‹ SchopenhauerChapitre 217 sur 266 · Monde, I, § 36, W., I, p · texte numérisé non relu

Monde, I, § 36, W., I, p

secondaire, parce qu'il y a dans les choses une beauté naturelle que l'art dégage mais n'invente pas. Le trait dominateur de cette esthétique est son objectivité, et cela seul suffirait à lui assurer une place hors pair parmi les conceptions romantiques.

Toutefois, cette objectivité n'est point telle que nous devions méconnaître, comme semble l'avoir fait Volkelt1, les conditions subjectives du sentiment esthétique, que Schopenhauer discerne même avec plus de netteté que les conditions objectives. La beauté est dans les choses, mais elle n'y est visible ni à tout moment, ni pour tous également. La contemplation est la revanche fugitive de l'intellect sur les exigences utilitaires de Faction. Il faut, nous le savons déjà, cesser de vouloir pour voir, se désintéresser pour admirer, devenir « pur sujet connaissant », pour apercevoir l'Idée dans sa pureté et sa généralité. D'où vient donc, — et c'est ici l'addition propre de l'esthétique à la théorie des Idées, — d'où vient que cette aperception est pour nous le signal d'une joie sui generis, incomparable? C'est que, en nous arrachant à l'action et au désir, elle supprime la cause même de la douleur. Or, — rappelons-nous la théorie du plaisir, — si c'est déjà jouir que de sentir l'allégement d'une douleur, ou plutôt si l'essence même du plaisir n'est que dans la suppression de la douleur, quelle ne sera pas la félicité de celui qui a suspendu, fût-ce pour un instant, le rythme douloureux du vouloir-vivre même? « Alors les forçats de la Volonté célèbrent le Sabbat; la roue d'Ixion s'arrête2 » ; l'admiration réalise ce miracle qu'un être, dont toute l'essence est de

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