CX IX
cl à la justice? Celle question ne paraît pas beaucoup préoccuper l’auteur du système de l’identité. Du reste , ici comme ailleurs , il témoigne peu de sympathie pour les principes qui servent de base aux institutions modernes; il ne voit dans ces institutions qu'un monstrueux amalgame d’esclavage et de liberté, et, au sein des États, une lutte permanente entre les citoyens et le pouvoir équivoque des gouvernants.
11 recommande à celui qui veut comprendre la science positive du droit et de l’État, de se créer par la philosophie et l’histoire l’image vivante de la société à venir. Si le précepte est bon , une esquisse même imparfaite de celle société eût mieux valu encore. Quant à la méthode qui consiste à construire l’Etat sur le modèle des idées, à l’exemple de Platon , sans vouloir trop la juger par ses fruits, ni partager le dédain des publicistes et la traiter légèrement , nous ferons remarquer qne cette méthode a priori a , tout au plus, donné dans la République de Platon la formule de la cité grecque , C’est-à-dire du passé f et non de l’avenir.
Schelling termine par un examen rapide des différentes manières dont a été traitée la science du droit naturel. Il signale les vices de la méthode analytique , comme l’abus des formules et des divisions à l’aide desquelles on a cherché à donner à la jurisprudence un caractère plus systématique. La réforme tentée par Kant ne lui parait avoir eu pour résultat que d’augmenter sans profit pour la science
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cet appareil prétentieux de termes philosophiques, et la facilité pour chacun de se créer un système à soi. 11 reconnaît le service que Fichte a rendu à cette science en essayant de la constituer sur une base indépendante. Mais cette œuvre capitaio renferme un défaut essentiel, elle n’offre que le côté négatif. La société, ainsi organisée d’après l’idée du droit, et n'ayant pour but que le maintien des droits entre les citoyens, se réduit à un mécanisme extérieur. Le droit empêche tout au plus que les citoyens ne se nuisent réciproquement. C’est la condition de l’ordre, non le but positif de la société, qui est le libre développement des facultés humaines et des forces sociales. L’Etat ne doit pas être considéré comme le moyen d’atteindre ce but , mais comme la société ellemême le réalisant incessamment. C’est un organisme vivant qui doit se développer régulièrement et librement. — La critique est juste; mais si le problèraecst mieux posé il reste à le résoudre.
Onzième leçon. On sait que la première application des idées de Scheliing fut une philosophie de la nature. C’est sous ce nom que son système est encore généralement connu des savants. Les trois leçons suivantes, où il expose ses vues sur la science de la nature en général et ses principales divisions, doivent donc offrir un intérêt particulier. Voyons d’abord comment il conçoit la nature en général.
La nature, l'univers, est une manifestation de Dieu,
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de l’étre absolu, dont la loi est de se développer éternellement. Entre Dieu et le monde sont les idées qui jouent le rôle de médiatrices. Elles existent d’abord dans Dieu , dans l’acte éternel de la connaissance divine; elles y sont d’une manière idéale, comme les miroirs dans lesquels il se contemple luimôme. Quoique participant de son essence , elles sont à la fois universelles et particulières. Comme lui vivantes, elles sont aussi créatrices; elles revêtent leur essence de formes particulières et la manifestent par les choses individuelles. Par là, elles deviennent comme les âmes des choses. Celles-ci étant finies , celles-là infinies, l’infini, de cette façon, s’unit au fini par une étroite identité; l’idée s’introduisant dans le corps, le pénètre tout entier; celui-ci la renferme, l’exprime, et lui prête sa forme. Par là aussi le réel rentre dans l’idéal , le fini dans l’infini. Les idées agissent d’une manière éternelle au sein de la nature; celle-ci ayant reçu les divines semences des idées est infiniment féconde. Les idées répandent partout dans le monde la régularité , l’ordre et la vio. — D.ans ce début, qui rappelle le néoplatonisme alexandrin, quelques expressions seulement appartiennent en propre au panthéisme de Schelling. Nous comprendrons mieux dans ce qui suit , c’est-à-dire dans la partie critique, l’idée fondamentale de cette philosophie de la nature, son esprit et sa méthode.
Schelling appelle philosophique ou spéculatif son propre point de vue et empirique le point de vue op-
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posé, celui (les sens et de l’expérience , ou de l’opinion commune ; ce dernier est représenté surtout par Descartes dans la physique moderne , dans la philosophie ancienne , par Épicure ou Démocrilc.
