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CHAPITRE Il

$ I. — Schelling à Leipzig.

Le préceptorat était une carrière d'attente nécessaire aux étudiants sans fortune : depuis l’automne de 1795 jusqu’à l'été de 1798, Schelling fut précepteur des deux enfants du baron Riedesel. La famille habitait Stuttgart : ses idées fort mesquines plaisaient peu au précepteur : il n'avait été admis qu'après enquête sévère ; on ne voulait ni un démocraic, ni un partisan des « lumières ». Il espérait voyager avec ses élèves en France et en Angleterre : mais le baron n’y voulut consentir que si la royauté était restaurée en France et la paix signée avec l'Angleterre.

Cest à Leipzig qu'il les accompagne. Il trouve dans l’université de cette ville! ce qui faisait totalement défaut à Tübingen ? et ce qui devait avoir sur lui une influence immédiate et durable : une éducation scientifique. Il connaît le docteur Platner (et il s'étonne un peu qu'il sache concilier la « légèreté française » avec tant de belles:

productions scientifiques), le mathématicien et le physicien Hindenburg °.

1. Avril 1797, à ses parents : « Je me réjouis de ma liberté qui est presque illimitée, et je cherche à l'utiliser aussi bien que possible » (Aus Schelling's Leben, ï, 187).

2. Cf. son appréciation sur l'insuffisance de Tübingen, notamment en

matière d'enseignement médical (Lettre du 12 novembre 1798, id., p. 2 3. Lettre du 29 avril 1796, p.111, 112.

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1 fait à cette époque plusieurs voyages, l’un à Iéna, en se rendant de Stuttgart à Leipzig, l’autre à Berlin, dont nous connaissonsles détails par les carnets de voyage qu’il adresse à ses parents. Il s’y montre très facilement séduit par toutes les nouveautés ; la société de Berlin l’enchante d’abord avec « son ton vraiment noble, son esprit viril visible partout, son activité infatigable dont le but prochain n’est pas comme ici l'argent »; mais il est vite dégoûté des clubs littéraires où les causeries sont remplacées par des conférences, « excellent moyen pour des sots que personne ailleurs ne veut lire ou entendre, de mettre à contribution toute une société ». Ajoutez-y la vanité des Berlinois qui se croient les coryphées de l'Allemagne !. À léna, il ne put voir Fichte, mais rencontra Schiller, cet homme, nous dit-il, si despotique en paroles, mais dont la timidité rend son interlocuteur plus timide encore et dont la conversation manque d’entrain?.

De cette époque datela publication de ses deux premiers ouvrages de philosophie de la nature, conçus sous l'impulsion de ses nouvelles études : Ideen zu einer Philosophie der Natur als Einleitung in das Studium dieser Wissenschaft (1797) et : Von der Weliseele, eine Hypothese der hüheren Physik zur Erklärung des allgemeinen Organismus (1798). Elle devait attirer sur lui l'attention bienveillante de Fichte et de Gæœthe*.

{. Lettres d'avril 1797, p. 190 et du 28 juin 1797, p. 191 sq.

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