introduction au système religieux que Schelling a développé dans d’autres écrits et dont le cours qu’il professe actuellement à Berlin doit présenter une face nouvelle.
L’idée fondamentale est celle-ci : le Christianisme, c’est l’histoire du monde ; donc, pour le comprendre, il faut se donner le spectacle de l'histoire tout entière et ne pas s’arrêter à un point particulier du temps , à une époque déterminée. D’où il s£t encore que le point de vue historique est essentiel à la théologie; l’histoire est la clé de la théologie, ou , pour mieux dire , la vraie théologie n’est autre que l’histoire envisagée de son point de vue universel : c’est la plus haute synthèse de la religion et de l’histoire. D’un autre côté, comme ce que la religion développe, sous une forme qui lui est propre, est aussi le fond delà philosophie, les {joints de vue religieux historique et philosophique sont inséparables
CVI PHÉFACE
Le Christianisme est essentiellement historique; en effet, 1° la religion est traditionnelle; son origine est un enseignement divin dont nous sommes redevables à des natures supérieures. Schelling ne s’explique pas sur le mode de cette révélation primitive; 2“ nous ne pouvons connaître les formes diverses qu’a revêtues le Christianisme que par l’histoire; 3° enfin, le caractère fondamental du Christianisme, c’est que le inonde y est considéré comme un empire moral et, par conséquent , comme objet de l’histoire. Cette idée est développée dans un parallèle que Schelling établit entre le Polythéisme et le Christianisme. Selon lui , , . j la religion n’a revêtu que deux formes réellement
distinctes : le Polythéisme qui représente la manifestation du principe divin dans le monde physique , l’infini identifié avec le fini, et le Monothéisme chrétien, où l’infini n’est qu’exprimé par le fini , s’en distingue et le ramène a lui. Les divinités païennes sont des divinités de la nature; elles recèlent bien l'infini, mais absorbé^tns le fini , figures fixes , invariables comme les lois du monde physique. Le Christianisme , au contraire, manifeste l’infini en soi, dégagé du fini, apparaissant sous sa véritable forme. Aussi la nature, le inonde des existences fixes, invariables et finies, ne peut le contenir ni l’exprimer. Les symboles ici ne sauraient être tirés que de ce qui est indéfini , soumis au changement, de ce qui tombe sous la loi du temps, c’est-à-dire du monde moral ou de l’histoire, (ie ne sont pas même de véritables symboles. Dans IcPolv-
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théisme , le principe divin reste caché , enveloppé dans la nature; exotérique par la forme, il est ésotérique par l’idée. Dans le Christianisme, le voile tombe, le divin rejette toute enveloppe. L’histoire est la révélation des mystères du royaume de Dieu.
Scheliing reproduit, en la modifiant, sa division, développée ailleurs, de l’histoire en trois époques, où dominent successivement la nature, le destin, la providence, idées qui, malgré leur diversité > cachent une identité. Il lesexplique, comme ce qui précède, àl’aide des termes sur lesquels roule son système: le réel et l’idéal, le fini et l’infini, la nécessité et la liberté. L’époque de la nature est celle où régne la nécessité éternelle, où les deux termes de l’infini et du fini, non encore distincts, reposent au sein du fini; c’est l’époque la plus florissante de la religion et de la poésie grecques. — L’époque du destin marque la décadence et la fin du monde ancien. Ici , les deux
termes , la fatalité et la liberté , se séparent et s’opposent ; l’homme se détache de la qature ; le j monde nouveau commence par une sorte de péché ! originel. A cette opposition des deux termes, doitsuccéder leur réconciliation , leur harmonie ; l’unité doit
être rétablie à un degré supérieur. Cette réconciliation est exprimée dans l’idée de la providence; le Christianisme inaugure ainsi dans l’histoire l’idée de la providence. Telle est la grande direction historique du Christianisme et le principe pour lequel la science de la religion est inséparable de l'histoire.