‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 33 sur 89 · PR KF ACE · texte numérisé non relu

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Treizième leçon. Sur C étude de la médecine et de la nature organique en général. L’organisme c’est 1 1 nature en petit. La science de l’organisme doit rassembler et concentrer en soi tous les rayons de la science de la nature ; la physique générale est une introduction au sanctuaire de la vie organique. Mais cette vérité reconnue de toute antiquité, mal comprise de la physique empirique, n’a eu poureffetquedefairetransporter scs hypothèses dans les sciences naturelles. La chimiccllc-méme, qui jette un si grand jour sur la composition des êtres organisés, lorsqu’on ne veut voir dans les phénomènes de la nature organique que des transformations chimiques, ne fait que défigurer ces phénomènes sans les expliquer. Les sciences particulières sont distinctes et absolues en soi, elles ne retrouvent leur unité que dans le sein de la science universelle.

La science générale de la nature se résump donc dans la médecine , qui réunit ses parties éparses comme les rameaux d'un même tronc. Plusieurs médecins ont senti que, pour répondre à cette idée, la médecine devait reposer sur des bases philosophiques; maison s’est borné à systématiser les faits d’une manière extérieure et artificielle. Schelling fait cependant une exception en faveur de Brown , qu’il appelle un penseur unique dans l’histoire de la médecine, et dont la doctrine, en effet, s’accorde assez bien avec son système physiologique et médical. Dans plus d’un passage de ses autres ouvrages il constate cette affinité.

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Cependant l’idée d'excitabilité , qui est la base de la

doctrine de Brown , a besoin , dit-il, de rentrer dans une idée plus élevée, et de revêtir un caractère absolu. L’excitabilité n’est encore qu’une conception de l’entendement. Elle suppose que l’être organisé est déterminé à agir par des causes extérieures. L’organisme subit l’influence des objets extérieurs; mais , en soi, il est en dehors de toute pareille détermination. Son action vient du dedans, non du dehors ; il ne fait que réagir. S’il est sollicité par les agents extérieurs à rétablir l’équilibre altéré dans ses fonctions, cela n’explique pas son essence. Il émane du principe universel dont il est l’image et qui réside en lui. Là est la source première de ses déterminations (1).

(1) Ailleurs Schelling marque d’une manière plus précise la différence de son point de vue et de celui de Brown.

• L’écossais Joh. Brown, fait, il est vrai, dériver la vie animale de deux facteurs ( l’excitabilité animale et les puissances excitatrices) ( exciting powers ) ; ce qui parait sans doute s’accorder avec notre principe négatif et positif de la vie. Mais si l'on considère ce que Brown entend par puissances excitatrices , on trouve qu’il comprend par là des principes qui, suivant notreopinion , appartiennent déjà aux condition* négatives de la vie, ï qui, par conséquent , on ne peut accorder la dignité de cause* positive* de la vie. Egalement dans le deuxième chapitre de son système , il appelle puissances excitatrices , la chaleur , l’air, les moyens de nutrition, d'autres matières qui doivent être reçues dans l’estomac , le sang, les sucs qui se séparent du sang, etc. On voit, d’après cela, que l’on accorde beaucoup trop au médecin écossais , si l’on croit qu’il s’est élevé aux plus hauts principes de la vie; U est bien plutôt resté aux degrés inférieurs. Autrement il n’aurait pas pu dire: «Nous

PHÉtACK

L’organisme est l'expression de l’acte créateur de la manifestation divine ; il le représente par l’unité et l’identité des deux facteurs de la vie : la matière et l’essence, qui, séparés dans les êtres inorganiques , sont ici réunis, au point que le rapport des deux termes est interverti , la matière n’étant plus qu’un accident, la forme étant devenue son essence. Schelling relève l'insuffisance des explications que l’empirisme tire des notions communes sur la matière, des hypothèses plus ou moins matérialistes sur les fluides, l’attraction, etc.,

» ne savons ni ce qu’est l’excitabilité , ni comment elle est modifiée » par les puissances excitatrices. Sur ce point , comme sur d’autres * objets semblables, nous devons nous borner & l’expérience et éviter >. soigneusement la recherche épiueuse des causes, en général, incom- » préhensibles, ce serpent venimeux de la philosophie... » Par excitabilité, Brown, entend le principe purement passif dans la vie animale ; or, quelque chose de purement passif dans la nature est une chimère. » (De l’Ame du. monde, 2' part, p. 199).

« L’idée de la maladie , comme celle de la vie , nous conduit nécessairement à admettre une cause physique qui, en dehors de l’organisation , renferme le principe de son excitabilité, et, par sim moyen, de tous les changements qui en découlent. Car comment pouvonsnous croire que l’organisation renferme en elle-même le principe de sa vie et de sa durée , puisque nous ia voyons, sous le rapport de tous ses changements , et , en particulier, des maladies, dépendre d’une force extérieure agissant uniformément , et qui change seulement sous le rapport de ses conditions, force qui doit agir sans intenrop. tion sur ia source première des corps organisés , et qui paraît entretenir la vie de la nature universelle ( comme cela se montre par les changements généraux) , aussi bien qu’elle entretient la vie individuelle de chaque être organisé. »

( Première esquisse d'une philosophie de la nature , p . fil J.

