L'HISTOIRE ET LA POÉSIE
L'art a pour domaine la nature entière; mais Thumanité reste toujours son objet principal. L'artiste n'est-il pas un homme, et le monde n'est-il pas « sa représentation )) ? Quoi d'étonnant qu'il se mette en imagination au centre de ce monde où pourtant il tient une si petite place, et que les choses qui l'environnent, y compris les cieux étoiles, ne lui apparaissent plus que comme un fond de tableau, comme un décor sur la scène où se joue le drame de sa destinée ?
Dévoiler la destinée humaine, c'est aussi l'œuvre de la poésie, et c'est enfin la tâche que se donne l'histoire. Mais l'histoire et la poésie, tout en ayant, en apparence» le même objet, l'envisagent par des côtés différents, et l'intérêt qu'elles offrent au philosophe n'est pas le même.
Schopenhauer a toujours manifesté un injuste mépris pour l'histoire. Lui qui n'estimait en tout que l'aperception directe, la vue immédiate des choses, comment pouvait-il apprécier l'histoire, qui ne se fonde que sur le témoignage d'autruiP Dans sa jeunesse, sa mère lui reprochait déjà de négliger les historiens pour les poètes ^, et plus tard il ne changea rien, sur ce point,