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conseil municipal de la ville de Berlin , dresse ses suppliques au roi en un style que n’auraient désavoué ni Fichte ni Hégel ; et le fond, certes, ne dément point la forme.
Quant à nous qui, selon notre éternelle coutume, rions de tout cela , et qui sommes d’autant plus assurés d’être hors de l’atteinte de ces idées et de ces systèmes, que nous nous vantons de n’y rien comprendre et les déclarons inintelligibles, est-il bien sûr que leur obscurité , d’une part , et notre bon sens, de l’autre, nousaient suffisamment protégés? Personne, je pense, n’oserait le soutenir pour le passé. Nous ne voulons point chicaner sur le degré de cette influence, manifeste en beaucoup de points à tous les yeux, moins visible en une infinité d’autres, mais reconnaissable encore à des regards un peu exercés , qui ne se laissent point abuser par quelques changements de forme , commandés par notre esprit et nécessaires jiour les faire admettre.
Mais nous soutiendrions la gageure même pour le présent. Sous peine d'être déclaré visionnaire , nous nous ferions fort de montrer l’esprit, quelquefois la lettre, partout l’empreinte de ces doctrines, dans les productions de notre époque, où l’on s’attendrait le moins à les trouver. Nous les surprendrions peut-être, pour ne pas dire certainement , et surtout , dans les écrits qui leur sont le plus hostiles, précisément parce qu’on ne se heurte que quand on se louche , et que l’on parcourt la même voie. Pour quiconque
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sait comment s’importent les idées , comment ces voyageuses allées traversent les frontières, sans se laisser plus arrêter par les cordons sanitaires de la littérature négative, que par les montagnes et les (leuves; avec quelle facilité elles changent de costume et se métamorphosent; par quelles portes cachées elles pénètrent dans les esprits les plus en garde contre elles, les surprennent, s’y logent, les dominent et les obsèdent quand ils réagissent, se débattent, et luttent contre elles, ou enlin, prennent la plume pour les réfuter, il n’y a là ni vision ni subtil paradoxe, mais un fait général, dont l’application au cas particulier pourrait se démontrer par l'analyse des principales productions des arts et de la littérature actuels. Ce serait le sujet d’un travail piquant auquel ne manquerait même pas tout-à-fait le sérieux, mais qui ne peut trouver ici sa place.
En résumé, ces systèmes ont au moins un avantage très grand, décisif à nos yeux, sur tous ceux dont on peut contester l’existence ou qui ont été, c’est d’êlre ; c’est de renfermer la dernière solution que la raison ait donnée aux questions qui l’iméressent souverainement et se mêlent, à notre insu , même à nos débats journaliers où elles paraissent le plus étrangères.
A ce litre, comme représentant le dernier grand effort de l’esprit humain pour atteindre à la solution de ces problèmes, ils exercent une influence générale, universelle ; ils continueront de l’exercer jusqu’à
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l'avénement (l’un système nouveau, plus fort et plus vrai, qui, parle seul fait de son existence, leur fournisse la preuve sans réplique qu’ils ont cessé d’être, et qu’ils appartiennent à l’iiistoire.
Les choses étant ainsi , que doivent faire ceux qui , comme nous , voient mieux que personne les vices de ces systèmes, mais qui ne voient pas moins la nullité philosophique de ce qu’on leur oppose, qui enfin n’ont point la prétention d’être destinés à enfanter celui qu’ils appellent de leurs vœux? Travailler au moins à en hâter l'avénement. Mais comment ? En reproduisant des critiques désormais inutiles et , dans tous les cas, insuffisantes? Non; mais en appelant l’attention des hommes sérieux sur les œuvres mômes de cette philosophie,en dirigeant sur elle toutes lespuissances de l’esprit, dans ce pays où elle est encore si peu connue; en montrant ces doctrines etees théories, non tcllesqu’on les imagine pour se donner le plaisir de les réfuter, mais telles qu’elles sont en réalité, en les faisant connaître d’une manière complète dans leur fond et leur forme. Nous voudrions ainsi préparer et susciter une critique puissante et féconde , non semblable à celle qui leur rend service et perpétue leur domination par une censure ignorante, des attaques maladroites ou des accusations exagérées , mais qui , au lieu de frapper à côté ou par derrière, ose les regarder en face et se mesurer avec elles avec les armes de la science et de l’esprit ; non celle qui croit les supplanter en éludant les questions qu’elles ont au
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moins lo mérite d’avoir franchement abordées , mais celle qui reprendra un à un tous ces problèmes, les traitera d’un point de vue plus élevé et leur donnera de meilleures solutions. Celle critique vraiment philosophique est encore moins celle qui s’exerce sur leur épiderme , en leur décochant quelques épigrammes, lela sineielu. Celle-là doit pénétrer au fond de leurs entrailles pour en arracher les idées qui sônt leur principe de vie et de durée. Maîtresse de ces idées par la vertu et le droit d’une idée supérieure , elle saura démêler en elles le vrai du faux, les corriger, les redresser , les expliquer elles-mêmes , comme ce ce dont elles ont inutilcmenltenté de rendre compte. Elle créera ainsi une doctrine plus solide, plus large et plus vraie, plus capable de satisfaire la raison et les besoins du siècle, et aussi d’interpréter, sans lesdétruire , des croyances qui ne peuvent périr. Nous nous estimerions heureux d’avoir contribué à lui fournir l’une des deux conditions nécessaires pour élever ce système, la connaissance du présent encore plus que celle du passé, après le génie que Dieu seul peut donner. Plus heureux serions-nous encore si ce système devait éclore dans la patrie de Descartes !
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Ï>U TRADUCTEUR
I)ci écrit» contenu» dan» cette publication.
