‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 32 sur 89 · CX TV · texte numérisé non relu

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toute activité dans la nature est un , c’est l'étre absolu, affranchi de toute relation. Les puissances, ou forces de la nature, qui émanent de lui, identiques dans leur essence, ne se distinguent entre elles que par la forme et le degré. Ce qui fait l’unité dans la nature , ce n’est donc pas la dépendance réciproque des existences ni l’enchaînement des causes et des effets , c’est que tous les êtres dépendent et dérivent du même principe. Il suit dè là que la science de la nature doit s’élever au-dessus des phénomènes particuliers, jusqu’à l’idée du principe unique d’où ils émanent comme de leur source commune.

Ce que la philosophie se propose, avant tout, c’est de comprendre la manière dont toutes choses naissent de Dieu ou de l’absolu. Or, voici, ajoute le philosophe, comment s’explique cette origine: L’être absolu ne serait jamais connu et il resterait éternellement enveloppé en lui-même si , comme sujet, il ne se posait en face de lui-même comme objet. Dans cet acte , par lequel son intelligence et son activité se développent , c’est sa pensée qui se réalise au dehors et se donne en spectacle à elle-même. Ici l’identité des deux termes, du sujet et de l’objet, de l’idéal et du réel, de l’essence et de la forme est évidente. Ce développement parfait, où se réalise l’identité des deux termes de la pensée divine, produit en Dieu les idées qui existent, à la fois, en elles-mêmes et dans Dieu. La philosophie peut d’abord se contenter d’envisager ainsi les idées dans Dieu , et ce premier degré consti-

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lue un idéalisme absolu ; mais les idées créent à leur tour les choses particulières , qui sont simplement leurs images. Ici, l’unité se brise et se dédouble; les deux termes, l’idéal et le réel, se séparent; le réel apparait dans la nature, l’idéal dans le monde moral ; ils s’opposent comme le négatif et le positif; mais, en réalité, ce sont les deux manifestations relatives de l'être absolu , et en lui ils se confondent et retrouvent leur identité. Ainsi, la nature, soit qu’on l’envisage dans Dieu comme monde des idées , soit qu’on la considère dans son existence visible, est essentiellement une ; elle ne renferme aucune diversité intérieure ; dans toutes choses est la même vie , la même puissance , à des degrés différents ; il n’y a pas de corps sans âmes ni d’ames sans oorps ; partout l’ame revêt un corps ; seulement, le côté matériel ou spirituel domine selon le degré de l’existence. La science de la nature est donc une elle-même; ses divisions ne sont qu’extérieures et ne brisent point sont unité. La lâche de la philosophie est précisément de rétablir partout cette identité, de ramoner sans cesse le réel à l’idéal , l’idéal au réel , et lout deux à leur principe commun. D’un autre côté, si l’acte éternel de la manifestation divine se reproduit à tous les degrés de l’échelle des êtres , si le type intérieur des choses est nécessairement un ; la philosophie , qui saisit à leur source même l’idée absolue et les idées qui en découlent, peut construire le monde sur ce modèle, s’élever au-dessus du point où d’insurmontables

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limites retiennent enfermée l'expérience , pénétrer dans l'atelier de la vie organique, au foyer du mouvement universel. — Telles sont les idées fondamentales de celte philosophie de la nature; pour en voir l’application , il faudrait suivre le développement du système tel qu’il est exposé dans d’autres écrits. On peut déjà remarquer qu’indépendamment de la vérité des principes ainsi dogmatiquement posés , cette manière d’expliquer la création et le rapport de Dieu au inonde soulève une foule de diflicullés que l'auteur a dû chercher depuis à résoudre et sur lesquelles ses opinions ont plus d’une fois varié. Quant aux critiques qu’il adresse au point de vue opposé , on ne peut nier qu’il ne fasse très bien sentir l'insuffisance de ce dernier et celle dos hypothèses qui régnent encore aujourd’hui dans les sciences physiques, par conséquent la nécessité d’aller au-delà de ces théories.

Cette leçon se termine par une espèce d’hymne à la science , où le philosophe, dans son enthousiasme, compare le savant aux prises avec la nature dont il s’efforce de pénétrer les secrets, à l’homme vertueux aux prises avec l’adversité, spectacle également digne des regards de la divinité. L’élude de la nature, en lui dévoilant des lois qui sont au fond les mêmes qu’il trouve dans sa pensée le met aussi en communication avec Dieu ; elle doit ramener la paix et l’harmonie dans son âme , être pour lui la source d’ineffables jouissances.

On ne s’étonnera pas non plus de trouver ici l’éloge

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du poète naturaliste qui a personnifié dans Faust celte ardente curiosité qui veut connaître tous les mystères de la nature. Entre Goethe et Schelling l'affinité est trop manifeste pour devoir être démontrée. C’est le même esprit dans deux sphères différentes , et , pour parler le langage du philosophe , retrouvant souvent leur identité dans les mêmes études et sur les mêmes questions.

Douzième leçon. Sur l’élude de la physique et de la chimie. Les deux leçons suivantes offrent moins d’intérêt que la précédente. Elles contiennent le plan d’une espèce d’encyclopédie des sciences physiques.

