Parergaund Paràlipomenay deuxième partie
2. Vitœ curriculunif notice autobiographique qu'ArtJior Schopenhauer remit à la Faculté philosophique de l'université de Berlin, le 31 décembre 1819, lorsqu*il demanda l'autorisation d'enseigner.
3. Erinnerungen von einer Reise in den Jahren 1803^ 1804 undi805; 3 parties, Rudolstadt, 1813, 1814 et 1817.
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sur le ton du roman, et où elle ne manque aucune occasion d'intercaler une anecdote plaisante, vraie ou inventée ; ensuite le Journal qu'Arthur rédige sur la demande de ses parents ; enfin les lettres que la mère écrit à son fils quand les voyageurs se séparent. Ils passent six mois dans la Grande-Bretagne, et, pendant que les parents vont faire une excursion dans la région des lacs et en Ecosse, le fils est laissé dans une pension à Wimbleton près de Londres, pour apprendre l'anglais ; il arrive, en effet, à le parler assez couramment pour faire illusion sur sa nationalité. Mais ce qui le choque, lui qui avait été habitué à l'urbanité des mœurs françaises, c'est le formalisme anglais et surtout « l'infâme bigoterie ». Sa mère le redresse là-dessus. Le 19 juillet 1803, elle lui écrit : « Il faut que tu sois plus accueillant que tu n'as l'habitude de l'être. Toutes les fois que deux hommes se rapprochent, il faut que l'un ou l'autre fasse le premier pas ; et pourquoi ne serait-ce pas toi, qui, quoique le plus jeune, as sur l'autre l'avantage d'avoir été mêlé de bonne heure et souvent à des étrangers, et par conséquent de n'être retenu par aucune espèce de timidité ? J'admets que le ton cérémonieux te frappe, mais il est nécessaire à l'ordre social. Quoique je tienne peu à la froide étiquette, j'aime encore moins les façons rudes des gens qui ne cherchent qu'à se complaire à eux-mêmes. Tu as une propension à cela, comme je l'ai souvent remarqué avec peine, et je ne suis pas fâchée que tu te trouves maintenant avec des gens d'un autre acabit, quoiqu'ils penchent peut-être un peu trop du côté opposé. Je serai satisfaite, si je puis voir, à mon retour, que tu as pris quelque chose de ce ton complimenteur, comme tu l'appelles ; car je ne crains en aucune façon que tu en prennes trop. » Une autre fois elle lui recommande de ne pas trop
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s'en tenir aux poètes dans ses lectures : «Tu as maintenant quinze ans, et tu as déjà lu et étudié les meilleurs poètes allemands, français et même anglais, et, à • l'exception de ce que tu as dû lire en classe, tu n'as lu aucun ouvrage en prose, si ce n'est quelques romans, ni aucun livre d'histoire. Cela n'est pas bien. Tu sais que j'ai le sentiment du beau, et je suis heureuse de penser que tu l'as hérité de moi. Mais tu dois bien te dire que ce sentiment ne peut pas nous servir de guide dans le monde, tel qu'il est. L'utile passe avant tout, et rien ne pourrait me déplaire autant que de te voir devenir ce qu'on appelle un bel esprit. » Quant à la « bigoterie », elle l'engage seulement à ne pas se livrer là-dessus à des déclamations de mauvais goût, et elle lui rappelle en plaisantant que, tout petit, il demandait instamment à ne rien faire le dimanche, parce que c'était « le jour du repos ».
De Londres, le voyage se continue, au mois de novembre 1803, par Rotterdam, Anvers et Bruxelles, sur Paris. Ici, les voyageurs trouvèrent un guide excellent dans Mercier, l'auteur du Tableau de Paris, un polygraphe s'il en fut jamais, qui s'intitulait lui-même le plus grand llvrier de France, et dont l'esprit paradoxal ne devait pas déplaire au jeune Schopenhauer. Celui-ci se répandait beaucoup, s'orientait partout. 11 passait de longues heures dans la galerie des antiques du Louvre. 11 visitait les théâtres ; de tous les genres dramatiques, c'étaient le vaudeville et l'opéra-comique qui lui paraissaient les plus conformes à l'esprit français et les plus parfaits en leur genre. Il ne pouvait s'habituer, dit-il, à la déclamation tragique, même dans la bouche d'un Talma. Vers la fin de janvier 1804, on gagna le midi de la France, et de là, par Lyon, la Savoie et la Suisse. Le retour se fit par la Souabe, la Bavière et l'Autriche^
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et, au mois de septembre, les voyageurs arrivèrent à Berlin.
