‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 43 sur 89 · CI.VIII · texte numérisé non relu

CI.VIII

PRÉFACE

force , de l’énergie , du naturel , à se préserver du vague , de la mollesse etde la mignardise. 11 apprend, parla, à respecter librement les limites de la nature, à donner de la vie et de la vérité à ses tableaux, du calme et de la simplicité à ses figures. Se former longtemps à ce rude exercice, au lieu de vouloir atteindre, du premier coup , à la grâce , à la beauté parfaite et à l’expression de l’ame, tel est le principe qui doit présider à l’éducation des artistes.

Pour ce qui est de l’avenir de l’art, il ne dépend pas des eflorts des individus; il ne peut naître que d’un enthousiasme général et de circonstances qui tiennent à la vie publique, à l’état de la société. L’art est une plante délicate qui ne peut croître et fleurir que dans une atmosphère favorable; il n’y a qu’un changement antérieur dans les idées qui soit eapablqde le relever de son épuisement. Schelling , qui voit partout des symptômes d’un renouvellement universel, devait annoncer une nouvelle ère de l’art. * Un second Raphaël, dit-il, n’apparaîtra pas, mais un autre qui, d’une manière originale, atteindra au soçtimet de l’art. » Il pense que le point de vue nouveau qui domine aujourd’hui dans les sciences naturelles , de même que le mouvement correspondant imprimé à l’histoire ne peuvent manquer d’exercer sur l’art une salutaire et féconde influence. L’étude de la nature, comme partout vivante et animée, le sens historique qui caractérise notre siècle et qui , de son côté, s’attache à comprendre la vie , l'esprit des sociétés , et à faire leur vi-

DU TRADUCTEUR

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vanl tableau , ne peuvent manquer de se communiquer à l’art et de lui faireprendre un nouvel essor. Il termine par des vœux et des espérances qui s’adressent spécialement à sa patrie, et qui, on ne peut le nier, se sont depuis, au moins en partie, réalisés.

$ 111. Dante sous te rapport philosophique.

Schclling conçoit le rapport de la poésie et de la philosophie comme offrant leur synthèse ou leur réunion au terme le plus élevé de leur développement. Or, aucun monument ne présente cette alliance à un plus haut degré que le poème de Dante. L’auteur annonce , dès le début , que cette étude a une portée générale, qu’il s’agit pour lui de déterminer la loi selon laquelle l’art et la philosophie tendent à se combiner dans les temps modernes.

S'il est difficile d’admettre sa théorie sans réserve, on ne peut nier que ce morceau ne renferme des aperçus élevés et ingénieux , et qu’il necontienne plus d'idées que plus d’un gros commentaire de la Divine Comédie.

Le poème de Dante ne rentre dans aucun des genres admis en littérature ; c’est ce que tout le monde reconnaît; il appartenait surtout à un philosophe d’en chercher la raison.

L’idée fondamentale est celle-ci : Le poème de Dante est le premier type de la poésie ; il inaugure l’art nouveau. Si, dans un avenir inconnu, toutes

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les productions particulières de la poésie moderne doivent former un vaste poème et comme une grande épopée, jusque là, la loi nécessaire, c’est que le poète se fasse un tout de la partie du monde qui s’offre à lui ; que , des faits et des idées de son temps , il se crée sa propre mythologie. Tel est le poème de Dante ; il représente le siècle du poète dans son unité sociale , scientifique et religieuse. D’un autre côté, si le inonde ancien était le monde des races, le monde nouveau est celui des individus. Dans l’antiquité , l’individu représente sa race, sa nation ; aussi, ses œuvres ont-elles un caractère de généralité , d’invariabilité, de fixité. Dans les temps modernes, l'individu se distingue et se détache davantage de la société ; son individualité est plus forte; il est plus lui même. L’arbitraire et la mobilité doivent donc se faire reconnaître dans les créations de son esprit. Mais , comme l’art et la poésie n’existent pas sans une idée générale, il est nécessaire que le poète trouve , dans la puissance même de son originalité, un moyen de retourner à l’universalité et d’imprimer à son œuvre le cachet d’unité et d'invariabilité qui marque toutes les grandes productions de la pensée humaine.

11 faut qu’il montre par là qu’il porte en soi l’idéal de son espèce et de l’humanité entière. De celte façon se combinent en lui, dans une plus haute unité, les deux principes : l’individuel et l’universel , la liberté, la nécessité. Dante est le premier et, jusqu’ici , le plus grand exemple de celte identité.

Dr TftADl'CTKim.

