Livre III
LES ARTS i95
sa libre explosion du soin de la conscience humaine, tous les mouvements du vouloir vivre qui anime Funivers. Elle est la langue universelle, aussi claire que l'intuition elle-même ; et pourtant, grâce à ce qu'elle touche de si près à Fessence des choses, elle a en elle on ne sait quoi d'ineffable et de àiystérieux. « Elle passe à côté de nous comme un paradis familier, quoique éternellement lointain, à la fois parfaitement intelligible et tout à fait inexplicable, parce qu'elle nous révèle tous les mouvements les plus intimes de notre être, mais dépouillés de la réalité qui les déforme *. » Les observations de Schopenhauer sur la musique datent de son séjour à Dresde. Nous savons même que c'est dans cette ville et dans les dernières années de sa jeunesse qu'il fit les deux découvertes qui lui donnèrent l'idée d'une philosophie nouvelle. L'une était que la chose en soi de Kant devait s'appeler la volonté; l'autre, que Fexpression directe et adéquate de la volonté était la musique. Le rapprochement de ces deux faits, en apparence si éloignés Fun de Fautre, est caractéristique pour Schopenhauer, et montre quelle part importante l'imagination avait eue dans la construction de son système.
Certains rapports qu'il établit entre la langue musicale et les manifestations de la volonté sont tout extérieurs, et ne prouvent guère autre chose que le plaisir qu'il prenait à Suivre sa comparaison, à l'étendre et à la développer. Que, par exemple, les quatre voix de l'harmonie, la basse, le ténor, le contralto et le soprano, ou les quatre notes de l'accord parfait, la tonique, la tierce, la quinte et l'octave, correspondent aux quatre degrés de l'échelle