DES MYSTÈRES DE L* ANTIQUITÉ
ont leur principe dans la raison elle-même, celte doctrine peut aussi se prêter à diverses représentations. Ainsi, l’explication de la vie sensible par une innocence perdue parait avoir dominé dans la plupart des mystères grecs; mais cette doctrine fut représentée dans les divers mystères sous des images différentes , par exemple, celle d’un dieu devenu mortel et souffrant. La réconciliation avec l’absolu, après la ebute, et la transformation du rapport négatif du fini avec lui en un rapport positif, est un autre but de la doctrine religieuse, qui s’appuie nécessairement sur cette donnée première; car elle tend à la délivrance des âmes des corps comme étant leur côté négatif. De même l’entrée dans les anciens mystères était décrite comme un abandon et un sacrifice de la vie, comme une mort corporelle et une résurrection de l’ame. Un même mot désignait la mort et l’initiation. Le premier affranchissement des âmes des liens du corps était la guérison de l’erreur comme la première et la plus profonde maladie de l’ame , le recouvrement de la vue intellectuelle de ce qui seul est vrai et éternel , ou des idées. Le but moral était la délivrance de l’ame des affections auxquelles elle est soumise tant qu’elle est unie au corps, et de l’amour de la vie sensible, qui est le principe et I instigateur de l’immoralité.
Enfin , à cette doctrine est liée nécessairement celle de l’éternité des âmes et du rapport moral entre l’état actuel et la vie future.
RELIGION
C’est à ces doctrines, à ces bases éternelles de la vertu comme de la plus haute vérité, que toute religion spirituelle et ésotérique devait retourner.
Quant à la forme extérieure et à la constitution des mystères, ils doivent être considérés comme un institut public dérivant du sentiment ou de l’esprit national. Cet institut, érigé et tenu pour sacré par l'État luimême , se distingue des associations secrètes formées d'après des fins plus ou moins temporelles, et qu’il permet aux uns et refuse aux autres ; il contribue à la réunion intérieure et morale de tous ceux qui appartiennent à l’État , comme celui-ci lui-même contribue à l’unité extérieure. Cependant, il y a , entre les initiés , nécessairement , des degrés ; car ils ne peuvent pas tous également arriver à la contemplation de la vérité en soi. Pour le grand nombre , il doit y avoir une sorte de vestibule , une préparation qui, d’après l’image employée par Euripide , soit à sa suprême initiation comme le sommeil est à la mort. Le sommeil est purement négatif; la mort est positive , elle est le dernier , l’absolu libérateur. La première préparation aux plus hautes connaissances ne peut-être que négative; elle consiste dans ('affaiblissement, ef , autant que possible , dans l’anéantissement des affections sensibles et de tout ce qui trouble l’organisation calme et morale de l’ame. Il suffit que la plupart parviennent jusques-là dans l'affranchissement; et la participation des non-libres pourrait se borner , en général , à ce degré. Il y a plus , les images terribles
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qui mettent sous les yeux de l'orne le néant de tout ce qui est terrestre , et qui , en 1 ébranlant fortement , lui laissent entrevoir l’Être seul vrai , appartiennent à ce cercle. Lorsque le rapport au corps a été détruit jusqu’à un certain point , l ame commence au moins à réver, c’est-à dire à percevoir les images d’un inonde non-réel, mais idéal. Le second degré pouvait, par conséquent , être celui où l’ histoire et les destinées de l’univers étaient représentées d’une manière figurée , et surtout par une action. Car , s’il est vrai que l'épopée ne reflète que le fini , et que l’infini , dans toute ses manifestations, lui soit étranger, au contraire , la tragédie ésotérique est l’expression propre de la moralité publique. Aussi , la forme dramatique est la plus convenable pour les représentations ésotériques des doctrines religieuses. Ceux qui , d’eux mêmes, savaient pénétrer à travers cette enveloppe jusqu’au sens du symbole, et ceux qui, par la modération , la sagesse, l’empire sur eux-mêmes , par leurs dispositions naturelles , s’étaient mis en possession de l’invisible, devaient passer à un parfait réveil dans une autre vie , et voir, comme autopies , la vérité pure , telle qu’elle est , sans figures. Quant à ceux qui parvenaient à ce degré avant les autres, ils devaient être les premiers magistrats de l’État, cl aucun de ceux qui n’avaient pas passé par cette suprême initiation ne pouvait être mis au même rang qu’eux; car les destinées de l'espèce entière se révélaient à eux dans cette dernière manifestation. Dans le même
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cercle , les principes les plus élevés de l’art royal de la législation , les hautes pensées qui doivent surtout distinguer les hommes d’état , étaient communiquées et développées.
La religion, grâce à de telles institutions , opérait une action purement morale , et se trouvait hors du danger de se confondre avec le réel et le sensible , ou d’avoir des prétentions à une domination et à une puissance extérieure, qui est contraire à sa nature; — de son côté, la philosophie, dont les disciples sont naturellement initiés , était ainsi dans un lien éternel avec la religion.
( Religion et Philosophie.)