P. 85-91 : cf. le résumé p. 90, note
4. De la même facon le non-moi de Fichte n’a pas en lui-même son principe; il n'est opposé au moi que dans et par le moi lui-même dont l’activité dépasse les deux termes opposés.
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gence de trois séries d'images : d’abord une image concrète ; la genèse du monde est comparable à une explosion ; chaque planète est détachée par une espèce d’explosion du centre autour duquel elle gravite avec les autres; ce centre est ce que l’on appelle son soleil; de plus une image empruntée à la physique dynamique : comme dans le magnétisme, une activité unique donne naissance à deux forces qui s’opposent, se limitent et se maintiennent réciproquement grâce à leur origine commune; enfin une image d'ordre logique : la genèse du monde est comparable à l'analyse continue d’une synthèse primitive en facteurs opposés.
Ainsi l'attraction des parties les unes pour les autres dans une planète (pesanteur) est due à leur opposition réciproque dans une communauté d'origine. Il ne faut pas expliquer les attractions qualitatives telles que lattraction chimique ou la polarité magnétique par l’attraction universelle, mais tout au contraire la prétendue attraction universelle est un cas particulier de l'attraction qualitative, le cas le premier et le plus simple, celui qui aboutit à une juxtaposition permanente. Mais cette juxtaposition est elle-même au fond de même ordre que celle des termes opposés dans la logique, et c’est pourquoi elle apparait pleinement imtelligible !.
Cette position des termes opposés explique tous les phénomènes dynamiques. D'abord le phénomène chimique : dans la pesanteur les facteurs opposés tendent à se pénétrer, mais celte tendance s'arrête à la juxtaposition. Mais l’activité absolue qui les a posés doit s’affirmer comme telle en les déterminant l’un par l’autre, en créant un produit commun : c’est là le phénomène chimique dont, comme on sait, le type est la combustion, qui a comme condition l'opposition d’une matière privilégiée, l'oxygène, à toutes les matières terrestres et une activité centrale dont le phénomène est la lumière ?. A
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l'inverse du chimisme, l'électricité est précisément l’affirmation de ce dualisme, condition nécessaire de l'activité 1,
La nature manifeste donc en résumé son activité absolue dans le produit organique, et, pour que l’organisme soit actif, elle oppose au monde organique un monde inorganique. Mais celui-ci n’est lui-même actif que grâce aux oppositions qui sont établies en lui par une activité supérieure. Û
Comme l’activité inorganique n’est entretenue que par une série d’oppositions qui donnent lieu à tous les faits dynamiques, l’activité organique n’est possible également
que par des oppositions. Il s'agira, après les avoir dé- duites, de montrer qu’elles ont même nature et même source que celles du monde inorganique. On les déduit comme les déterminations du moi par le non-moi dans la théorie de Fichte.
L'action de l’inorganique sur l'organisme (excitabilité) suppose une dualité dans l’organisme; car l'organisme doit être d’abord affecté passivement et par là il est pur objet; mais il doit réagir et par là il est sujet. L'objet c’est ce qui pâtit et transmet l’action; le sujet ce qui réagit. Mais comment le sujet agira-t-il? Car toute action suppose une opposition, et le sujet n’est pas opposé au monde extérieur, puisqu'il en est indépendant. C’est donc une activité supérieure qui oppose l'organisme sujet à l'organisme objet ?.
Mais d’autre part l'organisme sujet ne peut répondre à l'objet par une action que s’il se pose comme affecté par lui : 11 y a donc dans le sujet organique deux régions; celle du sujet indépendant et celle où le sujet limite son activité par sa passivité; c’est celle de la sensibilité. Ce n'est que dans la mesure où cette opposition persiste qu'il y a une activité subjective ?.