Les impressions d'Arthur Schopenhauer pendant la dernière partie du voyage sont de deux sortes. Il est sensible aux beautés de la nature ; il les considère en artiste et en philosophe ; il cherche volontiers un sens symbolique aux grands phénomènes qui se présentent devant ses yeux. D'un autre côté, un penchant inné l'attire vers le spectacle des misères humaines. A Saint-Ferréol, dans la montagne Noire, la gorge obscure au fond de laquelle gronde le flot qui alimente le canal du Midi lui donne pour la première fois, ditr-il, la sensation du sublime. La cime du mont Blanc représente à ses yeux l'isolement du génie. « L'humeur sombre qu'on remarque souvent chez les esprits éminents, écrit-il plus tard, a son image sensible dans le mont Blanc. La cime est le plus souvent voilée ; mais quand parfois, surtout à l'aube, le voile se déchire, quand la montagne rougie par le soleil et dressée vers le ciel au-dessus des nuages regarde sur Ghamonix, chacun sent son cœur s'épanouir au plus profond de son être. Ainsi l'homme de génie, habituellement porté à la mélancolie, montre par intervalles cette sérénité particulière qui n'est possible qu'à lui, qui plane sur son front comme un rayon de lumière, et qui tient à ce que son esprit sait s'identifier complètement avec le monde extérieur *. » Ailleurs la vue d'un beau paysage, dont sa mère ferait volontiers le cadre d'une idylle, lui est gâtée par quelques pauvres masures qui bordent la route et où végètent des êtres rabougris. A Toulon, il visite le bagne, et il écrit : « C'est une chose
l.Die Welt aU ^ille und VorsteUungf sappléments au troisième livre, chap. xxxi.
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terrible de se dire que la vie de ces misérables esclaves est sans aucune joie, et, chez ceux dont les souffrances ne finiront même pas après vingtrcinq ans de détention, sans aucun espoir. Que peuvent éprouver ces malheureux, attachés à un banc dont la mort seule les séparera ?» A Lyon, il trouve encore les traces de la Révolution. « Cette grande et magnifique ville a été le théâtre d'horribles exploits. Il n'est presque pas une famille qui n'ait perdu quelques-uns de ses membres ou même son chef ; et les survivants se promènent maintenant sur cette même place où leurs parents et leurs amis ont été mitraillés en masse. Croirait-on qu'ils peuvent vous raconter de sang-froid l'exécution des leurs ? On ne comprend pas que le temps efface si vite les impressions les plus vives et les plus terribles ^.» A Berlin, au mois de septembre, les voyageurs se séparent encore une fois. Le père prend le chemin de Hambourg. Arthur se rend, avec sa mère, à Dantzig, où il doit recevoir la confirmation protestante. Dans les lettres que Henri Schopenhauer écrit à son fils à Dantzig, il lui recommande d'avoir de l'ordre dans ses affaires grandes et petites, dans son habillement, dans son linge de corps, dans son mobilier, dans ses papiers, de s'appliquer à la correspondance française et anglaise, de soigner son écriture, « les lettres d'un négociant étant faites pour être lues », d'être affable et prévenant dans les rapports journaliers, enfin de se tenir toujours droit, même en mangeant et en écrivant : u un homme qui fait le gros dos devant une table ou devant un bureau ressemble à un savetier déguisé ». Qu'il engage même ses amis à lui donner une tape, toutes les fois qu'il se tiendra mal ! « Tel fils de prince a eu recours à ce moyen, et a