‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 41 sur 89 · CM V PRÉFACE · texte numérisé non relu

CM V PRÉFACE

le lien éternel qui l’unit au divin. Le plus IkîI exemple, dans la sculpture, sera toujours la Niobé antique.

L’ame, ici, semble dégagée de la matière et les deux mondes se séparer ; cependant , l’art conserve encore un élément naturel; car, cette beauté supérieure , il faut qu’elle s’exprime sous une forme corporelle. Et cela ne peut avoir lieu qu’autant qu’il existe une secrète aflinité entre le principe actif qui anime la matière et l’ame elle-même. D’ailleurs, en thèse générale, il n’y a pas de séparation absolue. Dès le début de l’art, apparaît l’élément moral. Déjà, dans la tragédie d’Eschyle, se manifeste cette haute moralité qui fait le caractère particulier du ihéâtrcde Sophocle. La beauté qui naît de la parfaite fusion du caractère moral avec la grâce sensible est le vrai but de l’art , le point central où doivent converger tous ses elforts. Cette beauté nous ravit avec la puissance d’un prodige. Pourquoi ? Précisément parce que le grand problème de l’art est résolu : la révélation de l’absolu dans l'identité des contraires. « Ici , l’unité » originelle de l’essence de la nature et de celle de » l’aine , apparaît comme une clarté soudaine à l’es- » prit du spectateur, et en môme temps, la certitude » que toute opposition n’est qu’apparente, que l’amour » est le lien de toutes choses, et que le bien absolu est » le principe et le fond de toute création. » On reconnaît ici l’idée fondamentale du système de Scheliingdans sa théorie sur l’art.

OU TRADUCTEUR

A ce point culminant, l’art semble vouloir se dépasser lui-méme. La grâce sensible qui d’abord était le tout et le but, devient l’accessoire et le moyen pour la manifestation de l’ame. Le rapport le plus élevé de l’art avec la nature est atteint.

Les exemples pourraient être choisis dans l’histoire de la peinture et dans celle de la sculpture. Celle-ci, toutefois, est dans des conditions qui ne lui permettent pas de parcourir complètement tous ces degrés. La sculpture représentant ses idées sous des formes plastiques, le point le plus élevé pour elle doit être le parfait équilibre entre l’ame et le corps, elle ne doit ni matérialiser l’esprit , ni trop spiritualiser la matière. Elle atteignit sa perfection dans la représentation des divinités païennes, ces puissances à la fois sensibles et morales , ces forces de la nature, où l’infini et le fini se balancent et se confondent, figures calmes, sereines, invariables. La peinture, qui emploie la lumière et les couleurs , moyen presque incorporel et qui ne donne ses objets que comme des images, s'élève davantage au-dessus de la matière; elle est d’autant mieux en état de manifester la supériorité de l’am«, les hautes passions , les sentiments qui ont le plus d’affinité avec l’essence divine , la douleur sanctifiée par la résignation , les souffrances du martyre, etc.

De là , la prédominance de la sculpture dans l’antiquité , de la peinture dans le monde moderne; l’une est chrétienne , l’autre païenne.

Schelling cherche donc la confirmation de salhéo-

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rie dans l'histoire de la peinture moderne. Il croit reconnaître , chez les grands maîtres qui ont porté chacun des degrés de l’art à sa perfection, cette succession de formes essentielles de l’art. Michel-Ange lui paraît le représentant de ce premier degré qu’il appelle le caractéristique, et qui compense le manque de douceur, de grâce et d’agrément , par l’expression de la force , par le sérieux , l 'énergie et la profondeur. Avec Léonard Je Vinci , l’art atteint à la grâce. L’ame sensible est le principe de la beauté qui se manifeste par la douceur des contours et des figures, parl’habile mélange du clair et de l’obscur; l’esprit apparaît sous une forme corporelle et fait déjà pressentir l’ame. Le moment où le divin et l’humain, le ciel et la terre, la beauté morale et la grâce s’unissent dans le plus parfait équilibre, est marqué par Raphaël, moment unique, après lequel l’art ne pouvant plus se surpasser essaie encore une direction nouvelle par une prédominance accordée à l’aine, où la forme corporelle semble s’évanouir. Le Guide représente cette tendance dans quelques uns de ses chefs-d’œuvre.

Les destinées de l’art sont-elles achevées, ou peuton lui présager un nouvel avenir? Quelles seraient les conditions de celte renaissance? Schelling jette, en terminant, quelques réflexions sur cette grande question et donne, à ce sujet, des conseils aux artistes. L’art ne peut se rajeunir qu’à une condition, c’eslde suivre sa loi, qui est celle de toutes les choses vivantes; c'est de se replacer au point qui est pour lui la source de

nu TRADUCTEUR.

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