Mais une opposition ne peut se maintenir que par une activité supérieure qui en contient les facteurs ; par ellemême, elle tend à l'équilibre: l’activité subjective tend donc à se perdre dans l’objet; la sensation s’efface peu à peu pour aboutir à un mouvement extérieur. L'irritabilité ou capacité de contraction des muscles est le résultat de cet effacement, Le retour d'un état plus hétérogène à un était plus homogène !.
Sensibilité et irritabilité sont comme les deux pôles de la vie. Les autres activités, la force régénératrice de l’organisme, la tendance à la reproduction, l'instinct et en particulier l'instinct constructeur sont considérés comme des formes de l’irritabilité; l’activité, au lieu de se dépenser en un mouvement, aboutit, dans tous ces cas, à un produit permanent. Dans cette opposition fondamentale, on reconnaîtra, sous un langage emprunté à Fichte, la loi de Kielmeyer sur le balancement des fonctions organiques *?.
Il y a un parallélisme entre la série des actions inorganiques et celles des activités organiques : la série : force organisatrice (Bildungstrieb), irritabilité, sensibilité correspond à la série : phénomène chimique, électricité et magnétisme. L’assimilation dans l'organisme est en effet un phénomène chimique; l'irritabilité à comme l'électricité sa condition dans une opposition et un retour à l'équilibre; enfin la cause de la sensibilité est, comme celle du magnétisme, productrice d’une dualité dans un état primitivement homogène *,
Ce parallélisme prouve que c'est une force unique qui agit dans les deux mondes. Le but du présent traité est atteint, puisqu'il était de démontrer que toutes ces ac-
1. P.161 sq. Les rapports qu'il admet entre le galvanisme et l'irritabilité (160-171) dépendent des expériences de Ritter qui voit dans le galvanisme l'indice révélateur de toute activité organique et considère chaque partie du corps comme un système de chaînes innombrables et infiniment pelites (1797-1798). Spenlé, Novalis, p. 201-206.
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tions dérivent d’une opposition fondamentale qui se diversifie à l'infini, d’une évolution, c’est-à-dire d’un passage de l’homogène à l’hétérogène !.
Ce traité est certainement un des plus mal composés, des plus obscurs de Schelling ?. 11 annonce à plusieurs reprises un plan et une méthode. Le procédé serait l’inverse de celui de la théorie de la Science ; la nature est considérée dans toute sa multiplicité et son hétérogénéité, et il s’agit par analyse de retrouver dans cette activité multiple les résultats d’une même opposition fondamentale. On pouvait concevoir la méthode inverse qui consiste, comme celle de Fichte, à partir de l’opposition du sujet et de l’objet, ou comme dit Schelling, de la productivité et du produit pour construire toutes les déterminations de la nature : c’est en effet le développement que Schelling a exécuté en quelques pages dans l’Introduction à l’'Esquisse parue après l'ouvrage *.
Mais l’Introduction contient en outre déjà une idée fondamentale nouvelle qui fut développée l’année suivante dans l’opuscule intitulé : Déduction universelle #. C’est elle qui dégage définitivement l’objet de la philosophie de lanature de celui de l’idéalisme transcendental. En eflet, après l'Esquisse une question restait obscure : l'Esquisse déduisait bien la série des forces qui agissent dans la matière, mais elle ne construit pas la matière elle-même. En remontant jusqu'aux /dées on trouvait bien une construction de la matière, inspirée d'une interprétation fichtéenne de la dynamique de Kant; mais cette interprétation n’était plus acceptable au point de vue actuel, puisqu'elle détruisait le caractère absolu de la
2. Of. p. 93; il n’est pas fait pour le grand public; c’est un guide pour les auditeurs.
3. Sur cette opposition, cf. Finleitung zu dem Entwurf eines Systems der Naturphilosophie oder über den Begriff der spekulativen Physikund die innere Organisation eines Systems dieser Wissenschaft, 1799, I, ut, p. 270-326; cf. p. 297.