Cette publication a encore un autre but. Sans doute , nous avons voulu contribuer à faire connaître et apprécier un système dont on a beaucoup parlé en France sur ouï-dire, et qui est encore à-peu-près ignoré, malgré la renommée de son auteur. Ces écrits , les plus propres en effet , selon nous , à donner à des lecteurs français une idée exacte, quoique générale, de celte philosophie, se recommandent, à nos yeux, par un autre mérite. Bien que composés à une autre époque, ils renferment une énergique protestation contre les tendances que nous signalions tout-à-l’heuredans la nôtre. Le premier, surtout, et le plus important: Les leçons sur la méthode des éludes académiques, & été inspiré, d’un bouta l’autre, par la pensée de réagir contre l’esprit étroit et positif qui régnait alors dans les universités , ce foyer de la vie intellectuelle en Allemagne. L’auteur y combat, avec une force et une hauteur de vues qui n’ont été nulle part égalées , l’absence d’idées et de principes qui caractérisait l’enseignement de la plupart des sciences : le défaut d’unité, la manie de la division et du morcellement, poussée jusqu’à un ridicule excès, un grossier empirisme, qui ne sait s’élever au-delà des
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faits et se traîne péniblement sur les expériences, qui, contestant au génie sa faculté divinatrice, et à la raison ses conceptions a priori , coupe les ailes à la pensée et refuse à l'esprit la puissance qn’il a de devancer souvent l’observation , de la féconder toujours ; qui, en tout, préconise la pratique, dénigre la spéculation et ne sait apprécier les résultats de la science qu’en les soumettant à la règle de l’utile. Il n’attaque pas avec moins de véhémence et de succès un autre . genre de rationalisme, en apparence plus recommandable, qui, cherchant à tout ramener au but religieux et moral , conteste à la science et aux arts le privilège d’avoir, en cux-mèmes, leur fin propre, méconnaît leur vraie destination , celle de poursuivre la vérité et de réaliser le beau , leur ôte ainsi la liberté , qui est leur vie même, et sans laquelle ils ne peuvent ni enfanter de grandes découvertes ni produire des œuvres originales. Toutes ces prétentions et ces tendances ne sont , malheureusement, pas propres à l’époque et à la nation chez lesquelles l’auteur les signale et les dénonce. Elles ont pris parmi nous , dans les idées et les mœurs contemporaines, une force, une universalité qu’elles étaient loin d’avoir alors, quand des hommes comme Fichte, Schelling, Goethe, Jean Paul et tant d’autres, protestaient contre elles par leur éloquente parole, et, plus encore , par leurs œuvres et l’autorité de leur génie. Elles ne sont pas, comme alors , le partage exclusif des esprits bornés et vulgaires ; elles ont gagné les plus rares intelligences ;
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elles se font jour dans les productions et les ouvrages des écrivains, des artistes, des savants les plus distingués. Nous voudrions pouvoir dire que ceux-là même qui sont spécialement appelés à réagir contre elles, que les hommes éminents, dont les travaux ont rendu d’ailleurs le nom justement célèbre , et qui ont reçu de l'Etat la haute mission de veiller sur la direction des établissements destinés à propager le goût pur et désintéressé de la science, des arts eide la littérature, sont restés totalement étrangers à cette influence.
Adéfaut d’autre résultat, nous avons voulu, au moins, faire partager à quelques lecteurs d’élite le plaisir que nous fit éprouver la lecture de cet écrit, la première fois qu’il tomba dans nos mains , et que nous trouvâmes les idées et les sentiments dont nous étions nous-mème vivement préoccupé, si bien exprimés par un penseur de cet ordre , qui sait joindre à la hauteur des vues un style non moins élevé , concis, éloquent, souvent coloré par une imagination poétique. Si l’auteur excelle à mettre à nu l’impuissance de la pratique et de l’expérience séparées de la spéculation , nous ne voudrions pas dire qu’il n’exagère pas l’idée favorite de son système , et ne fait pas (ce qu’il parait avoir reconnu depuis) la part trop faible à l’expérience. Mais il montre à merveille la stérilité et l’immobilité des sciences dépourvues d’idées générales, errant au hasard, ramassant çà et là quelques vérités de détail, incapables de s’élever
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aux grandes découvertes et aux fécondes inventions. 11 n’est pas moins heureux, lorsqu’il poursuit, de sa verve satyriquc, les faux philanthropes et les apôtres de l’utile, comme il les appelle. Le sarcasme et l’ironie, en effet , no sont pas ménagés dans ces pages ; et, si la forme, qui est plus polémique que didactique, nuit souvent à l’exposition des idées, elle a contribué, avec l’éclat du style, aux succès de ces leçons et à celui du livre qui les reproduit. Ce livre fit une vive sensation au moment où il parut , et il a été plusieurs fois réimprimé depuis. Nous avons pensé que dans les circonstances actuelles, surtout, quand les questions relatives au haut enseignement sont à l’ordre du jour, une traduction des Leçons sur la méthode des Études académiques, malgré les vues systématiques propres à l'auteur , pourrait avoir son à-propos , et n’étre pas sans effet , même sur des lecteurs français.
Quant au système, il ne faut pas s’attendre à en trouver ici une exposition complète et régulière. Les Leçons sur la Méthode des Études académiques contiennent , il est vrai , les idées de Schelling sur les points fondamentaux de la science , et sur les principales branches des connaissances humaines. Sous ce rapport, elles ont un caractère encyclopédique. Mais aucune de ces idées n’est développée. Les questions de méthode , ainsi que l’exigeait le plan du livre , occupent la place la plus considérable. Sur tout le reste, les solutions ne sont qu’indiquées. Le système, dans scs principales divisions, est à peine
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