DU TRADUCTEUR

ou que l'on déduit des analogies entre les phénomènes physiques de l’électricité, du magnétisme , etc.

Mais nous craignons que l’indication de sa propre théorie, qu’il essaie d’esquisser en termes abstraits, tels que ceux de la substance et de la forme, de la ma tière et de l’accident , de la possibilité et de la réalité, sans parler des dimensions de l'organisme, ne soit peu propre à en donner une idée favorable. 11 fallait s’en tenir au principe et supprimer des résultats qui ne peuvent se comprendre que dans l'ensemble du système. La pensée générale est celle-ci : La gradation en vertu de laquelle , dans l’organisme , la matière s’efface de plus en plus, et le réel se transforme en idéal, révèle le développement de la force créatrice dans les êtres vivants. Ce qui fait que, dans ce domaine élevé de la nature organique, où l’esprit se dégage de ses liens, toutes les applications tirées de la notion commune de la matière sont insuffisantes.

Ce que l'auteur dit de la médecine en particulier, la manière dont il définit la maladie, ce qu’il appelle la construction de cet état, comme pouvant se dé duire de la plus haute opposition de la possibilité et de la réalité dans l’organisme et de la destruction de leur équilibre , etc., n’est guère plus clair. 11 est difficile de deviner, sous de pareilles formules, la réforme à introduire dans l’art médical et de tirer de là une méthode thérapeutique. L’auteur a dévcloppé ailleurs ces idées ( dans l’ouvrage cité plus haut, troisième section); ne pouvant ici les développer, il

Ce q «• *"'■

PREFACE

aurait mieux fait de les omettre dans l’intérêt de sa doctrine. Si l’on venait dire à quelqu’un de nos praticiens qu’il y a dans l’organisme un double rapport, l’un naturel, l’autre divin , dont les lois seules révèlent au médecin les formes, le premier et le principale siège de la maladie , le guident dans le choix des moyens et l’éclairent sur le spécifique dans l’action de ces derniers , aussi bien que sur les symptômes de la maladie, nous doutons que celui ci , fût-il un disciple de Brown, se trouvât très édifié de ce théosophisme médical. Quant l’auteur développe des maximes générales comme celles ci : la science de la médecine exige un esprit et des principes philosophiques ; quant il montre la nécessité de joindre la théorie à l’expérience, les incertitudes et les ridicules de l’empirisme , si sa pensée est moins originale , son langage est plus clair, sa critique est pleine de force , et sa verve nous intéresse. On remarquera aussi le morceau qui termine cette leçon, où l'auteur de la philosophie de la nature insiste sur les rapports de la médecine avec la science générale de la nature, et avec l’anatomie comparée en particulier. S’il est vrai, dit-il, qu’un seul et même type fondamental se répète dans la production des diverses espèces, les métamorphoses de la maladie doivent être déterminées par les mêmes lois*, d’où il suit que la médecine doit se confondre avec la science générale de la nature; les deux sciences se correspondent. La médecine doit embrasser l’ensemble des connaissances organiques ,

DU TRADUCTEUR

suivre les développements de la vie depuis la plante jusqu’au sommet du règne animal. L’anatomie comparée est le flambeau de la médecine. Mais si la comparaison , en effet , doit servir de guide , le type de comparaison, ce n’est pas l’expérience qui doit le fournir. Si Ton prend pour type l’organisation humaine, ce principe est clair en apparence; mais ('organisation humaine, comme la plus parfaite, est aussi la plus complexe; elle a besoin elle-même d’être éclairée par la connaissance des degrés inférieurs. Cette méthode, d’ailleurs, en s’arrêtant à un point unique, fausse le coup d’œil qui doit embrasser l’ensemble. L’oubli de ces principes, joint à la multiplicité des détails, a amené la séparation de l’anatomie et de la physiologie, qui doivent se correspondre comme l’intérieur et l’extérieur, et le procédé mécanique qui domine dans la plupart des livres d’enseignement et dans les académies.

Schelling voudrait donc que l’anatomiste, s’élevant au-dessus du point de vue ordinaire, se contentât d’exprimer avec vérité les formes réelles, en saisît le caractère symbolique, c'est-à dire qui représente extérieurement les développements divers d’un même type intérieur; qu’il eût toujours présent à la pensée ce type fondamental; qu’il se laissât guider par l’idée d’une unité et d’une affinité entre toutes les organisations.— On reconnaît ici la base du système développé en Allemagne par Oken , Goethe , etc., en France par Geoffroy Saint-Hilaire.

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