Tannhâuser, 1845 ; Lohengrin
ii cherche dans la méditation la victoire sur son propre cœur; Parsifal, quand il s'élève à la sainteté par l'oubli de soi-même et par la compassion, quand il apporte « la rédemption au rédempteur », tous ces héros de la volonté et du renoncement sont bien des rejetons de la pensée schopenhauérienne.
Il se trouve ainsi qu'avec la simplicité d'intuition propre au génie, Wagner a démêlé, au milieu des conceptions parasites qui l'encombrent, la pensée dominante de toute l'esthétique schopenhauérienne. Tandis que classiques et romantiques, Kant ou Schiller, Hegel ou Schelling, s'accordaient à voir dans l'art la source de l'apaisement, une sorte de quiétif, réconciliant l'homme avec lui-même et avec la vie, Schopenhauer lui assigne pour mission de nous révéler le tragique de l'existence et la nécessité d'un autre mode de libération. Sans doute l'enthousiasme est déjà un premier affranchissement ; dans l'intuition de l'Idée, le vouloir suspend un instant son effort vers la vie ; mais la vie reprend ses droits, et le génie reconnaît, dans l'Idée même qu'il se plaisait à contempler, l'œuvre de la Volonté divisée contre elle-même ; il se rend compte que le mal, un instant oublié, demeure entier, et, « lassé du jeu », il comprend qu'il faut enfin en venir « aux choses sérieuses » et tenter un effort de rédemption définitive1.
Cette tâche dernière est l'objet de la morale.