Dans cette esquisse , où l’ordre des sciences seul est marqué , la plupart des points indiqués restent obscurs faute de développement , et nécessiteraient , pour être éclaircis, l’exposition du système entier. La critique elle-même manque quelque fois de clarté. Ce qui a trait à la méthode n’est guère que la répétition de cequi a été dit plus haut. H nous suffira de dégager les idées principales.

Le premier problème de la physique générale est celui delà matière et il a deux faces: 1" déterminer l’essence de la matière ; 2° faire voir la manière dont les êtres sortent de son sein. L’expérience est incapable : de résoudre le premier; elle aboutit nécessairement à

l’atomisme. La raison seule conçoit la matière, et, pour cela , il lui suffit de faire abstraction de toutes | les formes particulières. Au reste, fa matière n’est

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autre chose que la première manifestation de l'absolu sortant de lui-même et se projetant au dehors. Quant à ce qui concerne la naissance des êtres, on a vu comment elle s’explique par la théorie des idées. Schelling la reproduit ici sans beaucoup ajouter à ce qui a été dit dans la leçon précédente. Vient ensuite le problème de la stucture générale de l’univers et de ses lois : Yastronomie mathématique et l’astronomie physique. Depuis Keppler la premièreest retombéedans l’empirisme. La force d’attraction de Newton n’est qu’un fait général d’expérience qui n’a aucune valeur pour la raison , celles ci ne reconnaissant que des lois absolues. Le principe des lois de keppler se conçoit immédiatement par la raison sans qu’il soit besoin de l’expérience. — L’astronomie physique elle-même s’appuie, quant à ses principes les plus importants , sur des conceptions universelles.

La minéralogie est l’exposition purement descriptive des formes inorganiques; elle doit borner là sa tâche et ne pas chercher à pénétrer jusqu’aux caractères intérieurs qui constituent l’essence des corps et leurs

qualités. Autrement elle doit les présenter comme les métamorphoses d’une seule et même substance, ainsi que les travaux de Steflens en ont donné le premier exemple. La géologie doit faire de même pour la (erre tout entière, embrasser toutes ses productions et montrer leur genèse dans la continuité de leur développement historique. Schelling émet ici sur la formation des êtres inorganiques , sur cello de la terre

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en général et sur la lumière, des hypothèses qu’il a développées ailleurs , et en particulier dans son écrit sur l'Ame du monde. Selon lui , l 'optique de Newton , qui est tout empirique, n’est qu’un échafaudage d’erreurs. Reprenant le ton de la critique, il reproche à h physique expérimentale son absence de forme systématique, son incertitude sur les principes , qui fait qu’à chaque nouvel ordre de phénomèneselleest forcée d’abandonner ses anciens principes pour en adopter de nouveaux; il attaque les hypothèses et les théories reçues comme n’ayant aucune consistance et reposant sur des conceptions grossières. Ce ijh’il dit de la chimie est aussi plus critique que dogmatique. Il n’a pas de mal à montrer les vices et les lacunes de cette science au point de vue philosophique. Il se moque surtout del’hypothèso des fluides comme servant à expliquer les phénomènes électriques, magnétiques etc. La théorie dynamique de Kant sur la matière a plus de valeur à ses yeux ; mais les forces attractive et répulsive sont toujours conçues d’un point de vue inférieur, celui de l’entendement logique; il lui reproche de ne pouvoir avec ces forces faire comprendre la diversité des formes de la matière , et à ses successeurs d’avoir fait retomber cette conception dynamique dans les hypothèses mécaniques. A toutes ces théories manquait le point de vue absolu , c’est-à-dire la coni ception supérieure de la matière comme acte général \ de la manifestation divine, et de la vie universelle répandue à tous les degrés de l’existence. Schelling

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regarde, en outre, la subordination de la physique à la chimie comme funeste à l'une et à l’autre. La chimie usurpant ainsi un rôle qui n’est pas le sien, et voulant expliquer les phénomènes physiques par la cohésion , l'affinité , etc., perd le sens propre de scs phénomènes; elle oublie que ceux-ci sont ceux de la nature vivante, que là , aussi, dans son propre domaine, est la vie, là sont des puissances et des forces innées à la matière. Il reconnaît les richesses de ses découvertes positives, mais il veut qu’elles soient ramenées à ce point de vue , ou si la chimie reste ce qu’elle est, une recherche empirique sur un ordre particulier de phénomènes, qu’elle se borne au rôle inférieur de faire des expériences; dès qu’elle a la prétention de devenir une véritable science, elle n’est plus qu’une branche de la science générale de la nature et doit partir de son idée générale. Il en est de même de la météorologie; les changements qui s’opèrentà la surface de la terre ne peuvent se comprendre que dans leur rapport avec la structure générale de l’univers. La mécanique appartient à la fois aux mathématiques appliquées et à la physique. Enfin , cette séparation dès sciences physiques et des sciences naturelles ou organiques est elle-même une division artificielle et factice. I>a science absolue de la nature comprend, dans un seul et môme tout , les phénomènes de la nature inorganique et organique; c’est toujours le développement du môme principe absolu, à des degrés divers et à des puissances différentes.

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