Cl.XI

Schelling développe celte idée sous un autre point de vue. Dans l’antiquité , la mythologie et la poésie précèdent la philosophie ; elles se maintiennent séparément , jusqu'à ce que ce- que celle-ci dissolve les deux autres. Dans les temps modernes, la science précède la poésie et rend d’avance une mythologie impossible. La tendance de l’esprit moderne est d’ailleurs de dissoudre toutes les formes finies. Or, s’il est vrai que l’art ail besoin d’un côté fini et symbolique, il faut que le poète se crée lui-même une mythologie ; qu’il imprime au mélange des temps une forme durable ; que, s’exerçant avec une liberté entière surdes matériaux arbitrairement choisis, il rende à leur physionomie totale son caractère d’universalité, en créant des types qui aient la fixité des personnages mythologiques. C’est ce qu’a fait Dante ; et Schelling fait remarquer ici , avec raison , la vérhé mythologique des personnages de la Divine Comédie. Il explique , par ce caractère de liberté et d’universalité, la haute originalité du poème entier, comme offrant une combinaison de lotis les genres qui ne lui permet d’entrer dans aucun des moules reçus, n’étant ni une épopée, ni un drame, ni un poème didactique, ni une allégorie, ni une histoire, mais renfermant tous ces genres et ces éléments, harmonisés , fondus ensemble par la toute puissance de libre invention qui caractérise le génie du poète.

U ajoute (et c’est une pensée qui nous paraît de la pins grande justesse) qu’il ne peut , dès lors , y avoir

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PHÊF4CE

qu’un intérêt secondaire à exposer, comme on le fait souvent , la philosophie, la physique, l’astronomie de Dante en elles-mêmes, parce que leur caractère original ne consiste pas dans leur isolement, mais dans la manière donlclles sont combinées avec la poésie. Il ne faut pas d’ailleurs chercher dans une œuvre d’art quelque chose de suivi, de conséquent, qui l’assimile à un système scienliüqoecl philosophique. C’est méconnaître les exigences de l’art et sa liberté. Rien n’est arbitraire dans ses créations, et l’art aussi a sa logique; mais les règles de cette haute logique de l’art ne sont point celles de la logique ordinaire. Soumettre un poème à celle méthode d'interprétation c’est lui faire violence et le considérer comme une froide allégorie. Malgré toute l'érudition et la sagacité qu’elle peut d’ailleurs déployer dans celte entreprise, la critique n’aboutit qu’à fausser le point de vue poétique et à prosaïserlc chef-d’œuvre qu’elle a voulu nous faire comprendre et admirer.

Ce n’est pas ainsi, dit l’auteur, qu’il faut entendre l'alliance de la poésie et de la science. On penl appeler cela une synthèse inférieure. C’est, tout au plus, celle du poème didactique, qui occupe le dernier échelon de l'art. Mais il existe une synthèse supérieure, qui s’opère dans l’imagination du poète véritablement inspiré, et dont il n’a lui-mèine qu’une conscience imparfaite. La science et l’univers sont comme le modèle cl la copie l’un de l'autre: à ce titre il se pénètrent réciproquement. Le monde est aussi une

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poésie, ta poésie la plus ancienne et la plus belle. Que ta science et l’univers se reflètent dans l’esprit de i’tionimc de génie et que leur type se retrouve dans son œuvre, il n’y a rien là qui doivent nous étonner.

Dans ce sens élevé, le poème de Dante offre en effet la fusion de la science et de la poésie; il reproduit dans sa forme extérieure, cl malgré son originalité, le type général du système du monde.

(le principe incontestable dans sa généralité , Schelling l'applique pins particulièrement dans le sens de 6a philosophie. Ainsi, dans le plan général delà Divine Comédie, il croit reconnaître les divisions principales de son système. L’Enfer, le Purgatoire cl le Paradis répondent à la nature, à l'histoire et à l’art. Malgré ce qu’il y a d’ingénieux dans son explication, ces analogies nous pai aissent forcées, ou elles ne sont vraies que comme analogies. C’est ainsi qu'il voit également symbolisé dans la forme extérieure du poème le type intérieur de l'arien général, la foi me , la couleur et le son , (pii dominent dans les trois parties du poème comme dans les trois principaux arts, l’art plastique, la peinture et la musique. Il revient plus loin sur cette idée. Sa conclusion est que : * Le poème de Dante, de quelque cAté qu’on l’envisage , a le caractère d’un premier type par son universalité (pii se combine avec l’individualité la plus absolue. »

A ccqui aétéditplushautseraliachenlles observations suivantes, qui nous semblent également justes. La mythologie de Dante, dont il estlui-mème le créa-

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