4. Allgemeïine Deduktion des dynamischen Processes oder der Kalegorien der Physik, 1800, I, 1v, p. 3-78.
Vo a Do de D EU e ‘ l ï i LA DYNAMIQUE. 65 nature en déduisant la matière d’une activité du moi, c'est-à-dire d’une activité étrangère à la nature !.
Quelle pouvait être maintenant la relation entre la matière ou la masse et les forces universelles, magnétisme, électricité, chimisme? Les considérer comme entrant du dehors dans la masse eût été revenir, par delà la dynamique kantienne, jusqu’à ce que Schelling considère comme la grande erreur de Newton. Il continue au contraire à s'inspirer de l’idée que le produit matériel dérive d’un équilibre de forces opposées.
Seulement son but est maintenant de montrer que les forces en question sont précisément Les forces constitutives de la matière. — Mais, dira-t-on, n’éprouve-t-on pas par expérience que ces forces impliquent, comme point d’application, une matière déjà constituée? — C'est que ces forces, telles que nous en avons l’expérience, ne sont pas les forces primitives de la nature, mais seulement leurs images sensibles; elles reproduisent, dans le produit matériel?, les actions créatrices de ce produit même; mais il faut les penser d’abord sans ce substrat ; « quiconque ne peut penser d'activité ni d'opposition sans substrat, ne peut philosopher; car toute philosophie va d’abord à la déduction d’un substrat 3 ».
En somme toute l’entreprise consiste à faire ce qu’il avait annoncé, mais ce qu’il n’avait pu exécuter dans les Idées, à rattacher les forces qualitativement différentes à l'opposition kantienne des deux forces attractive et répulsive, en y ajoutant seulement l'idée tirée de la Théorie de la science que toute opposition suppose une activité absolue qui force les opposés à s’équilibrer dans un produit commun #. S'il en est ainsi, il n’est pas vrai de dire avec Kant que les deux forces opposées donnent
1. Cf. Entw., p. 99, n. 1 : cette déduction se retrouve dans l’Idéal. transcend., p. 440.
2SPELAI : Eïnleilung, p. 41, n. 1.
. Sur l'insuffisance de la dynamique kantienne, Allg. Dedukt., p. 25-29. SCHELLING. 9
immédiatement naissance à une masse qui remplit l’espace; elle ne se construit que grâce à des forces synthétiques qui limitent les deux opposés l’un par l’autre. Ces forces synthétiques sont le magnétisme, l'électricité et le chimisme.
D'abord le magnétisme : si vous supposez la force expansive agissant à partir d’un point dans toutes les directions, vous devez supposer que, de toutes les directions, donc d’un point quelconque de l’espace que vous joignez par une droite avec le point d’origine, la force répulsive réagit de l’extérieur contre ce point. Si vous considérez la droite en question, vous trouverez qu'au point d’origine la force expansive ou positive est à son maximum; donc elle décroit graduellement, à partir de ce point, sous l'influence de la force répulsive, nous arrivons à un point d'indifférence où les deux forces se font équilibre; au delà, la force expansive diminuant, la force répulsive croît toujours. Or la ligne ainsi décrite a tous les caractères d’un aimant, et La force qui retient unis les deux pôles n’est autre que le magnétisme. Le magnétisme construit donc dans la nature la longueur ou première dimension de la matière!. (Recherches de Brugmann et Coulomb sur l’action en longueur du magnétisme?).
Seulement les deux forces primitives ne peuvent pas se retenir l’une l’autre à l'infini ; il y aura de chaque côté du point d’indifférence, deux points de la ligne où la force synthétique (magnétisme) cessera d’agir; or dans cette ligne, c’est seulement sous l’action de la force magnétique que chacune des deux forces était déterminée à agir dans une direction unique; sitôt libérées de cette action, chacune d’elles se met à agir dans toutes les directions : mais faisant rayonner en quelque sorte leurs lignes d’action, de façon à ce qu'elles fassent avec la direction primitive tous les angles possibles, elles engendreront la surface.