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môme but que moi. Mais cela est douteux , incertain , impossible même, puisque la plupart n’ont jamais songé à ce but. Comment sortir de cette incertitude? On pourrait ici se croire conduit à un ordre moral du monde et demander un ordre de cette nature comme condition de l’accomplissement de ce but. Mais comment prouver que cet ordre moral peut-être conçu comme objectif , comme agissant absolument , comme indépendant de la liberté ? L’ordre moral du monde , peut-on dire, existe dès que nous l'atteignons. Mais où est-il atteint? H est l’effet commun de toutes les intelligences, en tant que toutes, médiatement ou immédiatement, ne veulent rien autre chose que cet ordre. Si cette condition n’est pas remplie, il n’existe pas. Toute intelligence particulière peut être considérée comme partie intégrante de Dieu ou de l’ordre moral du monde. Tout être rationnable peut se dire : le développement de la loi , l’exercice du droit, dépend de moi dans le cercle de mon activité. Une partie du gouvernement moral du monde m’est confiée; mais que puis-je contre le grand nombre ? Il n’y a ordre qu’autant que les autres pensent comme moi , et que chacun exerce le droit divin , qui lui est dévolu ,
do faire triompher la justice
Quoiqu’ils (les êtres libres) puissent se constituer et exercer leur libre arbitre, néanmoins sans leur volonté et contre leur volonté, une nécessité qui leur est cachée détermine d’avance ce qui est sans loi dans leur activité; et plus même leur activité est in-
DUILOSOPHIE DE L HISTOIRE.
dépendante de toute loi , plus certainementclle amène à la pièce une péripétie qu’ils ne pouvaient prévoir : ils doivent donc aller où ils ne voulaient pas. Mais cette nécessité ne peut être conçuequ’au moyen d’une synthèse absolue de toutes les actions dont tout ce qui arrive, et l’histoire, par conséquent, est le développement, et dans laquelle , parce qu’elle est absolue, tout est prévu et calculé; de telle sorte que quelle que soit la contradiction, la désharmonie apparente de tout ce qui peut arriver , cette synthèse en contienne et en trouve en soi le principe de conciliation
Or, cet aperçu ne nous conduit qu’à un mécanisme de la nature qui assure le résultat final de toutes les actions et les dirige toutes, sans la participation de la liberté, vers le but suprême de l’espèce entière... Cette unité pour toutes les intelligences ne m’explique qu’une prédéterminalion de l’histoire entière par une synthèse absolue, dont le développement en plusieurs séries compose l’histoire ; mais elle ne m’explique pas comment la liberté d’action s’accorde avec cette prédétermination objective de toutes les actions, elle nous laisse toujours sans explication en présence de cette question : Par quoi l’harmonie est-elle établie? Cette harmonie préétablie, de l’objectif ( ce qui est conforme à la loi) et du déterminant ( ce qui est libre ) , ne peut être conçue qu’au moyen d’un terme supérieur élevé au dessus des deux , qui n’est donc ni intelligence ni liberté, mais qui est la source corn-
HISTOIRE
mu lie à la fois de ce qui est intelligent et de ce qui est libre.
Si ce terme suprême n’est autre chose que le principe de l’identité entre ('absolument subjectif et l’absolumenl objectif , le conscient et l'inconscient qui se divisent pour apparaître dans l’acte libre, ce principe suprême ne peut être ni sujet, ni objet, ni tous les deux à la fois; il n'est que l’identité absolue, dans laquelle il n’y a pas de dualité, et qui, précisément parce que la dualité est la condition de toute conscience, ne peut jamais arriver à la conscience. Cet éternel dont on n’a pas conscience, ce soleil éternel du royaume des esprits qui se cache dans l’éclat même de sa resplendissante lumière, et qui, sans jamais devenir objet, manifeste son identité dans toutes les actions libres, est le même pour toutes les intelligences. 11 est la racine invisible dont toutes les intelligences ne sont que des puissances ; il est en nous le médiateur éternel entre le subjectif qui se détermine luimême et 1’objectif ; il est , à la fois , le principe de la conformité à la loi dans la liberté, et de la liberté dans la soumission de l’objectif à des lois.
( Idéalisme transcendantal. J
NATURE
De la philosophie de la Mature en général.
L'intelligence se manifeste sous deux formes: aveuglément et sans conscience, ou librement et avec conscience; sans conscience dans l'intuition de la nature, avec conscience dans la création d’un monde idéal.
La philosophie supprime cette opposition , par cela même qu'elle considère l’activité inconsciente comme
NATURE
originairement identique à l’activité consciente et comme sortie de la même racine. Celle identité, elle la démontre immédiatement dans une activité à la fois consciente et inconsciente, qui se manifeste d’une manière évidente dans les productions du génie ; elle en trouve médialement la preuve en dehors de la conscience, dans les productions de la nature, en tant que l’on reconnaît dans celles-ci la parfaite fusion de l’idéal et du réel.
Puisque la philosophie pose comme identique l’activité inconsciente ou l’activité réelle (comme on peut aussi l’appeler), et l’activité consciente ou idéale, sa tendance originelle doit être de ramener partout le réel à l’idéal ; ce qui donne lieu à ce qu’on nomme la philosophie transcendantale.
La régularité dans tous les mouvements de la nature, cette géomélrie sublime, par exemple, qu’observont les corps célestes dans leurs révolutions, ne s’explique pas parce que la nature est la plus parfaite géométrie, mais, au contraire, parce que la plus parfaite géométrie est le principe producteur qui agit dans la nature; explication qui transporte le réel luimême dans le monde idcal , et transforme ces mouvements en intuitions qui ne so rencontrent qu’en notre esprit et auxquels rien hors do lui ne répond. La nature, là où elle agit librement dans chaque transition de l'état indéterminé à l’état fixe, crée, même alors, spontanément des formes régulières, (.'elle régularité apparaît dans les cristallisations d’un ordre élevé. H