Le6 sens et l’expérience , ou le raisonnement , qui s'appuie sur leurs données, nous montrent les corps, comme ayant une existence propre et indépendante , comme séparés entre eux et de leur principe , comme privés dévie et de signification. Ils ne nous offrent que dc6 qualités matérielles que l’analyse distingue etqu’clle isole. Aux yeux donc dessens, le fini apparaît séparé de l’infini ; la matière étendue, inerte est complètement privée des propriétés de l’intelligence et de la vie. Entre l'esprit et la matière, le monde des corps et celui delà peuséc, il n’y a rien de commun; la nature totalement dépourvue de sens et d’idées n’est qu’une lettre morte. Tout au plus , peul-on la connaître dans ses détails et ses parties, ou former de ces parties un ensemble par une synthèse extérieure et factice. La science se divise et se fractionne ainsi à l’infini; elle devient atomistisque comme son objet. Par là toute idée d'organisme disparait, ou fait place à celle d’un simple cnohainemenl mécanique de causes et d’effets. Au lieu de faire dériver tous les phénomènes d’un seul principe absolu , d'où rayonnent des forces , de6 puissances , à des degrés différents, ou rattache les diverses classes de faits à des causes différentes qui sont censées les produire, causes, du rosie, lout-à fait inconnues cl hypothétiques
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comme 011 en convient , et qui changent à mesure que l’expérience fait des progrès.
Quelquefois, il est vrai , on suppose entre les êtres une harmonie préétablie (Leibnitz), et l’on admet qu’aucune existence n’en modifie une autre , si ce n’est pas l’intermédiaire de la substance universelle. Mais le comment de eclte médiation reste inconnu. D’autres ont recours à un mouvement mécanique imprimé à distance (Newton et ses successeurs). Ou bien encore, pour expliquer l’action de l’esprit sur la matière , on a imaginé des substances mixtes, qui, possèdent, à la fois, les propriétés de l’un et de l’autre (esprits animaux, médiateur plastique), ou des fluides, une matière impondérable et incoercible. Sans parler des contradictions que renferment ces hypothèses , c’est reculer la difficulté sans sortir du point de vue mécanique. L’action vient toujours du dehors; le mouvement procède de l’inertie, la vie de la mort.
Enfin la méthode empirique part de l’observation des objets isolés eide leur propriétés, puis elle cherche à les réunir et à recomposer le tout. C’est comme si l’on voulait composer des mots sans Je# idées qu’ils doivent exprimer, former un poème avec les lettres de l’alphabet. Si l’on appelle à son aide les mathématiques , celles-ci ne donnent toujours que des formes , des quantités , non des idées ; elles servent à calculer les mouvements, sans en expliquer la raison ; elles sont incapables de pénétrer l’essence de la nature et de ses forces ; elles sc réduisent alors à OA
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PRÉFACE
pur formalisme qui laisse subsister le point de vue mécanique. On parle de théorie , mais si la théorie a son principe dans l’expérience , elle se confond avec elle et ne peut la dépasser. Les principes qu’elle prétend tirer des faits ne sont que ces faits généralisés. La théorie ainsi entendue est légitime lorsque, n’ayant pas la prétention d’expliquer, et s’abstenant d’imaginer des causes, elle se borne à recueillir et à généraliser les faits, à les exposer et les décrire, en un mot , à faire l’histoire de la nature ( voyez l’extrait p. 3G5). Elle peut ainsi, tout au plus, aller de la périphérie au centre , non du centre à la périphérie. Pour cela, il faut être en possesion d’une idée, d’un principe, et la science absolue seule peut le fournir.
Telles sont les objections que Schclling adresse à la méthode empirique et au dualisme qui, selon lui , en est la conséquence, dans tous les systèmes anciens et modernes qui l’ont appliquée à l'étude de la nature.
Après cette critique, il expose, en peu de mots , sa propre méthode et les idées fondamentales de sa philosophie de la nature.
Le principe d’où sortent tous les êtres et d’où découlent leurs manifestations vivantes est l’être absolu au sein duquel tous les êtres s’unissent, se confondent et trouvent leur unité. Immobile en soi, il n’est déterminé à l’action et au mouvement que par la loi en vertu de laquelle il se développe et se manifeste éternellement à lui-même. Ainsi, le principe de
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