‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 28 sur 89 · CX III · texte numérisé non relu

CX III

torité une autre autorité, celle de la lettre morte. Dans sa tendance négative et anti-universelle, il est condamné à se diviser en sectes.

Poursuivant cette censure entremêlée de sarcasmes , il reproche à la théologie protestante d’avoir fini, à l’exemple du Kantisme, par écarter de la Bible le sens spéculatif des dogmes pour y substituer le sens moral, ou de se renfermer dans l’interprétation littérale , de faire ainsi descendre la théologie à la linguistique et à la philologie; de n’êlre pas restée étrangère aux tentatives qui ont été faites pour expliquer, à l’aide des phénomènes psychologiques analogues à ceux de magnétisme animal , le merveilleux dans l’histoire de la religion , et restreindre le nombre des miracles; enfin de réduire l’enseignement religieux et la prédication au développement de quelques maximes banales de morale vulgaire ou d’utilité matérielle. Il termine en annonçant une nouvelle transformation du Christianisme.

Dixième leçon. Sur l'étude de l'histoire et de la jurisprudence. L’histoire n’existe ni avec une régularité ni avec une liberté absolue. Une série d’événements sans lois ne mérite pas pltjs le nom d’histoire qu’une série absolument réglée par des lois. La liberté et la soumission à des lois, tel est le caractère de l’histoire, dont la notion implique aussi celle d’une progressivité infinie. Enfin, son côté essentiel est le côté politique. Le monde parfait de l’histoire serait un Etat parfait ,

PRÉFACE

c’est-à-dire une organisation sociale où se manifesterait l’harmonie de la nécessité et de la liberté. L’histoire montre comment la société marche vers ce but idéal; son seul et véritable objet est l’enfantement successif de celte constitution cosmopolite. Telle est la manière dont Schelling définit ailleurs l'hisLoire. ( Voy. l’extrait , p. 346. ) Il se contente ici d’examiner les différentes manières de l’envisager.

La première est le point de vue religieux ou philosophique; il doit être abandonné à la religion et à la philosophie. Bossuet, Vieo etHerder ne sont pas, £ proprement parler, des historiens. Vient ensuite le point de vue empirique ; il offre deux côtés: ou l’historien se borne à recueillir et à exposer les faits, méthode, en effet, purement empirique; ou il les coordonned’après un but spécial, politique, moral, civil, militaire, etc.; c’est le genre pragmatique, celui de Tacite et dePolype. On le regarde comme le plus élevé , mais à tort. Il engendre facilement les abus et les défauts que l’on reconnaît dans la plupart de ceux qui se mêlent d’écrire aujourd’hui l’histoire : l’absence d’idées, la manie des réflexions morales, le ton oratoire, les grands mots et les phrases vides de sens sur les progrès de l’humgnilé et de la civilisation. Presque toujours l’hisloire y est confisquée au profit d'une idée exclusive, asservie au x vues les plus étroites et aux intérêts de secte ou de parti. Indépendamment de cos tendances, son défaut originel est d’exclure le caractère d’universalité. Si l’histoire avait un but

DU TRADUCTEUR

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spécial, ce serait celui de retracer la réalisation progressive du droit cosmopolite. Kant lui-méme , qui a conçu le plan de l’histoire au point de vue d’un citoyen du monde, considère encore l'enchaînement logique des événements, sans les rattacher à des lois absolues. L’histoire doit marcher librement, dégagée de toute préoccupation et de toute fin particulière , reproduire le développement harmonique et simultané de la pensée divine sous toutes ses faces. Le vrai point de vue de l’histoire , qui seul conserve ce caractère absolu, c’est celui de l’art. L’histoire offre une affinité intime avec l’art. Il existe un art historique.

L’histoire présente, dans la succession des événements , les idées par lesquelles se manifeste la pensée divine ; elle est le miroir de l’esprit universel. Mais ces idées ne s’offrent pas sous une forme abstraite comme dans la philosophie; elles sont identifiées avec les événements, les personnages et leurs actions ; c’est la synthèse de l’idéal et du réel. Or, cette fusion intime du réel et de l’idéal , elle s’opère surtout dans l’art qui représente les idées sous des formes réelles et vivantes. L’histoire est une épopée conçue dans l’esprit de Dieu; c’est un drame merveilleux. Donc, pour le représenter, il faut être soi-même un artiste : savoir, tout en restant fidèle à la réalité , disposer et grouper les événements, les présenter sous une forme dramatique qui mette en relief l’élément significatif, fasse ressortir l’idée , sans toutefois l’abstraire ni la

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