CHAPITRE VI
LA REPRÉSENTATION
S 1. — L'objet et le sujet.
« Le Monde est ma représentation1. » Telle est la proposition que nous lisons à la première ligne du Monde. Il convient de nous arrêter à cette déclaration initiale, qui détermine avec une parfaite clarté le point de départ de la philosophie de Schopenhauer.
Il est très remarquable, en effet, comme l'a noté Volkelt2, que cette métaphysique, l'une des plus objectives qui soient, ne débute point par des considérations sur l'essence du monde, sur la substance, sur l'être ; elle procède de la réflexion du sujet sur lui-même; et par là, estime Schopenhauer, elle continue le mouvement imprimé à la pen-
1. W., I, § 1, p. 4. C'est par le Monde, qu'il convient de commencer, sinon l'étude, du moins l'exposé de la doctrine de Schopenhauer. Sans doute il nous invite lui-même à commencer la lecture de ses œuvres par la thèse de 1813; mais il ajoute aussi que cette dissertation, si elle était encore à écrire, devrait être « incorporée » au livre I du Monde, et non lui servir d'introduction (Préface de la lre éd. du Monde, p. 11). De 1813 à 1818, la pensée de Schopenhauer s'était singulièrement enrichie, modifiée même sur plus d'un point. C'est dans l'ensemble du système qu'il y a intérêt à replacer ce qu'il conserve, — l'essentiel en somme, — de sa thèse de doctorat.