‹ SchopenhauerChapitre 234 sur 266 · Parerga, loc. cit., p. 4G · texte numérisé non relu

Parerga, loc. cit., p. 4G

l'art libérateur. — l'esthétique. 3 kl

la pure essence du plus indépendant des arts; décors et costumes lui font l'effet d'un « luxe enfantin et barbare » ; bref, dans le drame musical, où Wagner apercevait la synthèse intime de tous les arts, Schopenhauer signalait avec mépris « une invention anti-musicale, bonne pour des esprits anti-musiciens1 », et il est probable qu'il n'eût pas fait exception pour Tannhâuser et Lohengrin, joués avant sa mort, s'il les avait connus 2.

Gomment donc Wagner a-t-il pu saluer en Schopenhauer un génie proche du sien ? C'est qu'à vrai dire il ne s'est pas arrêté aux parties aventureuses ou surannées de cette esthétique musicale, à la théorie des divers éléments musicaux ou à la critique de l'opéra ; il est allé droit à l'idée maîtresse, et il l'a faite ou reconnue sienne. Cette idée, c'est que la musique traduit plus et mieux que les émotions particulières du compositeur; c'est qu'elle exprime la joie tout entière, la souffrance totale et absolue, la douleur du monde; et, si le musicien ose mettre en scène la volonté d'un Wotan, l'amour d'une Sieglinde, la bravoure d'un Siegfried, la cupidité d'un Mime, ce ne sont pas des abstractions sans vie qu'il dressera sur la scène, ce sont des forces vivantes, les forces mêmes qui se heurtent sur l'universel théâtre. Il y avait plus, même, et Wagner trouvait dans le Monde comme Volonté quelques-uns des thèmes philosophiques auxquels il devait prêter une vie si formidable. Wotan, lorsqu'il sacrifie son propre désir et, plus tard, renonce à sa volonté même ; Tristan et Isolde, quand ils cherchent dans le « philtre de mort » la purification de l'amour qu'ils réprouvent; Hans Sachs, quand

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