CX VI
PRÉFACE
présenter comme leçon ou démonstration , comme but déterminé du récit.
En outre , l’histoire doit reproduire l’identité de la nécessité et de la liberté; concilier, harmoniser ces deux termes contraires , problème qu’il n’appartient qu’à l’art de résoudre complètement.
L’histoire doit produire l'effet du drame et de l’épopée, c’est-à-dire une impression semblable à celle du destin qui plane sur la tragédie antique. Ainsi ont fait Hérodote et Thucydide, ces grand artistes qui resteront toujours les vrais modèles du genre historique pur.
Suivent des conseils sur la manière d’étudier l’histoire. Éviter les histoires universelles , ces pâles esquisses, ces compilations arides, où les faits et les dates , entassés sans art , étouffent la vie et l’esprit de l’histoire; remonter aux sources, se complaire dans la naïveté et la simplicité des anciennes chroniques , étudier surtout les grands maîtres de l’antiquité. Faire comme eux , se mêler au mouvement politique; une vie riche d’expérience et passée dans les affaires publiques est la meilleure préparation à l’histoire. — On ne peut nier que ce morceau ne renferme une appréciation exacte du vrai caractère de l’histoire. Les défauts de la plupart de nos historiens y sont relevés avec verve et avec esprit.
Ce qui concerne l'étude du droit est , à notre avis , beaucoup moins satisfaisant. Le laconisme de l’expression ne peut faire prendre le change sur ce qu’il y a de vague et de chimérique dans celle partie du sys-
DU TRADUCTEUR
tème , que , du reste , Schclling n’a jamais développée. Tout se réduit à la répétition de quelques formules où l’on reconnaît l’application du principe de l’identité, telles que l’accord et la fusion de la liberté et de la nécessité, de la vie privée et de la vie publique. Dans le passage sur la constitution de droit ( p. 341 ) , on entrevoit à peine comment l’auteur comprend cet accord, môme d’une manière abstraite, dans la société civile et dans l’Etat. Le problème de l’organisation sociale n’est pas abordé. Quant à cet aréopage d’Etats se garantissant mutuellement leur constitution particulière, l’idée n’est pas neuve. Ceci rappelle le congrès européen de l’abbé de Saint-Pierre. Dans cette leçon , nous ne trouvons d’ailleurs que des indications très générales sur les conditions de la science politique. Telles sont les propositions suivantes : Il existe une science de l’Etat comme une science de la nature ; elle repose également sur des idées éternelles; c’est une science à priori. Elle renferme, il est vrai, un côté historique; mais il ne peut y entrer d’historique que ce qui sert à exprimer les idées. Les formes transitoires de la législation, qui appartiennent au mécanisme extérieur de l’État, doivent être écartées. Or, comme c’est presque tout le fond de la science actuelle du droit, le seul conseil à donner est, en effet, de l’enseigner et de l’apprendre d’une manière empirique , comme il est nécessaire pour l’usage qu'on en fait devant les tribunaux , et de ne pas profaner la philosophie en la mêlant à des choses qui n’ont aucun